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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 26 mai 1829

Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)

[Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 26 mai 1829

Madame Récamier · 1 min de lecture · p. 192 · chapitre 113 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« 26 mai 1829.

« Oui, chère enfant de mon cœur, je conçois toute ta joie en apprenant l'arrivée prochaine de M. Lenormant, et quand je te saurai près de lui, je serai tranquille. Dis-lui tous nos chagrins de nous séparer de toi, mais jouis sans mélange du bonheur de cette réunion. Tu as fait ce que j'aurais fait à ta place. Nous avons tous bien souffert, mais nous nous retrouverons tous, et tu auras donné à M. Lenormant une preuve de tendresse dont le souvenir répandra un charme de plus sur tout votre avenir. Dis-lui combien je lui suis tendrement attachée, dis-lui combien je suis reconnaissante de tout le bonheur qu'il te donne, mais dis-lui aussi qu'il doit m'adorer de lui avoir donné une femme comme toi. Pourras-tu me lire, chère enfant? Je t'écris avec peine, tourmentée d'un rhumatisme aigu dans la tête : je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Tout cela n'est rien, il n'en sera plus question dans trois jours, mais pour le moment c'est une douleur intolérable. Voici une lettre de Lina, qui m'a aussi écrit. J'ai eu deux lettres hier par un courrier extraordinaire du duc de Laval. Elles sont à huit jours de date; il est bien loin de se douter de la pierre qui lui tombe sur la tête; il arrivera en même temps que M. de Chateaubriand. C'est une occasion d'exercer mes grands talents. Je crois vraiment que je pourrai leur être utile : c'est une consolation au milieu de toutes mes tristesses. M. Récamier est beaucoup mieux, nos amis sont excellents et bien tendrement occupés de toi. Nous sommes tous dans l'attente des nouvelles de Toulon. Adieu, chère enfant, je te presse sur mon cœur. »