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L'Enchanteur 1768—1848
Une page des Mémoires d'outre-tombe de la main d'Hyacinthe Pilorge, son secrétaire, avec des corrections de Chateaubriand

Personnes

Hyacinthe Pilorge

·

Secrétaire particulier de Chateaubriand pendant un quart de siècle, de la Restauration à juillet 1843 : il écrit sous sa dictée, copie ses lettres, porte ses messages, le suit à Berlin, à Londres, à Vérone, à Rome et à Prague, et met au net les Mémoires d’outre-tombe jusqu’à la copie intégrale de 1840. Les brouillons qu’il devait brûler et qu’il garde sont à l’origine d’une grande partie des manuscrits connus.

En bref

DivergenceEntrée au service : 1816 dans la première version de ce site (sans source) ; en juillet 1842, Chateaubriand écrit que Pilorge connaît ses secrets « depuis plus de vingt-cinq ans ». Départ : congédié en juillet 1843 selon Jean-Claude Berchet (BnF, « Mémoires d’outre-tombe : histoire des manuscrits ») ; la première version de ce site disait « vers 1844 ».
NaissanceNon établie par les sources consultées (absent de Wikidata). Philippe Mouazan, dans un récit romancé où Pilorge parle à la première personne (2019, rééd. 2025), le fait naître à Fougères : non vérifié dans les registres.
MortNon établie par les sources consultées. En 1860, Paul Boiteau, éditeur de la correspondance de Béranger, le dit employé dans l’administration des postes.
FamilleAucune source consultée ne nomme une épouse ou une compagne. En octobre 1792, un Augustin Pilorge est domestique à l’hôtel de Farcy, à Fougères, où se sont réfugiées Céleste, Lucile et Julie de Farcy (Collas, 1949, d’après les archives) : les sources consultées ne disent pas s’il était parent d’Hyacinthe.
LienSecrétaire particulier, « façonné à toutes mes fortunes » (Mémoires, livre XXXVI, chapitre 4) ; « le fidèle Pilorge qui a su tous les secrets politiques les plus intimes de ma vie depuis plus de vingt-cinq ans » (Chateaubriand au duc de Lévis, 13 juillet 1842, lettre dictée).
MissionsBerlin (1821) ; Londres (1822 : courrier à Paris en août) ; Vérone (1822) ; le ministère (1823-1824 : messager auprès de Cordélia de Castellane ; le 6 juin 1824, il apporte la destitution) ; Rome (1828-1829, attaché à l’ambassade) ; Dieppe (juillet 1830) ; Genève (1831) ; Prague et Venise (1833) ; le Midi (1838).
Ses écrituresLettres écrites sous la dictée et signées par Chateaubriand (1821-1843), double de chaque lettre pour un registre (Adèle Hugo) ; copie des lettres reçues (Mémoires, livre XXXIV, chapitre 6) ; mises au net des Mémoires, copie intégrale de 1840 ; le « manuscrit Champion » de la quatrième partie, revu le 22 février 1845 (Le Goffic).
Testament12 juin 1837 : Chateaubriand le nomme, avec Jean-Jacques Ampère, surveillant de l’impression des Mémoires, et demande à sa femme de lui continuer une pension de cent francs par mois.
DécorationMembre de la Légion d’honneur ; il en porte le ruban en mai 1833 (Mémoires, livre XXXVI, chapitre 6).
PortraitAucun portrait connu. Adèle Hugo, d’après les souvenirs de son mari, le décrit vers 1820 « rouge de cheveux, de favoris et de visage » ; Chateaubriand le dit Bas-Breton (1838).
Victor HugoRue Saint-Dominique, vers 1820 (Adèle Hugo, 1863) ; Les Misérables le montrent écrivant sous la dictée « en 1817 », date que Biré conteste ; en 1847-1848, ses confidences sur les dernières années de son ancien maître, dans Choses vues.
Dans les Mémoires1 mention (relevé automatique) : livres XXXVI (3).

Sa vie

Breton (Chateaubriand le dit « Bas-Breton »), Hyacinthe Pilorge est le secrétaire particulier de Chateaubriand de la Restauration jusqu’en juillet 1843, où il est congédié (Berchet). En 1860, il est employé dans l’administration des postes (Boiteau).

Avec Chateaubriand

Il écrit sous la dictée, copie les lettres, porte les messages et suit son maître à Berlin, à Londres, à Vérone, à Rome et à Prague. Il établit en 1840 la copie intégrale des Mémoires d’outre-tombe ; les brouillons qu’il devait brûler, et qu’il emporte en 1843, forment l’essentiel du « manuscrit de Genève ».

Fougères, et l’entrée au service

Les sources anciennes ne disent rien de ses origines, sinon par un mot de Chateaubriand qui, d’une lettre à Léonce de Lavergne, ajoute :

« Pilorge présente à Madame votre mère ainsi qu’à vous, Monsieur, ses respects et ses civilités d’usage, c’est-à-dire de Bas-Breton. »

Chateaubriand à Léonce de Lavergne, Montpellier, 22 juillet 1838, publiée par Ernest Cartier, Revue des Deux Mondes, 1904.

Philippe Mouazan, dans un récit romancé où Pilorge raconte lui-même sa vie (2019, rééd. 2025), le fait naître à Fougères ; ce n’est pas vérifié ici dans les registres de la ville. Les sœurs de Chateaubriand avaient des attaches à Fougères : en 1792, c’est à l’hôtel de Farcy, dans cette ville, que Julie de Farcy, Lucile et Céleste se réfugient, et un domestique nommé Augustin Pilorge y reçoit les commissaires le 15 octobre (Collas, 1949). Aucune source consultée ne dit s’il était de la famille d’Hyacinthe.

La date d’entrée au service n’est pas sûre : en 1842, Chateaubriand compte « plus de vingt-cinq ans » de confidences, et Berchet parle de vingt-cinq ans de service jusqu’au congé de 1843.

Vers 1820 : rue Saint-Dominique, sous les yeux du jeune Hugo

En 1820, après l’ode de Victor Hugo sur la mort du duc de Berry, Chateaubriand reçoit le jeune poète au n° 27 de la rue Saint-Dominique et l’invite à revenir le matin. À la seconde visite, il veut lui lire sa tragédie de Moïse :

« Tenez, il faut que je vous en lise une scène… — Pilorge, venez, j’ai besoin de vous. »

Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (Adèle Hugo), 1863, t. II, chapitre XXXIV.

« Un individu, rouge de cheveux, de favoris et de visage, entra : — Allez me chercher le manuscrit de Moïse. »

Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (Adèle Hugo), 1863, t. II, chapitre XXXIV.

Le récit, écrit par Adèle Hugo d’après les souvenirs de son mari, décrit ensuite le travail du secrétaire :

« Pilorge était le secrétaire de M. de Chateaubriand, ce qui ne lui constituait pas une sinécure. Sans compter les manuscrits, la correspondance seule lui prenait énormément de temps parce qu’en outre des lettres originales qu’il écrivait et que M. de Chateaubriand signait, il en faisait un double pour un registre où l’illustre écrivain, attentif pour la postérité, conservait précieusement ses moindres billets. Pilorge avait aussi la fonction de classer et de numéroter toutes les lettres reçues à l’hôtel. »

Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (Adèle Hugo), 1863, t. II, chapitre XXXIV.

« Le secrétaire apporta le manuscrit demandé. »

Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (Adèle Hugo), 1863, t. II, chapitre XXXIV.

Hugo s’en souvient en écrivant Les Misérables ; au chapitre « L’année 1817 », Chateaubriand se cure les dents devant sa fenêtre :

« […] tout en dictant des variantes de la Monarchie selon la Charte à M. Pilorge, son secrétaire. »

Victor Hugo, Les Misérables, t. I, livre III, chapitre 1, 1862. · Lire le passage dans Edmond Biré, Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac

Edmond Biré, qui cite le passage dans une version sans les « variantes », relève l’anachronisme :

« Outre que c’eût été une singulière fantaisie à Chateaubriand de dicter ainsi, en 1817, des pages imprimées et publiées en 1816, il n’avait garde de se mettre, cette année-là, aux fenêtres du numéro 27 de la rue Saint-Dominique, par cette excellente raison qu’il habitait alors rue de l’Université, au numéro 25. »

Edmond Biré, Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac, 1907. · Lire le passage

Fin 1821, Chateaubriand écrit à Mme de Duras :

« Hyacinthe continue sous mes yeux la copie ; elle sera achevée après-demain […] »

Chateaubriand à Mme de Duras, jeudi [27 décembre 1821], dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Berlin (1821)

Pilorge suit Chateaubriand à l’ambassade de Berlin (janvier-avril 1821). Le ministre s’y ennuie :

« Je n’ai d’autre ressource que la conversation d’Hyacinthe […] »

Chateaubriand à Mme Récamier, Berlin, 20 janvier 1821, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Mme Lenormant explique en note :

« Hyacinthe Pilorge, son secrétaire, dont le dévouement était absolu. »

Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

« Un jour, au détour de la muraille d’enceinte, Hyacinthe et moi nous nous trouvâmes nez à nez avec un vent d’est si perçant, que nous fûmes obligés de courir dans la campagne pour regagner la ville à moitié morts. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVI, chapitre 6. · Lire le passage

En mars, Chateaubriand pense l’envoyer à Paris, en courrier, pour obtenir son congé (lettres à Mme Récamier des 10 et 17 mars 1821).

Londres et Vérone (1822)

À Londres, en août 1822, Pilorge fait le courrier entre l’ambassadeur et Paris, où se décide le choix des plénipotentiaires du congrès de Vérone. Il apporte à Paris la nouvelle de la mort de lord Castlereagh (12 août). Céleste, restée à Paris, écrit à Mme Joubert le 23 août :

« […] il est venu en courrier apporter la nouvelle de la mort de lord Castlereagh; il est arrivé gros, gras et ivre et s’en est retourné de même; il se plaît beaucoup à Londres, mais il excite la jalousie des Secrétaires, qui n’ont pas, comme lui, la confiance de M. l’ambassadeur. »

Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 23 août 1822, dans Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1884. · Lire le passage

Le ministre des Affaires étrangères le renvoie à Londres :

« Quoiqu’il n’y ait pas de dépêches bien importantes à confier à votre fidèle Hyacinthe, je veux cependant le faire repartir, noble vicomte, d’après votre propre désir et celui qu’il m’a exprimé, de la part de madame de Chateaubriand, de le voir promptement retourner auprès de vous. »

Mathieu de Montmorency à Chateaubriand, Paris, 17 août [1822], dans les Mémoires, livre XXVII, chapitre 10. · Lire le passage

Le comte de Marcellus, secrétaire de l’ambassade, se souvient de la lettre qu’il rapportait :

« Cette lettre, rapportée de Paris par Hyacinthe Pilorge, son secrétaire particulier, exaspéra M. de Chateaubriand […] »

Comte de Marcellus, Chateaubriand et son temps, 1859. · Lire le passage

Et des promenades de Londres :

« Parfois à Londres je suivais l’auteur dans quelques promenades fantastiques en partie carrée; elles comprenaient, avec moi, Hyacinthe Pilorge […] »

Comte de Marcellus, Chateaubriand et son temps, 1859. · Lire le passage

— et les corbeaux, « ses éternels amis », ajoute Marcellus. À Vérone, d’octobre à décembre, Pilorge tombe malade ; Chateaubriand en donne des nouvelles à Mme de Duras presque à chaque lettre :

« Je me lève à 7 heures et demie, je déjeune à 8 et demie avec Hyacinthe […] »

Chateaubriand à Mme de Duras, Vérone, 5 novembre 1822, dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

« Pour Hyacinthe, il est très mal, et moi, je suis d’avis à présent qu’il faut le guérir malgré lui, puisqu’il ne veut pas se soigner lui-même. »

Chateaubriand à Mme de Duras, Vérone, 13 novembre [1822], dans Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Le ministère (1823-1824)

Ministre des Affaires étrangères, Chateaubriand loge Pilorge près de lui : d’après le souvenir du chevalier de Cussy que rapporte André Beaunier (Les Costumes de M. de Chateaubriand), la chambre d’Hyacinthe communiquait avec celle du ministre. C’est Pilorge qui porte ses lettres à Cordélia de Castellane. Le 5 octobre 1823, retenu à Paris par la délivrance de Ferdinand VII, le ministre lui écrit :

« Tu sais tout; tu vois mon malheur. Je suis forcé de t’obéir et de rester ici pour cet immense événement. »

Chateaubriand à Cordélia de Castellane, dimanche [5 octobre 1823], dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens, 1908. · Lire le passage

« J’envoie Hyacinthe te porter cette lettre », ajoute-t-il ; Séché précise en note qu’il s’agit d’Hyacinthe Pilorge.

Sur l’original, la destinataire a noté :

« […] apportée à Fontainebleau par Hyacinthe Pilorge et reçue lundy, 6 octobre, à quatre heures […] »

Note de Cordélia de Castellane, citée par Léon Séché, 1908. · Lire le passage

Léon Séché possédait aussi « certains petits billets » de Pilorge, de la même année, qui lui faisaient croire que Mme Hamelin renseignait Chateaubriand sur ceux qui le surveillaient (Annales romantiques, 1909).

Le 6 juin 1824, jour de la Pentecôte, Chateaubriand attend aux Tuileries d’être reçu par Monsieur :

« […] un huissier vint me dire qu’on me demandait. C’était Hyacinthe, mon secrétaire. Il m’annonça en me voyant que je n’étais plus ministre. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 1. · Lire le passage

Le Congrès de Vérone (1838) donne la scène plus en détail :

« Nous y trouvons notre secrétaire, Hyacinthe Pilorge; il nous remet cette lettre et cette ordonnance, en nous disant : « Monsieur n’est plus ministre. » […] »

Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage

« Nous remontâmes dans notre voiture avec Hyacinthe ; nous étions fort gai, quoique au fond mortellement blessé du ton de la lettre et de la manière dont nous étions chassé. »

Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage

En 1826, à Lausanne, Pilorge est encore là : quand un rhumatisme empêche Chateaubriand d’écrire, c’est de sa main que partent les lettres à son ami Le Moine (faits rapportés par Maurice Levaillant, 1922).

Rome (1828-1829)

À l’ambassade de Rome, Pilorge figure parmi les attachés :

« Les attachés à l’ambassade étaient MM. de Montebello, du Viviers, de Mesnard, d’Haussonville et Hyacinthe Pilorge, le fidèle secrétaire de Chateaubriand. »

Edmond Biré, note aux Mémoires (ambassade de Rome, 1828). · Lire le passage

Chateaubriand dicte en marchant :

« J’ai dicté quelques mots à Hyacinthe qui les a écrits au crayon en marchant […] »

Chateaubriand à Mme Récamier, Rome, 18 novembre 1828, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

« […] ensuite je vais me promener deux heures avec Hyacinthe dans la campagne romaine […] »

Chateaubriand à Mme Récamier, Rome, 3 janvier 1829, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Pour la représentation espérée de Moïse, il prévoit de l’envoyer à Paris auprès de Mme Récamier :

« Je vous ai dit que je vous enverrais Hyacinthe dans les premiers jours de février; il restera auprès de vous jusqu’à l’époque fatale; vous l’emploierez dans des courses […] »

Chateaubriand à Mme Récamier, Rome, 4 décembre 1828, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Le 3 février 1829, aux fouilles de Torre Vergata :

« J’étais accompagné seulement d’Hyacinthe et de Visconti qui dirige la fouille. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 16. · Lire le passage

Le comte d’Haussonville, jeune attaché, se souvient en 1885 des promenades « en compagnie du fidèle Pilorge », un fusil sous le bras, et des finances de l’ambassade :

« Hyacinthe Pilorge criait misère, et je me souviens de l’avoir ouï se vanter, par plaisanterie probablement, d’avoir tordu le cou au perroquet favori de Mme de Chateaubriand, afin de le vendre à un empailleur et d’en donner le prix à quelque joli modèle de la villa Médicis. »

Paul-Gabriel d’Haussonville, « L’Ambassade de M. de Chateaubriand à Rome en 1828 », Revue des Deux Mondes, 15 mai 1885.

Le 12 février 1829, Pilorge ajoute de sa main un post-scriptum à une lettre de Chateaubriand à Le Moine, son plus ancien confident :

« M. de Chateaubriand me permet d’offrir tous mes respects à M. Le Moine, ce que je suis tenté de faire toutes les fois que je ploye une lettre pour lui, et même plus souvent encore, et ce que je n’ose, dans la crainte de l’importuner. Nous ne sommes pas un jour ici sans nous entretenir du meilleur ami que je connaisse à mon excellent patron. »

Hyacinthe Pilorge, post-scriptum signé « Hyacinthe », Rome, 12 février 1829, lettre publiée par Maurice Levaillant, « Chateaubriand et son ministre des finances », Revue des Deux Mondes, 1922.

« Je dicte, les pieds dans la moutarde, accablé de fatigue et de souffrances, cette lettre pour vous à Hyacinthe. »

Chateaubriand à Le Moine, Rome, 2 avril 1829, lettre publiée par Maurice Levaillant, « Chateaubriand et son ministre des finances », Revue des Deux Mondes, 1922.

Au retour, Pilorge précède son maître :

« C’est Hyacinthe que j’envoie en avant, qui vous remettra ce billet. »

Chateaubriand à Mme Récamier, Lyon, 24 mai 1829, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

1830-1832 : Dieppe, la révolution, l’argent de la duchesse

Le 27 juillet 1830, à Dieppe, chez Mme Récamier :

« Voici tout à coup venir Hyacinthe ; il m’apporte une lettre que M. de Boissy avait reçue, et qui annonçait les ordonnances avec de grands éloges. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI, chapitre 8. · Lire le passage

« Je dis à Hyacinthe de demander des chevaux, afin de repartir pour Paris. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI, chapitre 8. · Lire le passage

Le 30, la jeunesse des écoles porte Chateaubriand en triomphe jusqu’à la Chambre des pairs :

« Hyacinthe, qui m’accompagnait, recevait sa part des poignées de main et des embrassades. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXII, chapitre 9. · Lire le passage

Quelques mois plus tard, rue d’Enfer, c’est lui qui accueille le jeune d’Haussonville, venu revoir son ancien chef :

« M. Pilorge me dit qu’il n’était pas seul, mais de monter tout de même et que je trouverais M. Armand Carrel chez lui. »

Paul-Gabriel d’Haussonville, « L’Ambassade de M. de Chateaubriand à Rome en 1828 », Revue des Deux Mondes, 15 mai 1885.

En 1831, à Genève, Pilorge loge avec ses maîtres ; « Hyacinthe est parti cette nuit pour Paris », écrit Chateaubriand à l’abbé de Bonnevie le 16 août (lettre citée par Latreille). En avril 1832, Chateaubriand distribue aux mairies de Paris l’argent que la duchesse de Berry destine aux victimes du choléra ; c’est Pilorge qui fait le tour des douze mairies. Le Constitutionnel ayant fait de l’envoyé un ancien aide de camp du duc de Berry, il répond dans la Quotidienne :

« Vous voyez, monsieur, que je n’ai pas l’honneur d’avoir été l’aide de camp de M. le duc de Berry, que je ne suis que le pauvre et fidèle secrétaire d’un homme aussi pauvre et aussi fidèle que moi. »

Hyacinthe Pilorge, lettre à la Quotidienne, Paris, 20 avril 1832, citée par Biré, note aux Mémoires, livre XXXV. · Lire le passage

Dans une note de 1836, Chateaubriand décrit sa manie de tout copier :

« Hyacinthe a l’habitude de copier, presque malgré moi, mes lettres et celles qu’on m’adresse, parce qu’il prétend avoir remarqué que j’étais souvent attaqué par des personnes qui m’avaient écrit des admirations sans fin ou qui s’étaient adressées à moi pour des demandes de service. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIV, chapitre 6. · Lire le passage

« […] il fouille dans des liasses à lui seul connues, et, comparant l’article injurieux avec l’épître louangeuse, il me dit :  » Voyez-vous, monsieur, que j’ai bien fait !  » […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIV, chapitre 6. · Lire le passage

Il répond aussi en son nom, sous la dictée, aux offres de service :

« Hyacinthe fit à ce billet cette réponse que je lui dictai :  » Mon patron n’a rien du tout de particulier contre la personne qui m’a écrit ; mais il veut vivre hors de tout, et ne veut accepter aucun service.  » […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIV, chapitre 13. · Lire le passage

1833 : Prague et Venise

En mai 1833, Chateaubriand part sans passeport pour Prague, où se trouve Charles X :

« […] je pris le chemin de Bâle avec Hyacinthe Pilorge, mon secrétaire, façonné à toutes mes fortunes, et Baptiste, valet de chambre […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 4. · Lire le passage

« Hyacinthe, membre de la Légion d’honneur, en portait le ruban : cette décoration nous attirait des respects incroyables. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 6. · Lire le passage

Refoulés par la douane autrichienne, ils attendent à Waldmünchen la permission d’entrer en Bohême :

« […] je descends avec Hyacinthe dont le ruban rouge flamboyait. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 9. · Lire le passage

« Et je délibérais si je n’enverrais pas Hyacinthe chercher du beurre frais et du pain bis, pour manger du cresson au bord d’une fontaine sous une cépée d’aunes. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 11. · Lire le passage

En septembre, au second voyage, Pilorge va chercher les bagages à Venise et passe chez Zanze, la fille du geôlier de Silvio Pellico :

« Hyacinthe était revenu de Venise. Je lui avais recommandé de passer chez Zanze, et de lui faire mes excuses d’être parti sans la voir. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XL, chapitre 5. · Lire le passage

« Le surlendemain de mon arrivée à Prague j’envoyai Hyacinthe porter une lettre à madame la duchesse de Berry, que selon mes calculs il devait rencontrer à Trieste. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLI, chapitre 3. · Lire le passage

La rue du Bac et la copie de 1840

Le 24 juillet 1836, c’est Pilorge qui apprend à Chateaubriand la mort d’Armand Carrel (Mémoires, livre XLII, chapitre 4). En août, il revient de Genève avec les papiers des Mémoires (lettre à Mme Récamier, 8 août 1836). Le 12 juin 1837, Chateaubriand le désigne dans son testament :

« Je nomme pour commissaires ou surveillants à l’impression de mes Mémoires, M. Ampère et […] »

Chateaubriand, testament olographe du 12 juin 1837, publié par le comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912. · Lire le passage

« […] ils s’opposeront à tout changement du texte, mais s’il y avait quelques pages qu’on ne pût publier actuellement à cause des lois de septembre, ils en permettront le retranchement […] »

Chateaubriand, testament olographe du 12 juin 1837, publié par le comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912. · Lire le passage

« Je prie Mme de Chateaubriand de continuer une pension de cent francs par mois à Hyacinthe ; je suis fâché de ne pouvoir faire davantage pour ses services et sa fidélité […] »

Chateaubriand, testament olographe du 12 juin 1837, publié par le comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912. · Lire le passage

(La transcription du comte d’Antioche lit « Vitorge » pour Pilorge.) La goutte et les rhumatismes lui prennent la main droite ; les lettres de ces années-là commencent souvent par une excuse :

« Je commence par vous demander pardon, Monsieur, d’être obligé de dicter cette lettre à Pilorge, mon secrétaire, parce que le long voyage que je viens d’achever, quoiqu’il m’ait fait du bien, ne m’a pourtant point guéri de la goutte que j’ai à la main droite. »

Chateaubriand à Hippolyte La Morvonnais, 1838, cité par Biré, appendice aux Mémoires, t. I. · Lire le passage

Pilorge accompagne le voyage du Midi de l’été 1838 ; à Lyon, le 1er août, Collombet note que Chateaubriand a avec lui « son secrétaire Hyacinthe » (Latreille). Rue du Bac, le barbier Adolphe Pâques, dont Le Goffic résume les souvenirs, le voit aux séances de dictée du matin :

« Pilorge, cependant, bâillait, faisait ses ongles ou traçait des arabesques sur une feuille de papier. »

Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1902.

En 1840, Pilorge achève la copie intégrale des Mémoires ; Chateaubriand brûle alors ses brouillons et le note en tête du manuscrit des Mémoires de ma vie :

« Tout le reste corrigé, raturé, a été brûlé après que Hyacinthe en a fait une copie complète. »

Note autographe de 1840, citée par J.-C. Berchet, BnF Essentiels.

L'écriture de Pilorge : premier feuillet de l'Avertissement des Mémoires d'outre-tombe daté « Paris 4 Janvier 1842 », copie de sa main, avec les corrections et additions de Chateaubriand (« avant d'être mandé devant le souverain Juge »)
L'écriture de Pilorge : premier feuillet de l'Avertissement des Mémoires d'outre-tombe daté « Paris 4 Janvier 1842 », copie de sa main, avec les corrections et additions de Chateaubriand (« avant d'être mandé devant le souverain Juge ») — Bibliothèque nationale de France, Manuscrits, NAF 26305, f. 1 ; Source gallica.bnf.fr / BnF

D’après Jean-Claude Berchet, Pilorge mettait au net tout ce que Chateaubriand écrivait ou dictait, et recommençait la mise au net quand les ratures recouvraient la page ; il avait fini par être seul à lire l’écriture de son maître. La copie de 1840, plus de quatre mille pages en chemises de carton, reste le texte de référence jusqu’aux révisions de 1845 et 1846. Plusieurs états de sa main sont conservés : le livre sur Mme Récamier (BnF, NAF 26450), « Avenir du monde » (NAF 26304) et l’Avertissement du 4 janvier 1842 (NAF 26305), transcrits dans la liseuse (Avertissement de 1842), et la « Digression philosophique » des archives de Combourg (Collas, 1948).

En 1841, Chateaubriand ne peut plus guère que signer : « c’est à Hyacinthe que je dicte le reste », écrit-il à Clausel de Coussergues le 26 novembre. En 1842, Béranger s’emploie à obtenir pour Pilorge une place dans les postes ; Chateaubriand lui écrit le 13 juillet : « n’oubliez pas le chevalier Pilorge qui a été assez bête pour imiter son vicomte ; faites que le grand maître des postes se souvienne du pauvre bureaucrate de Grenelle » (correspondance de Béranger, éd. Boiteau, 1860 ; la lettre ne dit pas en quoi il l’a imité). Béranger le trouve « le plus paresseux solliciteur qu’on puisse voir » (2 août 1842).

1843 : le congé et les papiers sauvés du feu

Selon Berchet, Pilorge est congédié en juillet 1843, pour des raisons qu’on ignore. Il avait reçu l’ordre de détruire les brouillons et les états intermédiaires ; il en garde près de six cents feuillets et les emporte en partant, à l’insu de Chateaubriand. Retrouvés en 1938 dans une villa suisse, dispersés sur le marché dans les années 1960, ils forment ce qu’on appelle le « manuscrit de Genève » (une partie est à la fondation Bodmer). Berchet en conclut qu’on doit surtout à ses « indélicatesses » ce qu’on connaît des manuscrits de Chateaubriand.

Daniélo lui succède et seconde la révision de 1844-1845, faite sur la copie de Pilorge. Le libraire Honoré Champion en possédait la quatrième partie :

« Sur un exemplaire de la quatrième partie que possède M. Honoré Champion et qui est de la main d’Hyacinthe Pilorge, secrétaire de Chateaubriand, on lit à la première et à la dernière page : « Revu le 22 février 1845 ». »

Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1902.

L’abbé Bertrin, qui l’a examiné chez Champion pour la querelle du « cahier » de Sainte-Beuve, l’appelle « le manuscrit de Pilorge ». Pilorge reste en relation avec l’entourage : le 26 juin 1845, Béranger rapporte à Lamennais un mot de lui sur le voyage de Chateaubriand à Bourbonne-les-Bains. Léon Séché, en 1909, tire d’« un cahier de notes inédites de Hyacinthe Pilorge » le récit de la scène où Fontanes obtient en 1809 la correction des Martyrs, épisode antérieur à l’entrée de Pilorge au service ; il ne dit pas où se trouvait ce cahier.

1847-1848 : les confidences à Victor Hugo

Après la mort de Céleste (le 9 février 1847 ; le 11 selon Hugo), Victor Hugo note ce que lui dit l’ancien secrétaire :

« Vers les derniers temps de sa vie, M. de Chateaubriand était presque en enfance. Il n’avait, me disait M. Pilorge, son ancien secrétaire, que deux ou trois heures à peu près lucides par jour. »

Victor Hugo, Choses vues, « Madame de Chateaubriand », 1847. · Lire le passage dans Camille Latreille, Chateaubriand

« À la mort de sa femme, il alla au service funèbre et revint chez lui en riant aux éclats. — Preuve d’affaiblissement du cerveau, disait Pilorge. — Preuve de raison ! reprenait Édouard Bertin, sa femme était très méchante, il était enchanté. »

Victor Hugo, Choses vues, « Madame de Chateaubriand », 1847.

En 1860, Paul Boiteau le dit employé dans l’administration des postes. La date de sa mort n’est pas établie par les sources consultées.

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XXVI à XLII
Victor Hugo, Choses vues, « Madame de Chateaubriand » (1847) (lire en ligne)
Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, 1863, t. II (lire en ligne)
Victor Hugo, Les Misérables, t. I, livre III, chapitre 1 (lire en ligne)
Edmond Biré, Chateaubriand, Victor Hugo, H. de Balzac, 1907 ; notes et appendices aux Mémoires, 1898-1900 (lire sur le site · Wikisource)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859 (lire sur le site · Project Gutenberg)
Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910 (lettres de Vérone, 1822)
Paul de Raynal, Les Correspondants de J. Joubert, 1883 (lettre de Céleste du 23 août 1822)
Comte de Marcellus, Chateaubriand et son temps, 1859
Léon Séché, Hortense Allart de Méritens, 1908 (lettres à Cordélia de Castellane) ; « Le centenaire des Martyrs » et « Madame Hamelin », Annales romantiques, t. VI, 1909 (lire en ligne)
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838
Paul-Gabriel d’Haussonville, « L’Ambassade de M. de Chateaubriand à Rome en 1828 », Revue des Deux Mondes, 1885 (lire en ligne)
Maurice Levaillant, « Chateaubriand et son ministre des finances », Revue des Deux Mondes, 1922 (lettres publiées ; faits seulement pour le commentaire) (lire en ligne)
Comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912 (testament du 12 juin 1837)
Ernest Cartier, « Léonce de Lavergne, souvenirs personnels et documents inédits », Revue des Deux Mondes, 1904 (lire en ligne)
Correspondance de Béranger, éd. Paul Boiteau, 1860, t. III (lire en ligne)
Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1902 (lire en ligne)
Jean-Claude Berchet, « Mémoires d’outre-tombe : histoire des manuscrits », BnF Essentiels (faits seulement) (lire en ligne)
Georges Collas, « Les jours douloureux de la femme et des sœurs de Chateaubriand », Annales de Bretagne, 1949 ; « Quatre chapitres inédits des Mémoires d’outre-tombe », 1948 (faits seulement)
Philippe Mouazan, Yacinthe Pilorge, le porte-plume de Chateaubriand, Yellow Concept, 2019 ; L’Ancre de Marine, 2025 (récit romancé à la première personne : seul le lieu de naissance est mentionné, non vérifié)

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