Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)
Ballanche → Mme Lenormant, 23 juillet 1828
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
M. BALLANCHE A Mme LENORMANT1.
1. Il est peut-être nécessaire de rappeler qu'en 1828 le duc de Laval-Montmorency était ambassadeur à Vienne, que M. de Chateaubriand l'avait remplacé à Rome, et que M. Lenormant partait avec l'expédition scientifique envoyée en Égypte sous les ordres de l'illustre Champollion. Mine Lenormant accompagna son mari jusqu'à Toulon, où la frégate l'Eglé attendait les savants qu'elle devait transporter à Alexandrie. ↩
« Mon Dieu, comme vous êtes loin de nous ! comme vous allez vous éloigner encore! Dans ma petite tournée du matin, je suis réduit à regarder votre porte, et le soir, nous ne vous retrouvons plus ni dans la charmante petite chambre, ni dans le beau salon de Corinne. Vous êtes arrivée à Lyon, bien fatiguée sans doute et nous ne nous sommes pas trouvés là pour le savoir, pour vous engager à ne pas continuer votre voyage si vos forces n'étaient pas en proportion de votre courage. Il fait toujours un temps exécrable, j'espère que vous allez contre le beau temps.
« Lundi soir nous avons lu l'article de M. Lenormant1 ; c'était le moyen d'être encore un peu avec vous. Cet article nous a instruits et intéressés. On aime qu'une idée spéciale tienne à une idée générale; l'unité dans l'esprit est la seule et vraie condition pour créer soit dans les arts, soit dans la poésie, soit même dans les lettres. Les pensées dispersées, isolées les unes des autres, sans un centre commun, sont fugitives et infécondes.
1. Un article sur les vases grecs inséré dans la Revue Française. ↩
« Hier matin, j'ai rendu à l'imprimeur les épreuves, qui m'ont donné fort peu d'embarras, elles doivent subir la révision de M. Guizot. Hier, sur les trois heures, nous avons fait, Mme Récamier et moi, une petite promenade au bois de Boulogne. Il ne faisait pas trop beau, cependant nous avons pu saisir quelques instants pour marcher un peu. Nous n'avons parlé que des voyageurs. Madame votre tante avait passé une beaucoup meilleure nuit, et elle me disait qu'elle se reprochait, en quelque sorte, de se trouver mieux lorsqu'elle pensait que vous, vous étiez accablée de fatigue, que peut-être même vous étiez souffrante. Le soir nous n'avons eu que Mme de Martigny et lorsque nous avons quitté, Paul et moi, Madame votre tante, elle recommençait à souffrir. Mais enfin la journée avait été bonne et il faut espérer que ces journées passables augmenteront et que sa santé finira par s'affermir.
« La veille, M.M. de Catellan, Montbel, Auguste Lefebvre, Jussieu, Mme d'Hautefeuille étaient venus. On a de bonnes nouvelles d'Ampère fils. M. de Catellan part. Mme de Gramont est revenue pour consulter sur sa santé, qui est toujours mauvaise. - Il faut que je vous dise en fait de nouvelles que plusieurs évêques, parmi ceux qui se trouvent à Paris, entre autres M. de Chéverus, pensent que l'autorité civile n'a point excédé son droit dans les fameuses Ordonnances. C'est du moins ce que l'on disait avant-hier soir. Mon
De madame Récamii
de revenir en
respectueux souvenir à Mme Leno.
nbrassez, s'il vous plaît, pour moi, le sileliquaire, donnez-nous exactement de vos nouvelles, qu'elles soient un peu détaillées. ons attendons avec bien de l'impatience . Puy qui doit venir à Paris après vous avoir us vus à Lyon; j'espère aussi avoir de vos nou-elles par Brédin et par Révoil.
« M. Récamier était légèrement indisposé ier soir, ce matin il va mieux, ce ne sera rien. « Je vous aime tendrement. »
« Ballanche. »