Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)
Adrien de Montmorency → Mme Récamier, Jeudi 10 octobre 1811
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
ADRIEN DE MONTMORENCY A Mme RÉCAMIER.
« Jeudi 10 octobre 1811.
« Il y a deux fois vingt-quatre heures que je vous écrivais et commençais une lettre que Félicité1 a achevée. Mais comme j'avais été la surprendre et qu'elle ne m'attendait pas, elle m'avait adressé une lettre ici pour vous la faire parvenir aussitôt. Elle est bien plus occupée de vous que d'elle-même. Et moi aussi, ce sont vos peines qui pèsent sur mon cœur. Pour elle j'ai mauvais cœur et je la trouve sur un lit de roses ; mais vous, chère amie, pauvre innocente et si inoffensive personne, jetée si loin, seule, sans famille, sans autre consolation que votre noble cœur; c'est pour vous, et celle qui est la cause innocente, mais fatale de tous ces maux que je réserve, que j'ai des larmes compatissantes. N'allez pas me dire encore une fois que vous ne voulez pas me voir, c'est une défense inutile, je n'obéirai pas. Seulement il faut que je connaisse vos projets. Si vous passiez tout le mois de novembre à Châlons, je choisirais quelque chose comme le milieu du mois pour ma visite en allant à Montmirail. Je suis tout naturellement par cœur et par honneur le frère de ceux qui souffrent. Mais vous, dont j'ai été l'ami dans les jours de toutes vos prospérités de la plus charmante et enivrante jeunesse, vous abandonnerais-je quand j'ai encore mon indépendance?
1. Félicité était un des noms de baptême de Mathieu de Montmorency; pendant cette période d'exil, son cousin Adrien le désigne souvent par cette appellation, ↩
« Avez-vous vu le bon Sosthène1? J'ai reçu hier une lettre bien déchirante, mais bien aimable de cette pauvre Mme Olive1. Mille et mille tendres hommages qui jaillissent du fond de mon cœur. Je vous prie de m'écrire et de me parler de l'emploi de votre journée. Qui est-ce qui est avec vous? n'irez-vous pas à Lyon? Savez-vous que M. de Montrond qui était à Anvers a été transféré au château fort de Ham ? »
1. Sosthène de Larochefoucauld, fils du duc de Doudeauville et gendre de M. de Montmorency. Du château de Montmirail, qu'il habitait avec son père, il faisait de fréquentes visites à Châlons. ↩
1. Mme de Staël, désignée sous le nom de sa femme de chambre. ↩