Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Le voyageur ne devait rentrer au bercail qu'à l'automne. Entraîné par ses recherches sur la poésie scandinave, persuadé qu'on ne pénètre bien dans le sentiment d'une littérature qu'en se plaçant en présence de la nature et des lieux qui l'ont inspirée, et, comme il l'a dit quelque part, qu'un voyage en apprend plus sur la poésie d'un pays que bien des dissertations et des analyses, il voulut voir le Danemark, la Suède et la Norwége. Cette prolongation de l'absence parut d'abord un peu dure au père de notre jeune ami, mais l'intérêt d'un travail, qu'il fût scientifique ou littéraire, était aux yeux de l'illustre savant une raison déterminante qui justifiait tout, et lorsque des parents ou des amis moins accommodants lui demandaient quels motifs pouvaient conduire son fils dans ces régions septentrionales, il répondait sans hésiter : « Mais, en présence de la question d'antériorité de l'Edda et des Niebelungen, il fallait bien qu'il allât constater l'identité de Sigurd et de Siegfried. » Cette constatation ne fut pas le seul profit du voyage. Ampère rapporta de son séjour en Allemagne, de ses courses à travers la Scandinavie, et surtout des études sérieuses auxquelles il s'était livré dans la solitude de l'université de Bonn, des matériaux considérables et la révélation de sa double vocation de voyageur et de critique. Quelques lignes datées de l'Abbaye-au-Bois saluaient avec joie son retour.