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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 4 août 1828

Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)

[Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 4 août 1828

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 185–186 · chapitre 108 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« 4 août 1828.

« Te voilà donc seule, ma pauvre Amélie! en lisant ces mots, c'est demain, mes yeux se sont remplis de larmes, j'ai senti tout ce que tu éprouvais et s'il ne fallait pas des préparatifs pour un long voyage, mon mouvement eût été de partir à l'instant, d'aller à toi et de ne pas te laisser seule avec tes regrets. La lettre de M. Lenormant m'a été au cœur : je vois qu'au moment du départ il a été ébranlé par le chagrin de te quitter, qu'il a eu besoin de ton courage pour soutenir le sien, et tu sais peut-être à présent, chère enfant, qu'il est probable que cette séparation sera beaucoup moins longue que vous ne le pensiez, et que les voyageurs en arrivant Alexandrie trouveront l'ordre de revenir en France1.

1. On avait craint, en effet, que les événements de la guerre, ant en Grèce qu'en Turquie, ne gênassent les paisibles travaux e la commission scientifique. M. Drovetti, consul général de rance à Alexandrie, avait même cru devoir écrire à Champollion ne lettre qui se croisa avec le bâtiment qui le portait. De l'avis ème du vice-roi, il engageait l'illustre savant français à remettre on voyage à une autre année. M. Lenormant, dans ses lettres 'Egypte, raconte ce petit incident et ajoute : « Notre débarquement a donc causé un moment d'embarras à M. Drovetti. Quant u pacha, il a dit aussitôt en bon prince : « Qu'ils soient les bienvenus! » et l'affaire a été arrangée en un clin d'œil. » ↩

« Le bonheur de te revoir consolera facilenent M. Lenormant de ne pas continuer sa oute, et, je l'avoue, je n'ai pu me défendre d'une secrète joie en apprenant cette nouvelle, qui abrégeait tes ennuis. Mais je retombe pour mon propre compte dans les grandes incertitudes; je 'écrirai dès que je serai fixée. M. de Chateauriand s'est chargé avec beaucoup de grâce de a note pour M. Hyde de Neuville. Il compte oujours partir le 1e septembre. Je passe mes ournées dans une incertitude douloureuse dont e ne sais pas me tirer. Il ne faut pas, ma pauvre infant, te parler de bonheur quand ton cœur st déchiré, mais tes peines seront passagères, et ton sort me semble si doux, que je donnerais volontiers les plus beaux jours de ma vie pour tes jours les plus tristes. M. Ballanche, Paul et tout ce que je vois ne me parlent que de toi. »