Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)
[Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 21 mai 1829, Paris
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« Paris, 21 mai 1829.
« Je t'avais écrit une longue lettre, je l'ai déchirée au moment de l'envoyer. - Je te dirai quelque jour pourquoi, mais je me reproche d'avoir retardé une lettre de Paul. Il a dû t'écrire aujourd'hui. L'idée de ton isolement ne nous quitte pas, nous en parlons sans cesse. Du reste mes jours s'écoulent ainsi que les tiens, je souffre beaucoup, et les distractions du monde n'agissent plus sur moi.
« M. de Chateaubriand arrive; je suis plus troublée de la situation dans laquelle il va se trouver que je ne suis heureuse de le revoir. J'ignore s'il retournera en Italie. Cette incertitude sur ton sort, sur le sien, me jette moi-même dans un vague qui ne me permet de former aucun projet. J'ai vu hier ta belle-mère qui est véritament excellente. Je souffrais tant, que j'ai été obligée de laisser tout ce qui était dans le salon pour aller me coucher. Tout le monde me demande de tes nouvelles, c'est toujours la première question qu'on m'adresse. Il est impossible d'inspirer plus d'intérêt, et d'avoir une meilleure et plus charmante réputation; je suis très-fière de mon ouvrage en reconnaissant que j'y suis pour très-peu, et que Dieu a béni mes intentions bien plus que mes talents. Nous attendons tous avec une inquiète impatience les lettres qui doivent décider de ton avenir. Je t'écrirai aussi dès que j'aurai vu M. de Chateaubriand. Adieu, chère enfant, prends courage et pense au bel avenir de bonheur qui t'attend. »