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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [Camille Jordan] → [Mme Récamier], 28 octobre 1806, Lyon

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

[Camille Jordan] → [Mme Récamier], 28 octobre 1806, Lyon

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 31–33 · chapitre 25 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Lyon, ce 28 octobre 1806.

« Chère Juliette, je n'ai point de paroles pour vous dire à quel excès je suis affecté de vos douleurs, de celles de votre mari.

« Quand les plus étrangers sont émus, vous jugez ce qu'éprouve celui que tant de liens attachent à vous. Il y a deux jours que je sais la terrible nouvelle, j'en suis encore au premier saisissement : ma pensée ne vous quitte pas, j'erre dans cette maison, je vais de votre mari à vous, je mêle mes larmes aux vôtres. Ah! malgré la distance et mes nouveaux liens, j'eusse en effet volé de suite auprès de vous, si j'eusse cru ma présence utile, si je ne vous savais si bien entourée. Mais on dit que toutes les consolations de l'amitié et de l'opinion vous sont prodiguées au plus haut degré, et il était bien juste, que ceux qui faisaient toujours le bien, si généreux dans la prospérité, si sensibles à tous les genres d'infortune excitassent un intérêt si universel et si profond. - On ajoute en particulier, Juliette, que vous êtes un modèle de courage, de résignation, de détachement; que c'est vous qui consolez et soutenez votre mari. Je vous admire, mais je ne m'étonne pas, je retrouve celle dont l'élévation, la noblesse, sous des formes légères, m'avaient toujours frappé, et à qui le malheur devait imprimer le dernier sceau de la perfection. Degérando m'en écrit avec une profonde émotion. Vous verrez sans doute beaucoup dans ces premiers jours cet autre moi-même ; qu'il soit près de vous mon interprète, que ses soins vous peignent ceux que je voudrais vous rendre, que son amitié vous fasse penser à la mienne!

« Vous me donneriez, j'ose vous le dire, une consolation dont j'aurais besoin étant loin de vous dans un tel moment, en m'apprenant vous-même comment vous êtes, en m'assurant que je suis de ces amis sur lesquels votre cœur se repose avec quelque douceur et une entière confiance•

« Parlez de moi à votre excellent mari, dites lui bien à quel point je suis pénétré de sa douleur ; attestez-lui de ma part l'opinion de Lyon, que je connais bien. Il est impossible d'y être plus aimé, plus estimé, mieux plaint qu'il ne l'est : c'est un concert unanime de regrets et de louanges et chacun est convaincu que, quelle que soit la situation de ses affaires, s'il ne se laisse point accabler par la tristesse, s'il se remet à leur tête, avec son activité, sa sérénité et son talent ordinaire, il les aura bientôt replacées dans une situation florissante. Adieu, je ne cesse de penser à vous et de vous entourer de tous les vœux de l'amitié le plus tendre. »