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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [Lemontey] → [Mme Récamier], 13 juillet 1807

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

[Lemontey] → [Mme Récamier], 13 juillet 1807

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 39–40 · chapitre 29 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« 13 juillet 1807.

« M. Récamier sort de chez moi ; il vient de me lire votre lettre, jamais lecture ne m'a paru plus longue et plus terrible. M. Récamier avait une émotion que je partageais bien vivement et dont je lui savais bon gré. Jamais on ne vous aimera faiblement, c'est une loi commune à laquelle tout le monde obéit avec plaisir.

« Mais, de grâce! n'avez-vous pas voulu nous rassurer, est-il bien vrai qu'une simple entorse ait été la suite d'un si effroyable accident? Si votre lettre n'avait pas été aussi précise, si surtout celle de M. de Sabran n'avait pas si positivement annoncé votre départ pour Genève, j'allais aussitôt proposer à M. Récamier de partir moi-même et de vous amener l'habile Richerand, mais comme il ne paraît pas douter que vous ne soyez maintenant à portée de tous les secours de l'amitié et de l'art, il faut se résoudre à attendre avec impatience la confirmation de votre entier rétablissement. Je n'ose plus à présent vous encourager à faire la tournée de la Suisse que vous vous étiez proposée. L'idée de votre voiture dans les montagnes me fait trembler.

« J'aime pourtant à penser que ce terrible accident est la fin de cette maligne fortune qui vous poursuit depuis deux années. Il me semble que votre première vie a été terminée, et que la Providence, en conservant vos jours par un prodige, vous en a donné une nouvelle qui vous consolera des malheurs passés.

« Adieu, aimable Juliette, disposez de moi comme de votre propriété. Veuillez être auprès de Mme de Staël l'interprète de mon vif intérêt. Je ne puis plaindre M. de Sabran de sa part dans un accident que je lui envie, mais présentez-lui mes félicitations sur son issue. Donnez-nous des nouvelles du fidèle Joseph1, je vais à l'instant écrire à la cousine2; j'espère que vous aurez reçu des Pyrénées3 des nouvelles rassurantes. »

1. Le domestique qui accompagnait Mme Récamier. ↩

2. Mme de Dalmassy. ↩

3. Du prince Alphonse Pignatelli. ↩