Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)
Adrien de Montmorency → Mme Récamier, 10 novembre 1811
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
ADRIEN DE MONTMORENCY A Mme RÉCAMIER.
« Votre très-fidèle ami et admirateur1 m'a apporté de vous une lettre pleine d'élévation, de courage et d'amitié pour moi. Mais il m'a parlé de vous, de votre solitude, de vos pensées mélancoliques avec un intérêt qui m'a pénétré et affligé ; pauvre amie ! vous êtes bien triste, vos journées son bien longues et vides ; et l'abîme de cette position, c'est de n'y pas voir un terme.
1. Sosthène de Larochefoucauld ↩
« Je voudrais une lettre de vous qui m'entretînt de l'emploi de votre journée, de vos habitudes de chaque jour, de vos connaissances, de vos distractions de la soirée, enfin quelque chose' qui me fît vous trouver à quelque heure que ma pensée vînt vous chercher. Voilà ce que je voudrais savoir, car de me faire comprendre tout ce qui est en vous de noble, de désintéressé, de résigné dans le malheur sans vouloir le dégrader par une inconséquence, ce sont de nobles secrets de votre cœur que je connais aussi bien et mieux que vous.
« Je dirai à Mme de Boigne toutes vos grâces pour elle. Elle est encore à la campagne avec son frère. Trouvez-lui une jeune femme avec des qualités et de la fortune et toute cette famille vous remerciera et vous bénira. Pourquoi donc oublierais-je de vous parler du legs que m'a laissé M. de Robecq, la nue propriété d'une jolie terre en Hollande, qui a beaucoup perdu par la révolution, mais qui était avant l'époque de celle de Hollande une petite souveraineté, où je vous aurais priée de venir régner? Cela est réduit aujourd'hui à 12 ou 15 mille livres de rente, dont j'ai à payer des droits considérables el dont je n'entrerai en jouissance qu'après le décès de la princesse. - Je viens de passer une huitaine de jours en famille avec Félicité, une des personnes, je crois, que vous aimez et estime le plus sur la terre. Je suis jaloux de vos préfé rences. »