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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 156–157 · chapitre 94 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Ces lettres sont les dernières de Camille Jordan qui se soient retrouvées dans les papiers de Mme Récamier, et bien probablement ce sont les dernières qu'il lui ait adressées. Nommé député par le département de l'Ain en 1815, il siégea fort exactement à la Chambre, et à partir de cette époque habita Paris presque sans interruption jusqu'à sa mort. Ces deux lettres de Camille Jordan, écrites à une année d'intervalle, offrent un intérêt tout particulier, car elles font pressentir et expriment déjà le travail qui commençait à se faire dans l'esprit du grand citoyen. En 1814 la joie du libéral en voyant la France délivrée d'un régime despotique accroît la joie du royaliste qui assiste au retour des Bourbons. Ce double sentiment dicte le récit qu'il fait de la réception de Mme la duchesse d'Angoulême. En 1815 les choses ont changé d'aspect. Royaliste, mais avant tout ardent ami de la liberté, les violences de la Chambre introuvable ont fort ébranlé la confiance du patriote dans le libéralisme de la monarchie restaurée. Néanmoins, pendant les trois sessions de 1816, 17 et 18, Camille Jordan appuya franchement le ministère. Nous le trouvons en 1819 dans les rangs d'une vive opposition, et ce n'est pas lui qui a modifié ses opinions; mais il croit voir la liberté en péril, et combat avec l'énergie d'une grande foi politique des doctrines à ses yeux incompatibles avec les besoins de la société moderne. Jamais l'éloquence de Camille Jordan n'eut plus d'éclat, jamais sa parole ne fut plus émue qu'à cette période extrême de sa carrière politique. Parfois, il faut le reconnaître, ce beau langage était empreint d'une grande amertume, comme il arrive quand une chère espérance a été déçue.

Camille Jordan, et ce n'est pas ce qui ajoutait le moins à l'effet de ses discours, Camille Jordan était mourant; lorsque, du banc où il était forcé de se tenir étendu, il montait à la tribune, il emblait que ce qui lui restait de vie allait s'exhaler au milieu de ses véhémentes improvisations. Quelques mots d'inquiétude exprimés dans ses ettres à Mme Récamier par l'éloquent orateur ur les opinions, à son gré trop réactionnaires, e Mathieu de Montmorency, n'auront point ans doute échappé au lecteur. Entre ces deux omnes, si longtemps unis par la plus étroite ntimité, la divergence des vues politiques amena lus d'une fois des explications d'autant plus vives ue tous deux avaient des convictions ardentes. Iais, si l'intolérance de l'esprit de parti troublait t gênait leurs relations, elle ne put affaiblir dans es deux nobles cœurs les sentiments d'une proonde estime, et Mme Récamier continuait d'aileurs à être entre eux un lien de concorde et l'affection.

Camille Jordan mourut le 19 mai 1821.