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L'Enchanteur 1768—1848
Céleste de Chateaubriand, portrait par Hippolyte-Benjamin Adam

Personnes

Céleste de Chateaubriand

6 février 1774 – 9 février 1847 ·

Céleste Buisson de La Vigne, née à Lorient, orpheline élevée par son grand-père à Saint-Malo, amie de Lucile. Mariée en février 1792, à 18 ans, à un homme qu’elle connaît à peine, elle passe la Terreur en prison et ne retrouve vraiment son mari qu’en 1804.

Elle fonde en 1819 l’infirmerie Marie-Thérèse et laisse des Cahiers où Chateaubriand puise pour ses Mémoires. Elle meurt à Paris le 9 février 1847 (le 8, le 11 ou le 12 selon d’autres sources).

En bref

Naissance6 février 1774 — Lorient
Mort9 février 1847 — Paris
Sépulturechapelle Sainte-Thérèse de l’infirmerie Marie-Thérèse
DivergenceMort : 9 février 1847 selon Biré (« Elle s’endormit doucement dans le Seigneur le 9 février 1847 »), l’éditeur des Cahiers, Besserve (1887) et l’épitaphe de la chapelle de l’Infirmerie (« Décédée le 9 février 1847, à l’âge de 73 ans ») ; le 8 selon Berchet, le 11 selon Victor Hugo, le 12 selon Wikidata (sans source). Le 9 est retenu ici.
Domiciles communsCul-de-sac Férou (1792) ; hôtel de France, rue de Beaune (1804) ; rue de Miromesnil ; hôtel de Coislin ; hôtel Lavalette ; Vallée-aux-Loups ; rue de Rivoli ; rue du Bac (n° 42 ?) ; rue Saint-Dominique (n° 27, attestée par Victor Hugo, vers 1820-1822 ?) ; rue de l’Université ; ministère des Affaires étrangères ; rue du Regard ; rue d’Enfer ; rue du Bac.
Séparations1792-1804 (émigration, puis Paris sans elle) ; voyages de son mari (Orient 1806-1807 au-delà de Venise, Berlin 1821, Londres 1822, Vérone 1822).
Son œuvreL’infirmerie Marie-Thérèse, rue d’Enfer : promesse faite à Gand en 1815, Sœurs installées le 15 octobre 1819 au n° 86 (le 25 d’après sa lettre du 21), maison achetée le 16 février 1820, maison des prêtres bâtie sur son plan (1834-1837, 76 195 francs) ; elle « laisse cet établissement » en 1838, libre de dettes (sa notice, citée par Pailhès, 1888 ; Besserve, 1887). Les Cahiers rouge et vert, souvenirs écrits pour son mari.
Ressources de l’InfirmerieQuêtes, sermons de charité, dons de la famille royale, et une fabrique de chocolat née d’un sac de cacao reçu en étrennes ; elle aurait signé un jour, par jeu, « Vicomtesse de Chocolat » (Besserve).
AmitiésSœur Marie, supérieure de l’Infirmerie à partir de 1829 ; Clausel de Coussergues, « notre meilleur ami », son conseiller pour l’Infirmerie ; les Joubert.
PortraitHuile d’Henriette Lorimier (1840), peinte pour l’Infirmerie : elle pose à soixante-cinq ans avec un reliquaire de la vraie Croix (Raynal, Besserve) ; eau-forte d’après ce portrait dans Raynal (1883). Huile d’Hippolyte-Benjamin Adam (1836) ; cire de 1812.
SépultureCaveau de la chapelle de l’Infirmerie, au pied de la Sainte Thérèse de Gérard, sous le maître-autel ; épitaphe sur marbre noir (Besserve).
Dernière maladieSœur Marie et sœur Vincent l’assistent ; elle reçoit les derniers sacrements de l’abbé Deguerry (souvenirs de sœur Vincent recueillis par Pailhès en 1887).
Dans les Mémoires105 mentions (relevé automatique, approximatif) : livres I (5) ; II (6) ; III (10) ; IV (12) ; V (4, 5) ; IX (1, 2, 6, 15) ; X (3, 8) ; XI (4, 5) ; XIII (8) ; XIV (2) ; XV (4, 7) ; XVI (1) ; XVII (3, 4, 5, 6) ; XVIII (1, 5, 8) ; XIX (12) ; XXII (10, 23, 26) ; XXIII (7 chapitres) ; XXV (12) ; XXVI (7) ; XXVII (10) ; XXVIII (4, 5) ; XXIX (1, 2) ; XXXI (1, 3) ; XXXIV (7, 8, 10) ; XXXV (4, 7, 9, 18, 19) ; XXXVI (1) ; XXXVII (3) ; XLI (1, 7) ; XLIII (9) ; livre « Madame Récamier ».
RéférenceWikidata Q3010053
Correspondance169 lettres dans la Correspondance (158 écrites, 11 reçues).

Une orpheline de Lorient (1774-1791)

Céleste Buisson de La Vigne naît à Lorient en 1774 (le 6 février selon Wikidata ; « à l’âge de 73 ans » en février 1847, dit son épitaphe). Son père, M. Buisson de Lavigne, et sa mère, née de la Placelière, meurent jeunes ; sa sœur aînée épouse le comte du Plessis-Parscau, capitaine de vaisseau, plus tard contre-amiral (Raynal). Elle est élevée par son grand-père :

« La plus jeune, Céleste de Lavigne, avait dix-sept ans en janvier 1792, et demeurait à Saint-Malo chez son grand-père, chevalier de Saint-Louis et ancien commandant de Lorient […] »

Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

Le port de Lorient vu du quai de la machine à mâter, gravure d'Yves-Marie Le Gouaz d'après Nicolas Ozanne, 1776 (Bibliothèque nationale de France) : Céleste Buisson de La Vigne y naît en 1774 ; son grand-père avait commandé la place
Le port de Lorient vu du quai de la machine à mâter, gravure d'Yves-Marie Le Gouaz d'après Nicolas Ozanne, 1776 (Bibliothèque nationale de France) : Céleste Buisson de La Vigne y naît en 1774 ; son grand-père avait commandé la place — Nicolas Ozanne del., Le Gouaz sculp. — Wikimedia Commons (domaine public)

Ce grand-père avait logé chez lui le comte d’Artois lors de son voyage en Bretagne (Besserve). À Saint-Malo, la jeune fille se lie avec les sœurs de Chateaubriand, surtout Lucile. Les Mémoires la décrivent en 1792 :

« Elle était blanche, délicate, mince et fort jolie ; elle laissait pendre, comme un enfant, de beaux cheveux blonds naturellement bouclés. On estimait sa fortune de cinq à six cent mille francs. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

Le mariage (1792)

Chateaubriand rentre d’Amérique au début de 1792 ; ses sœurs arrangent le mariage :

« Mes soeurs se mirent en tête de me faire épouser mademoiselle de Lavigne, qui s’était fort attachée à Lucile. L’affaire fut conduite à mon insu. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

« […] je la reconnaissais de loin sur le Sillon à sa pelisse rose, sa robe blanche et sa chevelure blonde enflée du vent […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

« Lucile aimait mademoiselle de Lavigne, et voyait dans ce mariage l’indépendance de ma fortune : « Faites donc ! » dis-je. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

La mère de Chateaubriand exige un prêtre non assermenté ; la cérémonie se fait en secret, et un oncle maternel de la mariée, M. de Vauvert, « grand démocrate », crie au rapt :

« Mademoiselle de Lavigne, devenue madame de Chateaubriand, sans que j’eusse eu de communication avec elle, fut enlevée au nom de la justice et mise à Saint-Malo, au couvent de la Victoire, en attendant l’arrêt des tribunaux. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

« Il n’y avait ni rapt, ni violation de la loi, ni aventure, ni amour dans tout cela ; ce mariage n’avait que le mauvais côté du roman : la vérité. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

Le tribunal juge l’union valide ; elle sort du couvent, « où Lucile s’était enfermée avec elle ». Le jeune ménage s’installe à Paris, cul-de-sac Férou, près de Saint-Sulpice, avec Lucile et Julie. La dot se dérobe :

« On avait cru me faire faire un riche mariage : il se trouva que la fortune de ma femme était en rentes sur le clergé ; la nation se chargea de les payer à sa façon. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 6. · Lire le passage

Il perd au jeu les dix mille francs empruntés pour son départ, sauf quinze cents, qu’il oublie dans un fiacre et que lui rend un Récollet (Mémoires, livre IX, chapitre 6). En juillet 1792, il émigre avec son frère :

« Après quatre mois de mariage, ils durent se séparer ; la vicomtesse retourna en Bretagne près de sa sainte belle-mère, tandis que son mari suivait le comte son frère, à l’armée des princes. »

Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

Les prisons de Rennes (1793-1794)

Parente d’émigrés, elle est arrêtée avec Lucile et Julie :

« Elle avait passé treize mois, sous la Terreur, dans les prisons de Rennes avec mes deux soeurs Lucile et Julie ; son imagination, restée frappée, ne peut plus supporter l’idée d’une prison. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 6. · Lire le passage

Le 9 Thermidor sauve sa belle-mère, oubliée à la Conciergerie ; un commissaire lui demande si elle a d’autres enfants :

« Ma mère nomma ma femme et mes soeurs détenues à Rennes. L’ordre fut expédié de mettre celles-ci en liberté […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre X, chapitre 8. · Lire le passage

« Veuve d’un vivant » (1794-1804)

Pendant l’exil anglais de son mari, puis ses premières années de gloire à Paris, elle vit en Bretagne. Lucile, veuve de M. de Caud, s’attache à elle jusqu’à la tyranniser (Besserve) :

Lucile de Chateaubriand, miniature (vers 1800). Chateaubriand écrit qu'« il n'existe qu'un portrait de Lucile », une « méchante miniature » de Limoëlan (Mémoires, II, 7) ; le catalogue de l'exposition de 1948 attribue la miniature de Lucile qu'il expose à Fanny Thibaud de La Guichardière et y voit peut-être une copie de celle de Limoëlan
Lucile de Chateaubriand, miniature (vers 1800). Chateaubriand écrit qu'« il n'existe qu'un portrait de Lucile », une « méchante miniature » de Limoëlan (Mémoires, II, 7) ; le catalogue de l'exposition de 1948 attribue la miniature de Lucile qu'il expose à Fanny Thibaud de La Guichardière et y voit peut-être une copie de celle de Limoëlan — attribuée à Joseph-Pierre Picot de Limoëlan de Clorivière par Wikimedia Commons, sans source — domaine public

« Autant elle était violente, impérieuse, déraisonnable vis-à-vis de Mme de Chateaubriand, autant elle accepta la pitié tendre de Pauline […] »

Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

En novembre 1801, Chateaubriand lui écrit ; elle vient à Paris en janvier 1802, mais pour quelques jours :

« Mme de Chateaubriand vint en janvier 1802 à Paris ; elle n’y resta que quelques jours, et ne vécut auprès de son mari qu’à partir de 1804, après son retour d’Italie. »

Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

1804 : la vie commune

Le Cahier rouge, qu’elle écrira pour lui, commence au retour de Rome :

« Lorsque M. de Chateaubriand revint de Rome, au mois de février 1804, nous prîmes un logement à l’hôtel de France, rue de Beaune […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe

Nommé ministre dans le Valais, il démissionne le 21 mars à la nouvelle de l’exécution du duc d’Enghien :

« Mon mari ne balança pas ; il envoya de suite sa démission à M. de Talleyrand […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert

« Pour Fontanes, il devint fou de peur ; il se voyait déjà fusillé de compagnie avec M. de Chateaubriand […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert

« […] celui-ci se contenta de dire : « C’est bon » mais ses yeux étaient foudroyants […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge, sur Bonaparte.

À l’automne, ils sont chez les Joubert, à Villeneuve-sur-Yonne. Joubert écrit à Molé le 18 novembre :

« Sa femme et lui me paraissent ici dans leur véritable élément. »

Joubert à Molé, 18 novembre 1804, cité par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

C’est là qu’ils apprennent la mort de Lucile, à Paris :

« J’avais commencé à écrire à celle-ci une longue lettre, lorsque madame de Chateaubriand tomba tout à coup dangereusement malade : j’étais au bord de son lit quand on m’apporta une nouvelle lettre de Saint-Germain ; je l’ouvris : une ligne foudroyante m’apprenait la mort subite de Lucile. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 6. · Lire le passage

Vichy, la Chartreuse, Venise (1805-1806)

En 1805, Mme de Coislin la mène aux eaux de Vichy, où il la rejoint :

« Après un court séjour à Vichy, madame de Chateaubriand me proposa de voyager, afin de nous éloigner pendant quelque temps des tracasseries politiques. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 3. · Lire le passage

L’Auvergne, le Mont-Blanc, Lyon, où Ballanche se joint à eux, la Grande-Chartreuse et un orage :

« Madame de Chateaubriand, devenue intrépide à force de peur, galopait à travers les cailloux, les flots et les éclairs. Elle avait jeté son parapluie pour mieux entendre le tonnerre […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 5. · Lire le passage

Le 13 juillet 1806, elle part avec lui pour l’Orient, jusqu’à Venise. Sur la place Bellecour, à Lyon, un pistolet caché dans la voiture prend feu ; Joubert en fait le récit à Mme de Vintimille :

« […] au bruit de l’explosion, Mme de Chateaubriand s’évanouit, les chevaux s’arrêtent, tout le monde accourt et les environne […] »

Joubert à Mme de Vintimille, 1806, cité par Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

« M. de Chateaubriand est parti hier au soir, à dix heures. Je n’ai point eu, Madame, la permission de le suivre […] »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, Venise, 29 juillet 1806, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

« Enfin, je le pleure déjà comme mort […] »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, Venise, 29 juillet 1806, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

Ballanche la ramène à Paris. Elle tombe gravement malade à Villeneuve, chez les Joubert, en septembre ; elle se remet au retour du voyageur, en juin 1807 (Besserve).

La Vallée-aux-Loups (1807-1817)

Exilé de Paris après l’article du Mercure de juillet 1807, le couple achète une maison à Aulnay, près de Sceaux :

« Enfin nous nous décidâmes à sacrifier à peu près la dernière somme qui nous restait, à acheter une chaumière pas trop loin de Paris […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis

« Cette maison, que nous achetâmes 24.000 francs, ce qui donne la mesure de sa beauté, est située à Aulnay, près de Sceaux et de Châtenay. »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge.

La maison de la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry (photographie de 2011) : achetée en 1807, vendue en 1817
La maison de la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry (photographie de 2011) : achetée en 1807, vendue en 1817 — Myrabella — Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

L’arrivée, un soir de fin novembre, tourne à la comédie : la voiture verse dans les allées détrempées. Chacun la raconte :

« Nous ne nous fîmes aucun mal, mais Homère que je tenais dans mes bras passa par la portière et se cassa le cou, victime immolée au ressentiment de Bonaparte […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis

« Le buste en plâtre d’Homère, placé auprès de madame de Chateaubriand, sauta par la portière et se cassa le cou […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVIII, chapitre 5. · Lire le passage

Il note qu’elle ne partageait pas son opposition :

« […] madame de Chateaubriand admirait Bonaparte sans restriction ; elle ne se faisait aucune illusion sur la Légitimité ; elle me prédisait sans cesse ce qui m’arriverait au retour des Bourbons. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVIII, chapitre 5. · Lire le passage

Entre amis, on s’appelle par des surnoms : Chateaubriand est « le Chat », elle « la Chatte », Joubert « le Cerf », Mme Joubert « le Loup » (Besserve, d’après Raynal). À Joubert, en 1812 :

« Le Chat ramage des vers par le mauvais temps ; quand la pluie cesse, il vole à ses chers arbres, qu’il plante et déplante tant qu’il peut. »

Céleste de Chateaubriand à M. Joubert, La Vallée-au-Loup, 1812, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

Madame de Chateaubriand en 1812, portrait en cire (collection Bruck)
Madame de Chateaubriand en 1812, portrait en cire (collection Bruck) — Héliogravure, frontispice des « Cahiers de Madame de Chateaubriand », 1909 (domaine public)

Elle note la maladie de 1808, soignée par Laennec, et le portrait de Girodet, exposé au Salon de 1810 :

« […] ce qui fit dire à Bonaparte, qui vit le portrait au Salon, qu’il (Chateaubriand) avait l’air d’un conspirateur qui descend dans la cheminée […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis

La brochure et Gand (1814-1815)

En mars 1814, rue de Rivoli, il écrit De Buonaparte et des Bourbons, qu’il glisse sous son oreiller. Elle porte le manuscrit sur elle quand il sort ; les Mémoires reproduisent son récit :

« Un jour, en traversant les Tuileries, je m’aperçois que je ne l’ai plus […] »

Céleste de Chateaubriand, citée dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 10. · Lire le passage

« […] je le soulève : je vois le rouleau de papier ! Le coeur me bat chaque fois que j’y pense. »

Céleste de Chateaubriand, citée dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 10. · Lire le passage

« Que je serais malheureux si j’avais pu causer un moment de peine à madame de Chateaubriand ! »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 10. · Lire le passage

Aux Cent-Jours :

« Madame de Chateaubriand me poussa dans sa voiture, le 20 mars, à quatre heures du matin. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 4. · Lire le passage

Par Amiens, Arras, Tournai et Bruxelles, ils rejoignent Louis XVIII à Gand ; le Cahier rouge en tire une chronique mordante de la petite cour, jusqu’à Waterloo. C’est à Gand qu’elle fait la promesse d’où naîtra l’Infirmerie :

« […] fit, non pas un vœu, mais une promesse solennelle d’entreprendre quelque chose qui serait agréable à Dieu, s’il daignait faire rentrer en France Sa Majesté le roi légitime, Louis XVIII. »

Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

Au retour, à Roye :

« […] la maîtresse de l’auberge prit madame de Chateaubriand pour madame la Dauphine ; elle fut portée en triomphe dans une salle où il y avait une table mise de trente couverts […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 20. · Lire le passage

La Vallée vendue (1817-1819)

Rayé de la liste des ministres d’État après La Monarchie selon la Charte (1816), il vend la Vallée-aux-Loups. Elle écrit à Mme Joubert le 13 septembre 1817 :

« Voilà donc M. de Chateaubriand presque décidé à retourner cet hiver dans l’exécrable Babylone. »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 13 septembre 1817, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

« Vous nous trouverez rue du Bac, n° 42 […] »

Céleste de Chateaubriand à M. Joubert, novembre 1817, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

Malade à l’été de 1818, elle écrit le 22 juillet :

« Le bon Chat est à la messe : j’ai peur quelquefois de le voir s’envoler vers le ciel […] »

Céleste de Chateaubriand à M. Joubert, 22 juillet 1818, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

En octobre, il lance Le Conservateur :

« […] qui n’est pour moi qu’un sujet de tribulations […] »

Céleste de Chateaubriand à M. Joubert, Noisiel, 11 octobre 1818, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

L’Infirmerie Marie-Thérèse (1819-1828)

Elle loue en 1819, au 86 rue d’Enfer, une maison pour les vieux prêtres et les dames ruinées par la Révolution, avec l’accord de l’archevêque et sous le patronage de la duchesse d’Angoulême, qui lui donne son nom (Besserve) :

« […] je n’ai pas un moment à moi, ils sont tous à la rue d’Enfer, n° 86, où je passe ma vie. Je croyais que c’était peu de chose que de monter une Infirmerie; mais je vois qu’il en coûte tout autant pour cuire une médecine qu’un gigot de mouton. »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 21 octobre 1819, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

« […] c’est lui qui traite de mes affaires d’hôpital avec mon archevêque […] »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 21 octobre 1819, sur Clausel de Coussergues, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

L'Infirmerie Marie-Thérèse, 92 avenue Denfert-Rochereau (ancienne rue d'Enfer), en 2017
L'Infirmerie Marie-Thérèse, 92 avenue Denfert-Rochereau (ancienne rue d'Enfer), en 2017 — Lionel Allorge — Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Trois Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul y entrent (le 15 octobre selon Besserve ; « lundi », c’est-à-dire le 25, selon sa lettre du 21) ; l’archevêque de Besançon bénit la maison le 8 décembre 1819 ; elle est achetée le 16 février 1820, et la duchesse d’Angoulême la visite pour la première fois le 15 octobre 1820 (Besserve). Le prospectus de l’Infirmerie, imprimé quand la duchesse est « Madame la Dauphine », sous Charles X (1824-1830), date la fondation du 8 octobre :

« […] une maison fut fondée, rue d’Enfer, n° 86, le 8 octobre 1819. Cette maison prit le nom de Marie-Thérèse ; elle se trouva placée sous la protection spéciale de Madame la Dauphine, et sous l’autorité de monseigneur l’Archevêque de Paris, déclaré supérieur et chef perpétuel de l’établissement. »

Prospectus de l’Infirmerie de Marie-Thérèse, vers 1824-1830 (Maison de Chateaubriand).

Prospectus de l'« Infirmerie de Marie-Thérèse sous la protection de S. A. R. Madame la Dauphine », première page : « une maison fut fondée, rue d'Enfer, n° 86, le 8 octobre 1819 ». La duchesse d'Angoulême ne porte le titre de dauphine que sous Charles X : le prospectus est donc de 1824-1830
Prospectus de l'« Infirmerie de Marie-Thérèse sous la protection de S. A. R. Madame la Dauphine », première page : « une maison fut fondée, rue d'Enfer, n° 86, le 8 octobre 1819 ». La duchesse d'Angoulême ne porte le titre de dauphine que sous Charles X : le prospectus est donc de 1824-1830 — photo Rémi Vernier, 12 octobre 2025, Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry
La duchesse d'Angoulême, protectrice de l'Infirmerie : buste modelé en 1816 par Brachard père d'après Bosio, réduit par lui en 1818. Selon le cartel, elle donne à l'Infirmerie de l'argent et des biens, notamment des œuvres d'art, et quête pour elle à la cour
La duchesse d'Angoulême, protectrice de l'Infirmerie : buste modelé en 1816 par Brachard père d'après Bosio, réduit par lui en 1818. Selon le cartel, elle donne à l'Infirmerie de l'argent et des biens, notamment des œuvres d'art, et quête pour elle à la cour — photo Rémi Vernier, 12 octobre 2025, Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

Un sac de cacao reçu en étrennes donne l’idée d’une fabrique de chocolat : avant l’achat de la maison, en février 1820, dans le récit de Raynal et de Besserve ; en 1822 selon le cartel de la Maison de Chateaubriand.

« Elle envoyait des prospectus de tous côtés et dépensait une ardeur extrême à ce qu’elle appelait son commerce; un jour même, par mégarde, dit-on, mais croirions-nous plutôt par plaisanterie, elle signa : vicomtesse de Chocolat, une lettre où elle faisait un éloge enthousiaste de sa marchandise. »

Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

« […] ses amis n’avaient pas le droit de se fournir ailleurs, quitte à eux, pour se consoler, à l’appeler la vicomtesse Chocolat […] »

Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, t. II, appendice X, « Le Cahier rouge ». · Lire le passage

Boîte des « bons chocolats de Marie-Thérèse », fabriqués à l'Infirmerie, au portrait de la « Vicomtesse de Châteaubriand, fondatrice de l'établissement en 1819 » (collection de la Société Chateaubriand, inv. O.961.6, selon Alain Canat, Céleste de Chateaubriand et la Vallée-aux-Loups, 2018). Selon le cartel, la fabrique date de 1822 et ne ferme qu'en 1925
Boîte des « bons chocolats de Marie-Thérèse », fabriqués à l'Infirmerie, au portrait de la « Vicomtesse de Châteaubriand, fondatrice de l'établissement en 1819 » (collection de la Société Chateaubriand, inv. O.961.6, selon Alain Canat, Céleste de Chateaubriand et la Vallée-aux-Loups, 2018). Selon le cartel, la fabrique date de 1822 et ne ferme qu'en 1925 — photo Rémi Vernier, 12 octobre 2025, Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

« Voilà ce que c’est que d’avoir abdiqué la grandeur pour se faire Sœur du pot ! »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 28 juillet 1822, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

« Donnez-moi des nouvelles du chocolat, s’il prend et si on en prend à Villeneuve: nous en avons une partie très conséquente en ce moment, et qui est excellent. »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 28 juillet 1822, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

« Trente-trois personnes à nourrir, deux maisons à payer et pas un sou dans la caisse! »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 23 août 1822, citée par Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

« Notre quête a été de près de neuf mille francs. »

Céleste de Chateaubriand à la famille Joubert, octobre 1822, après la fête de sainte Thérèse, publiée par Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

Elle ne suit pas son mari à Londres en 1822 :

« Madame de Chateaubriand craignant la mer, n’osa passer le détroit et je partis seul. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVI, chapitre 11. · Lire le passage

Le couple achète en août 1823 une maison voisine (14 000 francs), puis en octobre 1824 un terrain attenant (190 000 francs), où l’on projetait un café et des montagnes russes ; en sept ans elle recueille 240 000 francs, et laisse l’Infirmerie sans dettes en partant pour Rome, en 1828 (Besserve, d’après le cahier qu’elle tenait pour la maison).

« Ces gens-là ont l’argent, disait-elle; c’est bien la moindre chose qu’ils laissent tomber une miette de leur abondant superflu à ceux qui ont faim. »

Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

Neuchâtel, Lausanne, Rome (1824-1829)

Après son renvoi du ministère (juin 1824) :

« Au mois de juillet, je rejoignis à Neuchâtel madame de Chateaubriand qui était allée m’y attendre. Elle avait loué une cabane au bord du lac. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 4. · Lire le passage

Malade en 1825, elle part pour le Midi ; à Lyon, le docteur Prunelle la condamne ; son mari la conduit à Lausanne, où elle se rétablit (Besserve). En septembre 1828, elle le suit à l’ambassade de Rome :

« A Borgo San Donnino, madame de Chateaubriand est accourue dans ma chambre au milieu de la nuit : elle avait vu tomber ses robes et son chapeau de paille des chaises où ils étaient suspendus. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 2. · Lire le passage

« Madame de Chateaubriand fit amende honorable de ma passagère fortune, en montant à genoux les degrés de la santa Chiesa. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 2. · Lire le passage

Il démissionne en août 1829, à l’avènement du ministère Polignac :

« Elle avait la tête tournée d’être ambassadrice à Rome, et certes une femme l’aurait à moins ; mais, dans les grandes circonstances, ma femme n’a jamais hésité d’approuver ce qu’elle pensait propre à mettre de la consistance dans ma vie et à rehausser mon nom dans l’estime publique […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI, chapitre 3. · Lire le passage

Rue d’Enfer (1826-1838)

Le couple habite le pavillon voisin de l’Infirmerie, ouvert sur ses jardins :

« Œuvre de Marie-Thérèse, 92, rue Denfert-Rochereau : ancien pavillon de Chateaubriand sur cour d'entrée » (carte postale, début du XXe siècle)
« Œuvre de Marie-Thérèse, 92, rue Denfert-Rochereau : ancien pavillon de Chateaubriand sur cour d'entrée » (carte postale, début du XXe siècle) — Carte postale, début du XXe siècle (éditeur non indiqué), domaine public — copie de Rémi Vernier

« Ma maison, les divers bâtiments de l’Infirmerie avec leur chapelle et la sacristie gothique, ont l’air d’une colonie ou d’un hameau. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage

Gravure exposée avec la boîte de chocolats : une maison côté jardin et, à droite, un bâtiment gothique surmonté d'une croix. Probablement l'Infirmerie Marie-Thérèse, dont Chateaubriand décrit les bâtiments « avec leur chapelle et la sacristie gothique » (identification non vérifiée : ni titre ni légende sur la photographie)
Gravure exposée avec la boîte de chocolats : une maison côté jardin et, à droite, un bâtiment gothique surmonté d'une croix. Probablement l'Infirmerie Marie-Thérèse, dont Chateaubriand décrit les bâtiments « avec leur chapelle et la sacristie gothique » (identification non vérifiée : ni titre ni légende sur la photographie) — photo Rémi Vernier, 12 octobre 2025, Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

« Madame de Chateaubriand les suit le chapelet à la main, fière du troupeau objet de sa sollicitude. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage

La sœur supérieure attire au laboratoire les dames venues le voir à la messe :

« Elle me fait servir à la vente du chocolat fabriqué au profit de ses malades […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage

En juillet 1830 :

« Madame de Chateaubriand était à la fois bien aise et alarmée de mon retour. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI, chapitre 8. · Lire le passage

Le 16 juin 1832 (le 20 selon les Mémoires), il est arrêté chez lui, au petit jour, pour l’affaire de la duchesse de Berry ; elle obtient de le voir :

« Ma pauvre femme eut une violente attaque de nerfs en entrant à la préfecture […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 6. · Lire le passage

Hippolyte-Benjamin Adam fait son portrait en 1836 :

Hippolyte-Benjamin Adam (1808-1853), portrait de Céleste de Chateaubriand, 1836, huile sur toile
Hippolyte-Benjamin Adam (1808-1853), portrait de Céleste de Chateaubriand, 1836, huile sur toile — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

Rue du Bac (1838-1847)

Pour rapprocher son mari de Mme Récamier, à l’Abbaye-aux-Bois, elle loue un rez-de-chaussée rue du Bac et laisse à l’Infirmerie la maison de la rue d’Enfer (Besserve). À l’abbé de Bonnevie, le 10 juillet 1839 :

« M. de Chateaubriand surtout en est enchanté, parce qu’il n’y a pas moyen d’y placer un livre […] »

Céleste de Chateaubriand à l’abbé de Bonnevie, 10 juillet 1839, citée par Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

Le secrétaire Daniélo l’a vue entrer, au retour de la messe, dans le cabinet de son mari, avec une jatte de pain pour ses oiseaux :

« M. de Chateaubriand en prenait l’occasion de l’appeler la fée aux miettes. »

Julien Daniélo, cité par Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

« Elle a, disait M. de Chateaubriand, des arsenaux que nous ne connaissons pas et des lectures spéciales. »

Daniélo, cité par Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

En 1840, elle pose pour Henriette Lorimier :

« Madame de Chateaubriand, alors âgée de 65 ans, le fit faire en 1840, par mademoiselle Henriette Lorimier, pour remercier la Supérieure du don d’un reliquaire renfermant une parcelle de la vraie croix. »

Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

Mme de Chateaubriand, eau-forte d'après le portrait peint par Henriette Lorimier en 1840 pour l'Infirmerie Marie-Thérèse, frontispice de sa correspondance dans Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883
Mme de Chateaubriand, eau-forte d'après le portrait peint par Henriette Lorimier en 1840 pour l'Infirmerie Marie-Thérèse, frontispice de sa correspondance dans Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883 — d'après Henriette Lorimier — Internet Archive (domaine public)

« La fondatrice de Marie-Thérèse s’éteignit doucement le 9 février 1847, et fut enterrée, suivant son désir, sous l’autel de la chapelle de l’infirmerie et au pied du tableau si connu de Gérard […] »

Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883. · Lire le passage

L’épitaphe, sur une tablette de marbre noir derrière l’autel :

« Décédée le 9 février 1847, à l’âge de 73 ans, elle repose dans le caveau de cette chapelle, selon le désir qu’elle en a exprimé. »

Épitaphe de la chapelle de l’Infirmerie, citée par Blanche Besserve (sous le nom de Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, 1887. · Lire le passage

La plaque de l'Infirmerie : « Infirmerie Marie-Thérèse fondée en 1819 par Mme de Chateaubriand qui repose dans la chapelle. Chateaubriand habita ici de 1826 à 1838 » (photographie de 2017)
La plaque de l'Infirmerie : « Infirmerie Marie-Thérèse fondée en 1819 par Mme de Chateaubriand qui repose dans la chapelle. Chateaubriand habita ici de 1826 à 1838 » (photographie de 2017) — Lionel Allorge — Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Le couple vu par les Mémoires

Chateaubriand lui consacre, au livre IX, un portrait où l’éloge se mêle au remords :

« Je ne sais s’il a jamais existé une intelligence plus fine que celle de ma femme […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

« […] madame de Chateaubriand m’admire sans avoir jamais lu deux lignes de mes ouvrages […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

« Madame de Chateaubriand est meilleure que moi, bien que d’un commerce moins facile. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

« Timide et tremblante pour moi seul, ses inquiétudes sans cesse renaissantes lui ôtent le sommeil et le temps de guérir ses maux : je suis sa permanente infirmité et la cause de ses rechutes. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

« Je dois donc une tendre et éternelle reconnaissance à ma femme, dont l’attachement a été aussi touchant que profond et sincère. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre IX, chapitre 1. · Lire le passage

L’éditeur des Cahiers (1909) conteste le premier jugement : elle lisait les brochures et les gazettes, et veillait sur le manuscrit de 1814. Ses souvenirs, conservés dans la famille, sont un Cahier rouge (1804-1815), un Cahier vert (1815-1844) et des feuilles volantes ; l’abbé Pailhès en publie des fragments en 1886-1888, J. Ladreit de Lacharrière la première édition complète en 1909. Ses lettres aux Joubert, de 1806 à 1822, ont été publiées par Paul de Raynal en 1883 ; les lettres postérieures ont disparu (Raynal).

Divergences entre les sources

Naissance : 1774 (Wikidata, 6 février ; dix-sept ans en janvier 1792 selon Raynal ; 73 ans à sa mort selon l’épitaphe) ; 1777 (l’éditeur des Cahiers, en 1909). Prison : « treize mois » (Mémoires) ; des premiers mois de 1793 au 9 Thermidor (Besserve). Retour de Rome : février 1804 (Cahier rouge) ; mars 1804 (Besserve). Fondation de l’Infirmerie : « le 8 octobre 1819 » (prospectus) ; arrivée des Sœurs le 15 octobre (Besserve) ou « lundi », le 25 (sa lettre du 21 octobre). Fabrique de chocolat : avant l’achat de la maison (février 1820) dans le récit de Raynal et de Besserve ; 1822 selon le cartel de la Maison de Chateaubriand, qui la dit fermée en 1925 (« jusque dans les années 1920 » selon Michel Moineau). Mort de Lucile : les Mémoires (livre XVII, chapitres 3 à 6) racontent le voyage de Vichy de l’été 1805 avant la mort de Lucile, que la lettre de Joubert du 18 novembre 1804 date de « huit jours » plus tôt. Mort : 9 février 1847 (Raynal, Besserve, Biré, l’épitaphe) ; le 8 selon Berchet, le 11 selon Victor Hugo, le 12 selon Wikidata ; la Gazette de France du 12 février 1847, citée par Besserve, l’appelle « comtesse ». La chute de 1807 : Homère est un buste « que je tenais dans mes bras » (Cahier rouge), « placé auprès de madame de Chateaubriand » (Mémoires).

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres IX (1, 6), X (8), XVII (3, 5, 6), XVIII (5), XXII (10), XXIII (4, 20), XXVI (11), XXVIII (4), XXIX (2), XXXI (3, 8), XXXV (6), XXXVI (1)
Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. J. Ladreit de Lacharrière, Paris, Émile-Paul, 1909 (lire en ligne)
Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883, chapitre IV, « Madame de Chateaubriand » (lettres de 1806 à 1822, eau-forte d’après Lorimier) (lire sur le site · Internet Archive)
Blanche Besserve (Félix de Bona), Vie de madame de Chateaubriand, Lille, Lefort, 1887 (souvenirs de Daniélo, lettre de 1839, histoire de l’Infirmerie) (lire sur le site · Internet Archive)
Abbé G. Pailhès, Madame de Chateaubriand : lettres inédites à M. Clausel de Coussergues, 1888 ; Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896
Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, t. II, appendice X, « Le Cahier rouge »
Prospectus de l’Infirmerie de Marie-Thérèse sous la protection de S. A. R. Madame la Dauphine, vers 1824-1830, première page (exposé à la Maison de Chateaubriand, photographié le 12 octobre 2025)
Cartels de la Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry (fabrique de chocolat ; buste de la duchesse d’Angoulême), relevés le 12 octobre 2025
Alain Canat, Céleste de Chateaubriand et la Vallée-aux-Loups, Maison de Chateaubriand, 2018 (boîte de chocolats, Société Chateaubriand, inv. O.961.6)
Wikipédia, « Marie-Thérèse de France (1778-1851) » (dauphine de 1824 à 1830) (lire en ligne)
Maurice Paléologue, Profils de femmes (« Madame de Chateaubriand »), 1895
Georges Collas, « Veuve d’un vivant », Annales de Bretagne, t. 65, 1958
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)
J. Marouzeau, « Monsieur et Madame de Chateaubriand à l’Infirmerie Marie-Thérèse » (faits seulement)

Contrat de mariage, expédition sur papier timbré, première page : « L'an mil sept cent quatre-vingt-douze, le dix-septième jour du mois de mars après midi, devant les soussignés notaires royaux établis et résidents à Saint-Malo, fut présent François-Auguste-René de Chateaubriand, demeurant en cette ville chez la dame sa mère, rue des Grands-Degrés, second fils mineur de feu René-Auguste de Chateaubriand-Combourg […] et de dame Apoline-Jeanne-Suzanne de Bedée […], émancipé d'âge sous l'autorité de Jean-Baptiste Gesbert, juge du tribunal du district de Dinan » (château de Combourg ; transcription d'après la photographie ; cartel : « Contrat de mariage de François-René de Chateaubriand avec Céleste Buisson de La Vigne »)
Contrat de mariage, expédition sur papier timbré, première page : « L'an mil sept cent quatre-vingt-douze, le dix-septième jour du mois de mars après midi, devant les soussignés notaires royaux établis et résidents à Saint-Malo, fut présent François-Auguste-René de Chateaubriand, demeurant en cette ville chez la dame sa mère, rue des Grands-Degrés, second fils mineur de feu René-Auguste de Chateaubriand-Combourg […] et de dame Apoline-Jeanne-Suzanne de Bedée […], émancipé d'âge sous l'autorité de Jean-Baptiste Gesbert, juge du tribunal du district de Dinan » (château de Combourg ; transcription d'après la photographie ; cartel : « Contrat de mariage de François-René de Chateaubriand avec Céleste Buisson de La Vigne ») — photo Rémi Vernier, château de Combourg, 7 août 2026

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