Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Tous ceux qui ont connu Ampère, attesteront la marche ascendante de sa pensée vers les espérances et les intérêts de l'autre vie, en même temps que son perfectionnement moral. Les petites inégalités de son humeur avaient disparu, son occupation des autres avait pris quelque chose de plus constant, de plus attendri, sa générosité toujours admirable avait les proportions du plus entier détachement, Comme les parfums dont les fleurs embaument l'air prennent vers le soir une suavité plus pénétrante, un charme plus doux, au terme de sa course cette belle âme versait plus abondamment ses trésors.
Depuis plusieurs années Ampère était atteint, sinon d'une affection du larynx, au moins d'une délicatesse excessive de cet organe, et dans la passion qui le poussait à passer les hivers dans le Midi, il y avait l'instinct d'une constitution à laquelle le froid eût été mortel. Il ne s'accordait qu'une dose insuffisante de sommeil, travaillant habituellement jusqu'à quatre et cinq heures du matin, quelque prière qu'on lui adressât pour changer cette déplorable coutume; l'animation de son esprit faisait illusion aux autres et à lui-même sur l'affaiblissement rapide de ses forces ; cependant nous le trouvions fort changé lorsqu'au mois de décembre 1863 il partit pour rejoindre à Pau M. et Mme Cheuvreux. Mais loin de prendre du repos, il continua avec une activité fiévreuse a publication de son Histoire romaine, il écrivait encore les derniers chapitres du quatrième volume tout en corrigeant les épreuves du troisième, et ne parvint que par un travail inouï à achever son monument.
Dans les premiers jours de mars 1864, se croyant en pleine santé et sans aucun sentiment de sa fin prochaine, il écrivait ses dernières volontés et se recommandait avec une touchante confiance par une expression toute chrétienne à la miséricorde divine, il terminait par ces mots adressés à ses amis et à ses hôtes :
« Je finis en les bénissant tendrement pour leur amitié qui a été le charme et la consolation de ma vie. J'espère fermement que nous nous retrouverons auprès de celle que nous avons tous aimée et qui nous a donnés les uns aux autres. »
Une semaine seulement après, une mort soudaine, qui ne lui a pas même laissé le temps de prononcer un adieu, vint jeter un voile sur les suprêmes aspirations de son âme et sur les secrets de cette miséricorde qu'aucun appel sincère n'a jamais vainement invoquée.
Les amis auxquels Ampère a laissé, avec la propriété de ses œuvres et le soin de les publier, sa très-petite fortune, en ont fait un usage digne d'eux et de lui.
M. Cheuvreux en a fondé une rente perpétuelle de deux mille francs dont doit jouir pendant deux années le jeune Lyonnais artiste, littérateur ou savant que choisit et désigne l'Académie de Lyon.
Ce prix est fondé sous le nom d'Ampère.