Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire · Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire (suite)
Chateaubriand → Mme de Duras, 13 novembre, Vérone
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Vérone, ce mercredi soir, 13 novembre.
Un courrier de Rotschild qui part ce soir vous portera ces deux mots pour vous dire que Flavigny, arrivé ce matin, m'a apporté votre lettre. Je vous ai écrit hier par un courrier français une énorme lettre. Vous serez contente de moi. Pour Hyacinthe, il est très mal, et moi, je suis d'avis à présent qu'il faut le guérir malgré lui, puisqu'il ne veut pas se soigner lui-même. J'en ai écrit dans ce sens à Villèle, qui s'y intéresse beaucoup, et qui, lui-même, voit que ce jeune homme est à moitié fou. Je n'ai que le temps juste de vous dire bonsoir et de fermer ce billet.
C'est bien dommage que votre tête ne soit pas aussi parfaite que votre cœur : vous ne tomberiez pas dans ces frayeurs éternelles ; vous ne verriez pas tout perdu, parce qu'on peut avoir la guerre ou la paix. L'un et l'autre système peut avoir des avantages et des inconvénients qu'il est permis aux hommes d'État de peser ; et si des hostilités, d'ailleurs peu dangereuses avec l'Espagne, si une guerre qu'elle nous forcerait à soutenir, devaient avoir pour résultat de nous faire reprendre notre rang militaire en Europe et de faire oublier la cocarde tricolore, il ne faudrait pas trop nous en plaindre : d'ailleurs tout est encore éventuel. Vous dites que les révolutionnaires triomphent à la pensée de la guerre ! J'en doute, et il me suffit de lire les commentaires du Constitutionnel. Les fonds sont tombés ? Ils se relèveront. Enfin, c'est un moment de crise. Il faut savoir le passer, ne pas crier comme si tout était désespéré, ne pas tout abandonner et perdre la tête à la première difficulté qu'on rencontre sur la route. J'ai meilleure opinion de Villèle; s'il se décide à la paix, il saura la maintenir ; s'il croit devoir faire la guerre, il la continuera de façon à s'assurer un triomphe. Nous en finirons avec le jacobinisme et nous aurons une armée sous la cocarde blanche. Calmez-vous donc. Mathieu part très exactement cette semaine, peut-être jeudi 21. Mes affaires à moi vont mieux. Pozzo part en même temps que Mathieu. C'est un furieux ultra, comme Clausel, lui qui voulait faire revenir les Cosaques pour chasser la Chambre de 1815. Si vous n'êtes pas contente de moi, j'irai me faire ermite. Ce soir on donne une fête aux Arènes ; on illumine des ruines : cela ressemble à bien des choses.
Hier au soir, l'illumination des ruines a manqué par la pluie, on nous l'annonce pour ce soir.
Il faut livrer ma lettre. Bonjour donc.