Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)
[Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 21 avril 1829
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
1. Après avoir accompagné Champollion jusqu'à la seconde cataracte, M. Lenormant était revenu à Alexandrie avec l'intention de s'y embarquer pour la France. Il y trouva sa nomination de directeur adjoint à la section d'archéologie dans la commission scientifique envoyée par le gouvernement français en Morée. M. Lenormant se rendit donc en Grèce, et en explora penaant quatre mois les monuments. Il avait permis à sa femme de le rejoindre, et elle attendait à Toulon qu'il vînt la chercher en demandant une prolongation de sa mission. Mais l'avénement de M. de Polignac au pouvoir le fit renoncer à toute sollicitation. ↩
« Voici, chère enfant, les lettres de Mme de Boigne. Je n'ai point entendu parler de Sébastiane. Tu sais tous nos ennuis. Je suis restée hier jusqu'à minuit chez M. Récamier; pendant ce temps tous nos amis venaient à l'Abbaye pour me parler de toi. M. Récamier est mieux ce matin. Le congé de M. de Chateaubriand est parti. J'ai reçu hier de lui une lettre de huit pages ; il est bien agité. J'ai vu M. Delécluze. Voici une lettre de lui, en voilà aussi de Canaris, et tous ces envois me serrent le cœur. Je te recommande surtout la lettre pour Lante, tu sais ce que tu m'as promis. Quel dommage que nous ne soyons pas ensemble! mais c'était impossible. J'ai été bien émue en entrant chez toi; M. Ballanche et Paul se chargent des détails; tu sais que moi je n'écris pas, ils te diront tout, mais personne ne te dira combien je te regrette. Je n'ai point cherché à te retenir, je te comprenais trop bien et je te trouvais si heureuse ! Dis à M. Lenormant combien j'ai été touchée de sa lettre. C'est un doux moment dans la vie que celui où vous allez vous revoir. J'ai besoin d'y penser, et je n'aurai de repos que lorsque je vous saurai réunis. Tu m'adresseras toutes tes lettres comme nous en sommes convenues. Je suis votre chargé d'affaires, vous me donnerez mes instructions. J'espère que ce voyage fera autant d'honneur à M. Lenormant que celui de l'Égypte et qu'il prépare une bonne situation au retour.
« Adieu, adieu. Je vais écrire à M. de Chateaubriand par un courrier qui part ce matin, puis je vais m'établir chez M. Récamier, dans ta petite chambre, jusqu'à ce soir. Je ne sais plus ce que j'écris. Adieu, hélas! adieu. Soigne-toi bien, sois prudente et ne perds pas une occasion pour nous écrire. »