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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier La comtesse de Boigne → Mme Récamier, 24 juin 1811, Buissonrond

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

La comtesse de Boigne → Mme Récamier, 24 juin 1811, Buissonrond

Madame Récamier · 3 min de lecture · p. 69–71 · chapitre 47 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

LA COMTESSE DE BOIGNE A Mme RÉCAMIER.

« Buissonrond, le 24 juin 1811.

« Vous avez été à Beauregard, vous y avez été aimable, charmante. - Vous y avez parlé de moi avec intérêt et amitié. On m'a conté tout cela, et moi je ne peux résister au désir de vous remercier de cette obligeante visite dont je prends un peu ma part. Hélas! que je voudrais bien que ce ne fût pas de si loin! - Je ne vous parlerai pas de la vie que je mène ici, vous la savez par cœur et je ne pense pas que vous l'oubliez de sitôt. Tout le monde me parle de vous, on vous regrette, on vous désire.

« J'ai été l'autre jour faire ce qu'on a appelé une partie de plaisir à ce certain château de La Bâtie où l'on n'arrive qu'avec des bœufs. Il y avait cinquante personnes, un dîner détestable et surtout éternel, des santés, des canons, des fanfares, des chiffres composés de cocardes tricolores (la fête était pour le préfet) des surprises bien annoncées, enfin tout ce qui constitue la plus forte dose d'ennui qu'on puisse avaler en huit heures de temps, car les joies ont duré jusqu'à la nuit. - Le lendemain Rainulphe1 bâillait, je lui ai dit : Qu'avez-vous? - Je m'ennuie. - De quoi? - De la journée d'hier. Cette bêtise nous a fait rire.

1. Le comte Rainulphe d'Osmont, son frère. ↩

« l'ai été à Aix l'autre jour, ma première visite a été pour la maison Capellini; après ce pèlerinage j'ai été chez Mme Périer qui m'a beaucoup plus parlé de vous que de M. et Mme Sosthène, j'ai pensé qu'elle était bien ingrate. J'ai arrêté la maison où nous avons vu Mme Hainguerlot; elle est occupée en ce moment par Mme de Talleyrand, mais on assure qu'elle part incessamment et je compte m'établir à Aix dans quinze jours. J'y mène mon cuisinier. L'établissement chez Mme Périer n'est supportable que lorsqu'on est en force comme nous étions il y a deux ans et je ne connais personne qui vienne à Aix cette année. On dit Mme Doumerc: je serai bien aise de la voir, vous nous serez un point de rapprochement.

« Voilà donc le mariage de M'le de Catellan décidé, j'en suis bien aise, rien ne me paraît plus sage et ne présente moins d'inconvénients, et c'est là le seul but qu'on peut atteindre quand il s'agit d'un mariage d'arrangement.

J'ai répondu à un très-aimable billet de M. de Balk; lui, a répondu à ma réponse, mais comme je ne veux pas l'entraîner dans une correspondance qui l'ennuierait fort à la longue et que je le crois trop poli pour finir le premier, je vous prie, Madame, de prendre un de vos airs les plus gracieux pour lui dire que j'ai reçu sa lettre, que je l'en remercie et que la discrétion m'empêche d'y répondre. J'ai vu le lieu de votre chute dans le Jura, j'ai frémi de penser combien vous avez couru de danger; je crois que c'est le seul en droit entre Moret et les Rousses où l'on peut verser sans être fracassé. J'ai vu Mme de Staël, elle a été charmante pour moi. J'ai vu Brétigny qui m'a fort alarmée pour Mme de Chevreuse, il la croit attaquée de la poitrine : elle met tout son courage à mourir, il lui paraît plus facile de renoncer à la vie qu'à Paris : si elle n'a pas d'autre chagrin que celui de l'exil, je ne la conçois pas. Je ne vois que des chagrins de cœur qui puissent dégoûter à ce point de l'existence. Bonjour chère Madame, je ne voulais vous écrire que d'Aix, mais j'ai voulu vous remercier de l'aimable souvenir que vous avez accordé à mon pauvre Beauregard. »