Lettres de Madame Récamier à sa nièce
M. Récamier → [Mme Récamier], [15 juillet 1812]
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« J'étais bien assuré, écrit M. Récamier, de l'empressement que mettraient à t'accueillir ma famille et mes amis, mon seul souci était de savoir si tu y aurais correspondu convenablement, c'est-à-dire relativement à la manière d'un chacun, qui pouvait fort bien ne pas se trouver en harmonie avec la tienne. Je vois que les choses, sous ce rapport, se sont très-bien passées : tu as saisi le beau côté de ma sœur Delphin et tu parais être fort bien avec elle, ce qui me fait grand plaisir. Garde-toi seulement de l'excès dans les aumônes ou générosités auxquelles pourraient naturellement te provoquer les tableaux de l'indigence qu'elle te mettra journellement sous les yeux, parce que je fais déjà beaucoup moi-même ici et qu'en tout il ne faut jamais dépasser des bornes raisonnables.
« Observe-toi seulement beaucoup sur les personnes avec lesquelles tu te lieras, parce que, quoiqu'il n'y paraisse pas, tu te trouves toujours en surveillance tacite de la police. Ton changement ou ta translation de Châlons à Lyon t'a jetée dans une autre division de la police générale. J'ai par hasard un ami dans cette nouvelle division, que je rencontrai ces jours derniers sur le boulevard, qui me dit qu'il était déjà venu de Lyon deux rapports sur ton compte : le premier pour informer de ton arrivée et le second pour dire que tu t'y comportais fort bien, que tu voyais peu de monde et que tu vivais beaucoup chez toi. Cet ami me promit de me tenir exactement avisé de tout ce qui pourrait survenir à cet égard; il m'ajouta que cela finirait par un rapport général qui, un jour ou l'autre, s'enverrait à l'Empereur, qui déciderait ensuite définitivement. »