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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier Mme Récamier → Mme Delphin, 3 avril 1813, Rome

Madame Récamier et les amis de sa jeunesse (suite)

Mme Récamier → Mme Delphin, 3 avril 1813, Rome

Madame Récamier · 3 min de lecture · p. 145–148 · chapitre 90 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Mme RÉCAMIER A SA BELLE-SŒUR Mme DELPHIN A LYON.

« Rome, 3 avril 1813.

« Je vous remercie, ma bonne sœur, de votre aimable lettre, que j'ai reçue à Rome. J'ai été naïade plusieurs jours en arrivant, mais me oici mieux et je vais faire quelques courses dans intérieur de la ville et dans ses environs.

J'ai bien retrouvé votre angélique bonté dans e soin que vous avez eu d'aller visiter cette auvre Anglaise malade; j'ai appris avec un vrai loisir les soins que lui a fait donner lady Webb. i, après le départ de cette dernière, l'Anglaise e trouvait dans le besoin, donnez-lui de ma art ce que vous jugerez convenable et soyez ssez bonne pour continuer aussi à veiller sur otre petite Marianne1. Si on trouvait un maître d'écriture qui ne fût pas cher, ne serait-il pas nécessaire de lui faire donner quelques mois de leçons en continuant de lui faire soigner son anglais? Enfin vous savez mieux que moi faire le bien et je mets cette pauvre enfant sous votre protection.

1. Marianne était une petite Anglaise tombée, par je ne sais quelle circonstance, aux mains d'une troupe de saltimbanques. Il aut se rappeler que la rupture du traité d'Amiens avait saisi et etenu en France des Anglais de toute condition. Rencontrée ur la place Bellecour par Mme Récamier, cette enfant l'intéressa ar son air malheureux et son joli visage. On parvint à la tirer des griffes des faiseurs de tours qui l'exploitaient. Mme Récamie la mit à l'école, puis en apprentissage. Elle se fit religieuse e mourut jeune. ↩

« Je suis affligée de ce que vous me dites de l'état de Mme de Chevreuse. Comment se trouve-t-elle de M. Suquet? Je suis surprise et attristée de n'avoir point de lettres de Mme de Luynes depuis celle qu'elle a eu la bonté de m'écrire à Turin. Elle a été si bonne et si aimable pour moi que j'espère bien qu'elle ne m'a pas encore oubliée. Soyez assez bonne pour la voir avant de m'écrire et pour me donner de ses nouvelles e de celles de Mme de Chevreuse. Je vous envoie une lettre d'Amélie pour Mme della Torre. Je sui: fort contente de son caractère et de ses senti ments, mais moins de son application; elle es légère, et sous ce rapport Mme della Torre lu convenait parfaitement. Je compte bien l' remettre en retournant à Lyon.

« Je vous remercie de m'avoir expédié la caisse, dont j'avais le plus grand besoin. C'est une inconcevable distraction à moi de ne m'être pas rappelé qu'il fallait l'envoyer à la diligence, C'est encore une suite de cette mauvaise disposition d'âme où j'étais avant mon départ : il me semble que je suis à présent beaucoup mieux, mais je crains toujours que la tristesse ne me reprenne. Ayez la bonté de remettre le payement du mémoire de la couturière à mon retour, car il me paraît fort cher pour ce qu'elle m'a fait. Adieu, chère et aimable sœur, comptez-moi parmi les personnes qui vous aiment le plus tendrement. Parlez de moi à M. Delphin, à Mme Amélie, à M. et à Mme Payen. Dites aussi à Mme Legendre que je regrette bien de n'avoir pas pu lui dire adieu comme je me le promettais. Elle était encore un peu souffrante, dites-moi comment elle est? Son fils est-il près d'elle? C'est une personne si bonne et si aimable qu'on aime à la savoir heureuse.

« Adieu, ma bonne, excellente sœur, je vous embrasse et vous aime de toute mon âme. Parlez de moi à tous ceux auxquels mon souvenir ne sera pas indifférent. J'ai choisi des chapeaux de paille pour mesdames vos filles que je leur porterai à mon retour. Je voudrais bien trouver quelque chose qui pût vous être agréable, mais je n'ai encore rien vu qui me contente.

« Voudriez-vous bien adresser vos lettres dorénavant chez M. Torlonia, à Rome »