Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Mme Récamier → Mme Delphin, 17 août 1825

Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)

Mme Récamier → Mme Delphin, 17 août 1825

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 176–177 · chapitre 101 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Mme RÉCAMIER A SA BELLE-SŒUR Mme DELPHIN A LYON1.

1. Mme Récamier fit un second voyage en Italie, en 1823, pendant que le duc de Laval y était ambassadeur et que M. de Chaaubriand était ministre des affaires étrangères. Elle était accompagnée par le bon et fidèle Ballanche, par sa nièce Amélie et par -J. Ampère. C'est à Naples que M. Charles Lenormant lui fut présenté. Elle revint en France, au mois de juin 1825, par le Simplon et Genève. Mme Delphin, sa belle-sœur, avait exprimé un vif regret de ne l'avoir pas vue au passage; Mme Récamier lui explique dans cette lettre un des motifs qui hâtaient son arrivée à Paris. Le mariage de Mme Lenormant fut célébré le 1er février 1826. ↩

« 17 août 1825.

« Il y a bien longtemps, ma chère et bonne sœur, que je n'ai eu le bonheur de m'entretenir avec ous. Je sais que vous vous êtes plainte de ne n'avoir pas vue à mon retour d'Italie. J'ose croire que si vous aviez connu mes motifs ils auraient été approuvés par vous : et vous connaissez trop ma tendresse pour vous pour avoir douté de mes regrets. Vous savez, ma bonne sœur, que nous nous occupons du mariage de notre chère Amélie. M. Lenormant dont il est question pour elle est un jeune homme de 24 ans, d'une famille honorable, d'un caractère parfaitement pur et d'un esprit distingué. Je demande pour lui la place d'auditeur au conseil d'État, c'est de cette nomination que dépend la conclusion du mariage; vous jugez, ma bonne sœur, si j'en suis occupée, et je connais trop votre bonté et votre tendre intérêt pour nous tous, pour craindre de vous ennuyer de ces détails. Vous savez que M. Récamier a éprouvé de nouvelles pertes, ce qui rend notre situation toujours plus difficile, et ce qui me fait désirer plus vivement encore l'établissement d'Amélie. Après avoir épuisé tous les ennuis de cette vie, je voudrais, du moins autant que cela dépend de moi, assurer le repos de ce que j'aime; et vous aussi, ma bonne sœur, vous avez éprouvé bien des chagrins, mais vous avez la première et la plus douce des consolations, une vie toute dévouée à Dieu et aux malheureux ; vous avez fait bénir votre nom et vous êtes aimée et vénérée comme vous le méritez. Je comptais remettre cette lettre pour vous à Mme Derbel, mais elle n'était pas sûre de vous voir à son passage, ne voulant s'arrêter que quelques heures. Elle a été bien cruellement frappée et supporte son malheur avec autant de courage que de sensibilité. Sa première entrevue avec sa belle-mère sera bien douloureuse, mais il y a quelque douceur à partager les mêmes regrets. Adieu, chère et bonne sœur, rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de votre fils, de sa femme et de toute votre famille. »