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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 3 septembre 1838

Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)

[Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 3 septembre 1838

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 207–208 · chapitre 122 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« 3 septembre 1838.

« Je comptais sur M. Lenormant pour té donner des nouvelles de l'Abbaye, ce qui valait un peu mieux que les lettres de ma dame de compagnie. C'est tout au plus si je puis le remplacer en t'écrivant moi-même, Il a dû te dire combien je te regrette, comme je m'arrange mal de ces longues séparations, quand nous serions si bien ensemble! Mais il me faut surtout du repos ; j'ai pourtant été à la répétition de l'opéra de Berlioz. La salle était fort remplie, le public très-froid, et moi comme le public, car j'étais si fatiguée, si mal placée que Dupré même ne m'a fait aucun plaisir. J'étais avec Mme Salvage, Eugène et Ampère ; ils vont partir l'un et l'autre sous peu de jours. J'espère bien que tu viendras avec ton mari avant son départ pour l'Italie ; je n'ose désirer de te garder pendant son absence, puisque la campagne convient si bien à ta santé et à celle de tes enfants, et je ne voudrais pourtant pas quitter M. de Chateaubriand, qui serait bien seul à Paris. Sans lui, je serais partie avec toi, persuadée que ce qui m'aurait fait tant de plaisir ne pourrait me faire de mal. Ma lettre te trouvera, je pense, ton retour de chez M. Guizot : tu me raconteras votre voyage, tu sais comme j'aime les détails. J'espère que tu amèneras Juliette avec sa sœur; elles se tiendront compagnie, vous dînerez chez Paul ou chez moi, et nous tâcherons de vous faire passer le mieux possible le peu de temps que vous pourrez nous donner. Dupré doit chanter pour M. de Chateaubriand à Saint-Gratien, chez M. de Gustines, nous irons y déjeuner; l'habitation est ravissante. Si le jour ne dépendait pas de Dupré, j'aurais pris celui où je pourrais y aller avec toi, cela m'aurait charmée. Peut-être la chose s'arrangera-t-elle tout naturellement. Adieu, chère enfant, je t'embrasse de toute mon âme et je pense avec bonheur que je te verrai dans peu de jours. Ne me laisse pas oublier de tous les bons habitants de Saint-Éloi.i