Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)
Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 3 janvier 1812, Montmirail
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
MATHIEU DE MONTMORENCY A Mme RÉCAMIER.
Montmirail, 3 janvier 1812.
« Voici, aimable amie, une occasion tout‹ officielle de vous écrire et peut-être une visite qui est au moins de nature à ne pas effraye! même les plus timides. Mon amitié pourra s'épancher avec un peu moins de gêne et antici pera de quelques heures sur la réponse que j comptais faire au plus tard demain matin à votre dernière lettre. Elle m'a causé un véritable bon heur . Que je suis heureux de m'être trompé dan mes craintes méfiantes, présomptueuses, dan mes véritables jugements téméraires! Comm vous me rassurez, comme vous exposez triomphe de votre raison d'une manière douci et modeste! J'en jouis du fond de mon cœur e j'en rends grâce à Dieu. - Votre messe d minuit m'a beaucoup intéressé aussi. Je suis for édifié de ce que vous me dites de celle de Châlons. Je vous en aurais fait connaître quelques-unes de semblables à Paris si vous aviez voulu, et en tout quand vous voudrez mettre de la suite dans les pratiques consacrées par notre religion, 'ai l'intime conviction que vous les goûterez beaucoup et qu'au bout de quelque temps vous vous trouverez davantage de ce sentiment de foi qui vous étonne encore. Le bon M. Duval1, à qui 'en parlais hier, est tout à fait de mon avis. - le vous remercie avec un sentiment très-pénétré de celui que vous me montrez sur mon arrivée. l'aurais bien aimé à vous en annoncer le jour, c'était bien vers ceux-ci que je comptais d'abord partir; mais puisqu'on a encore resserré ma chaîne et qu'il faut attendre une permission pour pouvoir bouger, je suis condamné à l'incertitude. Moi, et, qui pis est, ceux qui m'entourent attendent chaque courrier ; mais il n'est pas douteux qu'on n'a pas voulu répondre à la première demande du préfet, car on l'aurait fait depuis ongtemps. Je voudrais seulement que son voyage, à lui, ne retardât pas l'envoi de la réponse quelconque qui arrivera indubitable ment par Châlons; si vous aviez quelque moyen naturel, et non inquiet ni empressé, de vou assurer de cela auprès de celui qui ouvre le paquets en son absence, vous me feriez plaisi de l'employer. Je n'ai pas besoin de vous deman der de mettre dans ce détail, comme dans tou le reste, la simplicité et la générosité que vou mettez à ce qui vous regarde personnellement Que parlez-vous d'envier quelque chose au: autres? C'est vous qui êtes plus digne que nou tous et qui me paraissez le type, le modèle de c qu'on doit être dans notre position. Ce n'est pa seulement Madame votre cousine, je lui e demande bien pardon, c'est à peu près toute les femmes et tous les hommes qui, à quelque exceptions près, ne doivent pas vous concevoi ni s'accorder avec vous. Je suis charmé pour l douceur de votre vie qu'elle soit auprès de vous peut-être prendrais-je mon parti qu'il en fû autrement quand j'irai vous voir. Il serait cepen dant bien dur d'en être privé!
1. L'abbé Legris-Duval. ↩
« C'est donc simplement un petit établissement à Genève que notre amie fait provisoirement. Il me paraît impossible que le grand établissement1 dont j'attendais des nouvelles avec tant d'anxiété ne soit pas remis au printemps avec ce procès et ces neiges et ce temps tout à fait sévère. Quel hiver elle va passer et quand se décidera-t-elle! Comment vous trouvez-vous de ce froid? Ne me laissez jamais longtemps sans avoir de vos nouvelles jusqu'à ce que j'aille en savoir moi-même, si je le puis. Le château songe, en général, à se disperser dans la semaine prochaine. Je vous renouvelle tous nos tendres hommages.
1. Le départ toujours projeté de Mme de Staël pour l'Amérique. ↩
« Il ne serait pas impossible que l'on envoyât chez vous une lettre pour moi d'une ville voisine: voulez-vous bien me la garder, à moins d'une occasion très-sûre? »