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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, lundi 16 novembre 1811, Beaune

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, lundi 16 novembre 1811, Beaune

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 97–98 · chapitre 66 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

MATHIEU DE MONTMORENCY A Mme RÉCAMIER.

« Beaune, ce lundi 16 novembre 1811.

« Au moment où je songe à partir de ce châ teau hospitalier d'un bon cousin, pour me rendre dans celui où ma fille m'attend avec une grand impatience1, mais où vous croyez que je ne devais plus aller, je reçois une lettre de vous bie aimable dans la manière dont elle me parle d ces affaires de famille. Je suis également touch de l'intérêt que vous prenez à mes projet ultérieurs, et frappé de la manière si simple et s noble dont vous jugez de haut tous ces misé rables petits calculs de prudence timide qu influent sur tant d'autres. Je dois à la vérité d dire que dans cette dernière occasion je les a plus redoutés que rencontrés, et que ceux don l'opinion pourrait avoir de l'influence sur ma décision, ont mis de la bonne grâce à me demander de persister dans la première. Étant d'ailleurs rassuré d'un autre côté, je n'ai ni dû ni voulu m'imposer, ainsi qu'à ma fille, une privation aussi sensible que celle d'une séparation prolongée pendant les mois mêmes que nous avions destinés à passer ensemble. Je vais donc auprès d'elle jusqu'au mois de janvier; et c'est à cette époque que j'espère, sans en parler à personne, prouver à l'amitié ma reconnaissance tout à la fois et ma fidèle occupation de tout ce qui peut nous rapprocher. Je ne vous parle pas d'un certain courage; il me paraît impossible que vous ne l'ayez pas : et notre cause commune, au moins apparente, n'a pas de quoi nous faire rougir. - Ne savez-vous pas déjà pourquoi je n'ai pas été plus tôt vous trouver et m'assurer par moi-même de ce que je voudrais tant savoir? J'y ai songé surtout quand j'ai cru deviner quelque chose qui m'inquiétait. Je voulais aller prendre la route de Bourgogne, et aller vous rejoindre par là, lorsque ma mère m'a proposé un rendez-vous de quelques jours à Orléans; ce qui est vraiment très-aimable et qu'il ne m'était pas possible de refuser. Je m'y achemine tout doucement, en suivant les bords de la Loire. Je comptais ensuite vers le 15 aller vous voir à Châlons ; mais on me mande que vous songiez à en partir et à aller à Lyon retrouver une partie de votre famille. Il n'y a rien à dire sur la convenance de ce choix ; j'y ai laissé au moins un homme qui s'en réjouirait beaucoup. Mais j'aurais espéré que vous ne vous presseriez pas tant, et je trouve bien dur de n'apprendre que par les autres vos projets et vos arrangements.

1. Il se rendait au château de Montmirail, distant seulement d dix-sept lieues de Châlons. ↩

« Je suis condamné par la route à un autre silence qui m'est bien pénible sur la marche et la décision de notre amie. J'espère que son fils ne me les laissera pas ignorer. Adieu, aimable amie ; vous auriez bien tort de ne pas accéder, de ne pas croire à mes vœux bien purs et bien sincères pour votre bonheur. »