Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)
[J.-J. Ampère] → [La duchesse de Mouchy], 14 juillet, Paris
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« Paris, 14 juillet.
« Je ne veux pas quitter Paris, Madame, sans prendre congé de vous ; votre départ a été un peu avancé et je n'ai trouvé que l'aimable billet dont j'ai à vous remercier. Enfin j'ai fini mon cours à la grande satisfaction de mon auditoire qui aurait fini lui-même, fondu par la chaleur. Je vais partir pour Tocqueville et y écrire mon Amérique; je m'arrêterai un peu chez Mme Lenormant, puis je vois Mouchy en perspective, perspective triste et douce qui m'effraye et m'attire; j'y pense souvent. Mon souvenir retourne sur ce qui n'y sera plus et sur ce qui y est encore, il me sera pénible d'y rentrer, mais il me serait cruel de ne plus le revoir. Vous devez en ce moment vous applaudir d'être à Dieppe, Madame, c'est le seul lieu peut-être où il ne fasse pas trop chaud. Je me rappelle y avoir passé un été qui fut brûlant partout ailleurs et qui là était très-agréable. Dieppe est aussi pour moi un lieu de doux et tristes souvenirs. Je m'y suis promené avec M. de Chateaubriand, M. Ballanche, Mme Récamier. J'y ai vu et entendu chanter pour la première fois Me la duchesse de Mouchy. Je sens que je commence à vieillir, je reviens sans cesse sur le passé. Mais y mettre l'oubli ce serait y mettre le néant; et, d'ailleurs, le présent ne distrait pas beaucoup l'imagination, et après avoir été trop excités nous sommes tombés dans une langueur qui a bien aussi ses inconvénients : celui d'abord d'être ennuyeuse; de plus, Paris qui est toujours odieux l'été est plus affreux que jamais. Tout est en construction et par là tout est en désordre : on ne voit que moellons, excavations, rues barrées. Il semble être dans une ville des États-Unis. Cette fois il m'est permis de quitter Paris sans regrets, car il est brûlant, affreux et vide. Je vais me plonger dans mes souvenirs de voyage avec Mouchy en perspective. Je tâcherai de vous faire aimer un peu l'Amérique. Pour M. le duc de Mouchy, nous nous entendons à merveille sur ce point. »