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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Le baron de Vogt → Mme Récamier, 23 septembre 1810, Sécherons

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Le baron de Vogt → Mme Récamier, 23 septembre 1810, Sécherons

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 60–61 · chapitre 41 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

LE BARON DE VOGT A Mme RÉCAMIER.

« Sécherons, 23 septembre 1810.

« C'est à vous que je dois l'accueil tout à fait aimable que j'ai trouvé à Coppet. C'est sans doute à la prévention favorable que votre amitié a fait naître que je dois la connaissance intime de cette femme unique. Sans vous je l'aurais rencontrée, un homme indifférent m'eût peut-être mené chez elle; mais avec l'éloignement que vous me connaissez pour les célébrités, jamais je n'aurais pu pénétrer dans l'intimité de cette âme belle et sublime. Je n'aurais jamais su combien elle est encore supérieure à ce que lui a valu sa réputation. C'est un ange envoyé du ciel pour révéler la bonté sur la terre. Pour qu'elle fût irrésistible, un rayon pur de lumière céleste embellit son esprit et la rend aimable sous toutes les formes.

« A la fois profonde et légère, soit qu'elle découvre un secret mytérieux de l'âme ou saisisse la plus légère nuance du sentiment, cet esprit brille sans éblouir et lorsque ce sommet de lumière a disparu, c'est une douce clarté qu'il laisse après lui. C'est encore le jour pur qui éclaire la bonté. Sans doute quelques erreurs, quelques faiblesses voilent parfois cette apparition céleste : les initiés eux-mêmes doivent peut-être s'affliger de ces éclipses que les astronomes de Genève se tueni à calculer et à prédire.

Mes courses depuis que je vous ai écrit se bornent à des voyages à Lausanne et à Coppet où je passe souvent trois ou quatre jours. La vie que l'on y mène me convient parfaitement, la société encore davantage. J'aime l'esprit de Constant, l'érudition de Schlegel, l'amabilité de Sabran, le talent et le caractère de Sismondi, le naturel et la vérité, l'esprit juste d'Auguste, la gentillesse spirituelle et douce d'Albertine. - J'oubliais Bonstetten, bon, excellent, rempli de connaissances très-variées, de facilité dans l'esprit et dans le caractère, tout ce qui inspire l'estime et la confiance.

« Votre sublime amie revoit, anime, vivifie tout cela. Elle fait avoir de l'esprit à ce qui l'entoure. Dans tous les coins il y a quelqu'un qui compose quelque ouvrage. - Corinne écrit ses lettres délicieuses à l'ocasion de l'Allemagne qui seront sans doute son meilleur ouvrage.

« La veuve de Sunam, mélodrame oriental qu'elle vient de finir, sera joué en octobre, il est d'un effet charmant; Coppet sera inondé de larmes. Constant et Auguste font chacun une tragédie, Sabran son opéra-comique, Sismondi son histoire, Schlegel sa traduction, Bonstetten sa philosophie, et moi, ma lettre à Juliette. »