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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [Mme Récamier] → [J.-J. Ampère], 20 décembre 1824, Rome

Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)

[Mme Récamier] → [J.-J. Ampère], 20 décembre 1824, Rome

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 240–241 · chapitre 134 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Rome, le 20 décembre 1824.

« Que vous êtes aimable d'écrire avec tant d'exactitude! vos lettres sont charmantes, je crois causer avec vous, mais cette illusion d'un moment ne fait que ranimer le regret de votre absence. Ce charme de tous les moments, cette intimité si douce, cet esprit si vif et si varié qui animait tous nos entretiens, voilà ce que nous regrettons tous les jours, et je trouve de la douceur à voir ces regrets partagés par tout ce qui vous connaît. L'année sainte n'est point ce que j'imaginais. Une trentaine de pèlerins et dix ou douze pèlerines, voilà tout ce que nous avons vu jusqu'à présent. Nous fûmes hier assister au souper des pèlerines; elles étaient servies par la princesse de Lucques et toutes les grandes dames romaines, et la princesse Doria, belle comme un ange. Toutes ces dames, avec des robes noires et des tabliers blancs, faisaient l'office de servantes ; elles lavaient les pieds aux pauvres pèlerines quand nous sommes arrivés. Le croiriez-vous? je n'ai point été touchée de ce tableau, moi, dont l'imagination se prend si facilement à ces sortes de choses! Ces pauvres pèlerines me semblaient si embarrassées d'être ainsi mises en spectacle, le secours qu'on leur donne, qui se borne à une hospitalité de trois jours, m'a paru si misérable pour des apprêts si pompeux, que je me suis presque trouvé la philosophie de M. Lemontey, et je n'ai vu dans l'abaissement passager et théâtral de ces grandes dames qu'une manière nouvelle de se donner le sentiment de leur grandeur, un orgueil de plus, dont elles ne se rendent pas compte assurément. Mais malgré ma facilité à entrer dans les impressions des autres, je n'ai pu me prêter à cette illusion. Adieu, adieu. Que faites-vous? Travaillez-vous à la Juive? Parlez de moi à monsieur votre père; vous savez combien je lui suis attachée. Dites à M. Delécluze que je me garde bien de lui écrire quand je puis vous avoir pour interprète. Nous nous faisons un plaisir de le retrouver à Paris. »