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L'Enchanteur 1768—1848
Madame Récamier [Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 11 septembre 1840, Paris

Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)

[Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 11 septembre 1840, Paris

Madame Récamier · 2 min de lecture · p. 209 · chapitre 123 sur 209

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

AU RETOUR DES EAUX D'EMS.

« Paris, 11 septembre 18401.

1. La santé de Mme Récamier allait s'altérant visiblement. Elle dissimula longtemps à ses amis cet état habituel de souffrance, afin de ne pas les inquiéter; mais sa vue s'affaiblissait excessivement, et au moment où ou lui avait ordonné les eaux d'Ems, il fut constaté qu'une cataracte se formait sur ses deux yeux. ↩

« Il est bien vrai, ma chère enfant, que je suis revenue dans un triste état, et véritablement désolée d'avoir fait un voyage si long, si cher et si inutile; que M. Lenormant a été parfait, et que je lui sais gré du mouvement qu'il avait de venir me chercher; mais, en vérité, je suis si lasse de moi que je crains surtout d'en lasser les autres; non, assurément, que je ne compte sur l'attachement de mes amis ; mais n'être pour cux qu'un sujet de tristesse, ne contribuer en rien à l'agrément de leur vie, est pour moi. la plus vive peine que je puisse éprouver. - J'ai bien souvent et bien tendrement pensé à toi pendant ce voyage, pensé à nos enfants, fait mille projets que je ne saurai pas réaliser. Ma mauvaise santé est un obstacle à tout. Soigne bien la tienne, tu n'y es pas trop disposée : fais-le pour les autres. Je t'attends avec une vive impatience. J'ai eu avant-hier une crise si violente, qu'elle m'a donné la fièvre, et que j'ai été obligée de passer la journée au lit, et, juge de ma contrariété, Mme de Boigne m'avait demandé à dîner avec M. de Chateaubriand ce même jour. Il a fallu renoncer à ce dîner, déranger leurs projets, et tout cela subitement avec les petites circonstances de détail les plus contrariantes. Enfin, ma chère enfant, je ne puis te dire à quel point je suis lasse de moi-même. Je t'attends pour me rendre un peu de courage. C'est encore un moment de bonheur que celui où je te reverrai. »