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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [J.-J. Ampère] → [Mme Récamier], 19 décembre 1844, Le Caire

Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)

[J.-J. Ampère] → [Mme Récamier], 19 décembre 1844, Le Caire

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 323–325 · chapitre 181 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Du Caire, le 19 décembre 1844.

« Me voici réellement en Egypte, madame, me voici dans la plus remarquable ville peut-être de l'Orient, et j'aime à dater d'ici une lettre pour vous, à qui j'ai pensé en des lieux si différents. J'aime à porter votre souvenir sous les palmiers du Nil, comme il m'a accompagné, plus jeune, parmi les sapins de la Norwége, et à vous dédier les premières impressions du pays extraordinaire que je visite maintenant. Le Caire, les Pyramides que je vois de ma fenêtre, Héliopolis où je suis allé hier, les souvenirs des temples à deux pas d'ici, des palmiers, des chameaux, des minarets, tout cela, éclairé par un doux soleil du commencement de juin, forme un ensemble qui ravit, et ce n'est que la porte de l'Égypte où tant de merveilles à contempler et à déchiffrer m'attendent. - J'ai déjà beaucoup travaillé dans les collections de Rome et de Naples. A Alexandrie je n'ai fait que passer, mais ici j'ai déjà trouvé bien des choses. Nous allons partir sous peu de jours et gagner le plus vite possible Thèbes et la haute Égypte. Avant mon départ j'espère bien recevoir par le premier bateau une lettre de M. David qui me donnera de vos nouvelles. Votre névralgie était revenue par suite d'un séjour trop prolongé dans un lieu où je vous ai bien suivie de cœur. Vous avez promis de ne plus vous exposer ainsi; songez à la tranquillité des amis absents; faites qu'ils puissent recevoir de bons bulletins ; ils en ont bien besoin pour ne pas se sentir encore plus loin et plus séparés.

« Heureusement, grâce au bateau à vapeur, je ne suis qu'à quinze jours de Paris. Avec quel bonheur je m'y retrouverai au printemps! Cela me pousse en avant, car chaque pas que je fais en m'éloignant me rapproche. - Nous avons été présentés à Méhémet-Ali, qui était de fort bonne humeur; il m'a paru se bien porter. Quand nous aurons visité les Pyramides et couru encore un peu le Caire et ses environs, nous partirons sur notre barque pour Thèbes et la haute Égypte. J'espère avoir là encore des lettres, mais je crains qu'elles ne viennent un peu irrégulièrement et qu'il n'en soit de même de celles que j'écrirai, c'est là le côté cruel de ce voyage. Cependant il y a espoir de recevoir et d'envoyer des nouvelles, ce qui n'était pas il y a quelques années. J'ai déjà vu sur le Nil quelques-uns des oiseaux de M. de Chateaubriand et je lui en écrirai quand je les aurai vus parmi les ruines. J'ai fait les commissions de M. Lenormant, dont j'ai la conviction que le cours va très-bien de toutes manières. Soliman-Pacha¹ a été pour moi d'une bonté qui m'a touché; il a mis beaucoup de grâce à me rappeler qu'il avait été l'élève de mon père. J'ai trouvé ici son souvenir partout. Adieu, madame, M. Ballanche m'a écrit une bonne lettre dont je le remercie. Adieu encore bien tendrement. »