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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)

Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 249–250 · chapitre 142 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La Providence ne devait pas permettre à l'illustre savant de caresser longtemps une espérance qui lui était chère; moins de deux ans plus tard, Mme Cuvier, moissonnée par la mort, laissait à ceux qui l'avaient approchée et connue le souvenir d'une créature toute céleste.

Ces pensées de mariage, qui ne furent jamais connues de la famille Cuvier, en occupant l'imagination du jeune érudit, n'affaiblissaient en rien la soif d'apprendre dont il était possédé; sa curiosité venait de se porter vers la poésie scandinave; il résolut de se livrer sans distraction à l'étude de l'allemand et des idiomes du Nord, et partit à l'automne de 1826 pour aller passer l'hiver à Bonn.

C'était le moment où l'enseignement de Niebuhr jetait un si vif éclat sur l'université de cette ville. Déjà le premier volume de l'Histoire romaine avait paru (il n'était pas traduit en français) ; la nouveauté, l'heureuse audace des travaux de Niebuhr, imprimaient chez nos voisins un mouvement, une vie singulière aux études historiques. A côté du célèbre historien de Rome, d'autres professeurs contribuaient à assurer la prépondérance de l'université rhénane. W. de Schlegel, dans des leçons dont la forme littéraire et toute française déplaisait aux purs Teuons et donnait lieu à de vives attaques, fondait e premier enseignement de langue et de littérature sanskrites. Welcker, seul survivant aujourd'hui de cette grande époque de l'univerité de Bonn, expliquait les écrivains classiques le la Grèce, et donnait un des premiers exemples le la réunion des deux ordres d'érudition, littéaire et archéologique, si heureuse et si fertile en ésultats. Il renouvelait pour ainsi dire la philoogie par un système de comparaisons des textes avec les monuments de l'art. Quelques personnes e sont étonnées de voir J.-J. Ampère abandoner dans les dernières années de sa vie les questions purement littéraires qui avaient jusqu'alors principalement occupé son activité intellectuelle our écrire une histoire romaine. Mais c'était, pour lui, revenir aux études de sa jeunesse; il se retrempait dans les souvenirs de cette université de Bonn qui avait exercé une influence si décisive sur sa vie. Dans le plan de l'Histoire romaine à Rome et dans la manière d'entendre les grands traits des annales du peuple-roi, l'élève de Niebuhr s'est retrouvé tout entier, tandis que dans la part si large que ce livre fait aux monuments de l'antiquité figurée, on sent l'écho des leçons de Welcker.

Deux lettres échangées à cette époque entre Charles Lenormant et Ampère donneront, mieux que je ne pourrais le faire, la mesure de l'intérêt dont tous les habitants de l'Abbaye-au-Bois entouraient le jeune érudit, et aideront à se rendre compte du courant des idées qui se disputaient alors son temps et son attention.