Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
La présence de M. de Montmorency ranima l'âme abattue de la pauvre exilée. Il insista fortement et Camille Jordan appuya ses instances, pour qu'elle réalisât le projet souvent formé, toujours ajourné, d'un voyage en Italie. Il était sûr qu'elle y trouverait, et elle y trouva en effet, un puissant moyen de distraction dans les arts, un aliment à sa piété dans le séjour de Rome et une notable amélioration dans sa santé, que des chagrins répétés avaient altérée. - Au commencement du carême de l'année 1813, Mme Récamier se mit en route pour Turin avec sa petite compagne, et M. de Montmorency conduisit les voyageuses jusqu'à Chambéry.
Il y a ici une lacune assez singulière dans la correspondance de M. de Montmorency, comme dans celle de Camille Jordan avec Mme Récamier, et nous ne possédons aucune des lettres qu'ils durent écrire à la personne qui leur était profondément chère et dont ils suivaient de loin les pas avec anxiété, pendant ce voyage en Italie.
Nous avons fait de nombreux et inutiles efforts pour retrouver les lettres que Mme Récamier adressa, pendant près de trente ans, à l'homme qu'elle considéra toujours comme un frère et qu'elle vénérait comme son bon ange; la duchesse Mathieu de Montmorency, lorsqu'elle vivait encore, voulut bien aider nos recherches. Mais il fut impossible de se remettre sur la trace de cette correspondance, qui devait être volumineuse et que nous ne pouvons croire que M. de Montmorency ait détruite.
Il nous est du moins possible de donner ici à leur date deux lettres de Mme Récamier à Camille Jordan; la première est écrite de Turin, la seconde est datée de Rome. M. Sainte-Beuve les a publiées avant nous et les devait comme nous à l'obligeance de M. Arthur de Gravillon, petit-fils du célèbre orateur.