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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 22 novembre 1811, au soir, Montmirail

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 22 novembre 1811, au soir, Montmirail

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 99–101 · chapitre 67 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

MATHIEU DE MONTMORENCY A Mme RÉCAMIER.

« Montmirail, 22 novembre 1811, au soir.

« Je ne veux pas tarder davantage à vous remercier, aimable amie, de la lettre que m'a rapportée Sosthène et qui m'a vivement intéressé; que parlez-vous de me déplaire? Cette expression qui n'a plus de sens entre nous pourrait elle être jamais applicable quand vous m'ouvrez votre cœur avec une confiance qui me touche, qui m'honore, et dont j'accepte avec reconnaissance le touchant privilége? Sosthène a rapporté une impression d'estime, je dirai même de respect, pour votre intéressante situation. Je vous vois toujours avec vos deux petites filles1 entre l'église que vous visitez et certaines autres visites auxquelles votre bon cœur vous entraîne. Ne gâtez pas ce fond précieux et persévérez dans une si généreuse attitude, donnez-moi de temps en temps de ces nouvelles intérieures du cœur qui n'appartiennent qu'à l'amitié. - Vous êtes bien bonne de m'en demander avec tant d'intérêt sur la vie que je mène ici; elle est à peu près la même que l'année passée, et comme je serais ici pour le moment par mon propre choix, je puis me faire illusion sur ce que ce séjour a d'un peu moins libre.

1. Sa nièce Amélie et sa cousine, Mlle de Dalmassy. ↩

« Je jouis beaucoup d'une réunion de famille qui serait presque complète, sauf ma mère, et à laquelle Adrien viendra s'unir dans le commencement du mois prochain. Il n'y a rien ici qui puisse ressembler à l'animation, à l'incroyable variété de la conversation de notre amie, mais n'est-elle pas unique? Ici, comme vous le dites, c'est beaucoup mieux qu'à Dampierre; on y respire une certaine atmosphère de vertu qui fait du bien à l'âme. M. de Doudeauville est admirable dans cette vie privée de la solitude qui serait une épreuve pour tout autre ; et quand je le vois offrant à Dieu les vœux de toute cette famille réunie aux pieds d'un autel consacré par leur douleur1, je suis pénétré d'un sentiment qui ne doit pas être stérile et que vous éprouveriez plus que personne. Que ne pouvons-nous vous posséder quelque temps ici. Profitons au moins de la distance pour mêler sans cesse nos pensées et nos sentiments. Adieu. Je me suis remis aussi un peu au travail et je profite de ces beaux jours pour me promener. La pensée de notre amie m'occupera sans cesse jusqu'à ce que j'aie de ses nouvelles de Genève.i

1. La chapelle d'un hôpital fondé par le duc et la duchesse de Doudeauville après la mort de leur fille, Mme de Rastignac, chose invariable, inévitable, et de ses adieux à sa ↩