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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 82 · chapitre 54 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le lendemain, seule avec une enfant de six ans, petite nièce de M. Récamier, et une femme de chambre, la pauvre exilée prenait tristement la route de Châlons-sur-Marne, sans qu'on entendît d'elle une plainte, sans qu'elle permît à aucun de ses amis la moindre démarche ou la moindre parole pour faire adoucir son sort1. Mme Récamier passa dix mois dans cette ville de Châlons qui lui offrait bien peu de ressources malgré les procédés aussi gracieux que délicats du préfet, M. de Jessaint et de sa femme. Sous un gouvernement despotique, on fuit le contact des gens en disgrâce comme on fuirait la peste, et Mme Récamier, sur les pas de laquelle la foule et le monde s'étaient précipités, eut plus d'une fois l'occasion de constater l'effroi que peut faire éprouver la présence d'une exilée.

1. Après avoir mis sous les yeux du lecteur toutes les pièces relatives à l'exil de Mme Récamier, il ne sera pas sans intérêt de montrer ce qu'en dit le duc de Rovigo dans ses Mémoires; c'est un échantillon précieux des mensonges qu'il y débite. « On a aussi beaucoup crié contre l'exil de Mme Récamier. En général, on parle de tout à tort et à travers sans trop savoir ce que l'on dit. Tout le monde avait connu les mauvaises affaires de la maison Récamier, à la suite desquelles Mme Récamier avait été vivre en province; cela était fort honorable, mais il ne fallait pas s'y faire passer pour une victime de la tyrannie, et écrire à tout le monde des balivernes de ce genre. Il aurait été plus juste de dire tout Let qu'on avait perdu sa fortune par des fausses spéculations que d'en accuser l'empereur. Mme Récamier demeurait en province par raison, et elle disait à ses admirateurs, qui la sollicitaient de rentrer à Paris, que cela ne dépendait pas d'elle, voulant par là donner à entendre que c'était l'empereur qui l'en empêchait, lorsqu'il ne pensait pas à elle. Cela fit qu'il ordonna que si elle revenait, on ne lui laissa plus former ce cercle de frondeurs au milieu duquel elle répandait avec affectation sa douleur. Et, pour parler plus franchement, je lui écrivis que je désirais qu'il n'entrât pas dans ses projets de venir à Paris de sitôt. Elle n'avait aucunement celui d'y rentrer, mais elle fut fort aise d'être exilée, cela la mettait à l'aise pour répondre à une foule de solliciteurs vis-à-vis desquels cela lui créait une position. » ↩

Un billet de Mme de Staël, écrit après le départ de Coppet, départ qu'elle avait absolument exigé de Mme Récamier, montre quelle était l'intensité de la douleur que lui causait la persécution qu'elle s'accusait d'avoir attirée sur ses amis.