Jean-Jacques Ampère et l'Abbaye-au-Bois (suite)
[Mme Récamier] → [J.-J. Ampère], 11 octobre 1829
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« Que je suis contente de vous voir reprendre à l'espoir et combien je partage votre joie! Vous aurez reçu la lettre où je vous annonçais que nous habitions le nouvel appartement. Mme de Boigne, le duc de Laval, M. de Chateaubriand, les arbitres du goût, le trouvent charmant et arrangé à ravir, mais je ne jouirai complétement de mon succès qu'au printemps. La situation politique est toujours la même; le duc de Laval a passé cinq jours à Paris : nos conversations ont été pénibles; il est parti hier pour Londres, chargé d'instructions favorables aux Grecs; mais quoiqu'il soit généreux, ses habitudes aristocratiques le rendent, je le crains, facile à contenter sur les intérêts des peuples. - Je lui ai parlé de votre ami Mérimée; il ne le connaît pas personnellement, mais votre amitié a été une recommandation auprès de lui, et s'il a toujours le désir d'entrer dans la carrière diplomatique, il aurait avec le duc de Laval un début très-agréable. Comme je n'ai point le droit de lui parler de ses intérêts, écrivez-lui. Le duc de Laval revient dans un mois, et je pourrai, je crois, arranger facilement cette affaire. Je prendr à M. Mérimée cet intérêt qu'inspire si naturellement un noble caractère, un véritable talent, et j'y ajoute l'intérêt que vous y prenez vous-même.
« M. de Chateaubriand est toujours dans ses travaux historiques, attendant avec assez d'impatience le moment de l'histoire en action. On le désigne toujours pour président du ministère qui doit succéder à celui-ci; cela paraîtrait une chose naturelle, mais ce n'est jamais le vraisemblable qui arrive. Je lui fais, en attendant, des recherches historiques, ce qui me donne quelque goût pour l'histoire. J'ai lu Thiers et Mignet, je lis Tacite. Je voudrais bien faire aussi des recherches pour votre livre, mais vous êtes trop savant pour avoir besoin de moi. Nous parlons de vous tour les jours de la vie, je regrette nos conversations, nos disputes et toute cette vie ensemble dont j'ai pris une si douce habitude; et tout ce qui vous connaît partage mes regrets.
« Écrivez-moi. »