Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)
Camille Jordan → Mme Récamier, 8 janvier 1808, Lyon
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
CAMILLE JORDAN A Mme RÉCAMIER.
« Lyon, 8 janvier 1808.
« Je ne vous écris pas suivant mon usage, mais je pense bien souvent à vous; je repasse nos derniers entretiens, je fais mille vœux pour l'accomplissement de toutes les bonnes pensées, je vois avec émotion approcher le temps des voyages et des délicieuses entrevues. Mathieu pendant mon silence a dû être mon interprète auprès de vous. Il a dû vous répéter combien je vous aimais. Vous aurez eu en ces derniers temps à le consoler dans des chagrins amers1 et je vous envie les soins que vous aurez pu donner à cet excellent ami.
1. Mathieu de Montmorency était menacé de perdre son père. ↩
« J'ai eu aussi plusieurs fois de vos nouvelles indirectes. On m'avait un instant alarmé sur votre santé, mais on m'a bientôt rassuré; cependant il me tarde bien que vous-même enfin me parliez de vous. - J'ai été moi-même assez longtemps indisposé au retour de la campagne, mais actuellement je suis mieux. J'ai eu encore de cruels soucis pour la santé de nos amis voyageurs2, pour celle de leur entant, mais enfin toutes les nouvelles de ce côté deviennent excellentes. Ils parlent plus que jamais de ce retour, objet de tous mes vœux.
2. Les Degérando, qui étaient en Italie; M. Degérando comme commissaire du gouvernement français. ↩
« J'attends depuis six semaines, un autre passage d'une autre amie1 et je m'étonne et commence même à m'inquiéter du retard, craignant qu'il ne tienne à quelque obstacle supérieur; je lui écris aujourd'hui même pour lui en demander l'explication. Peut-être au reste n'y a-t-il que son irrésolution naturelle redoublée par ses dernières souffrances morales qu'on dit extrêmes et auxquelles je compatis profondément. C'est le baron2 qui m'en a donné les plus récentes nouvelles. Il me parlait fort de vous avec sa tendresse ordinaire, mais on remarquait votre long silence, et il se formait un sourd murmure que quelque nouvelle coquetterie pourrait bien vous occuper. Serait-il possible en vérité ? Et ce cœur renouvelé qui rêvait l'idéal et l'infini serait-il redescendu à ces jeux de l'enfance? Je repousse un tel soupçon.
1. Mme de Staël. ↩
2. Le baron de Vogt. ↩
« Tout ici conserve fidèlement et chèrement votre souvenir. Les feux même de Milady pour vous ne semblent pas éteints par l'absence. Enfin pour la première fois depuis vous, nous nous rejoignions l'autre jour. Elle m'intéressa surtout en me répétant combien elle sentait d'attrait pour vous. Mais personne ici ne se souvient plus tendrement de vous que mon ange de bonté et de tendresse, ma Julie ; aussi demande-t-elle souvent quand vous reviendrez.
« Je n'ai pas besoin de vous dire que ma petite Caroline continue à faire mes délices par une gentillesse et une sensibilité fort au-dessus de son âge. »