Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand · Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand
Chateaubriand → Mme de Duras, [26 juillet 1817]
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Ce samedi [26 juillet 1817].
Votre amitié vous trompe, chère sœur. On se moquera de vous. Il n'y a rien à espérer de gens d'aussi mauvaise foi. Remarquez qu'au moment même où vous rêvez arrangement et conciliation, ils envahissent le seul journal où les royalistes étaient, sinon défendus, du moins respectés. Mon pauvre ami Bertin, si longtemps victime de son zèle pour la cause royale, a perdu la censure, et le premier acte de la police et de ses honorables agents a été de me faire attaquer dans la propriété et pour ainsi dire sur la garantie de mon malheureux ami. Cette dernière indignité m'a révolté au delà de tout. Si je vous ai donné quelque parole, je la reprends. IS veulent la guerre, je vais la faire, et cette fois, c'est aux personnes que j'irai tout droit. Nous verrons si je ne les marquerai pas au front. Ils m'ont trop joué, ils ont trop abusé de ma franchise. D'ailleurs, je ne voudrais pour rien de leur odieuse époque des Chambres. Les paroles mêmes du duc ne me suffiraient pas alors. La guerre donc. Il n'y aurait qu'un parti qui me plairait mieux, ce serait de quitter pour jamais le pays que j'ai tant aimé et que j'ai si bien servi et où je reçois de telles récompenses. La mort de ce pauvre Saint-Morys1 m'a navré le cœur. Etre tué par l'acquéreur de son bien, et tout cela par la gaucherie de M. de Mouchy. S'il faut encore que les acquéreurs de nos biens deviennent nos assassins, c'est aussi trop exiger de la patience des royalistes. Je vous en prie, ne vous tracassez plus de moi. Nous partons mercredi 30 juillet pour Montgraham, chez Mme de Pisieux, à neuf lieues d'ici. Voici l'adresse, à Montgraham, par Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir. La poste part pour Nogent (voyez les jours de poste pour Angers).
1. Tué en duel, le 21 juillet 1817, par le colonel Barbier du Fay. ↩
C'est là qu'il faut désormais m'écrire. Mme de Ch. n'est pas bien.