Lettres de Madame Récamier à sa nièce (suite)
[Mme Récamier] → [Mme Lenormant], 6 septembre 1835, Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Michel Lévy frères, 1874, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Paris, 6 septembre 1835.
« Je suis charmée, ma chère Amélie, de vous savoir tous arrivés heureusement au but de votre voyage. Il n'est pas question du départ de M. de Chateaubriand, au contraire. Pour la première fois, je l'ai vu ne pas repousser l'idée d'un avenir en France; tu juges si je soignerai cette disposition. Il parle même de remeubler sa maison dès qu'il aura vendu ses Mémoires. Je prendrai alors le grand salon de l'Abbaye, nous aurons un dîner tous les quinze jours, et je passerai deux ou trois mois de la belle saison avec toi dans la charmante vallée. M. de Chateaubriand s'établira dans la petite auberge qu'il connaît déjà. Ces projets, qui réuniraient mes intérêts les plus chers, me ravissent; mais je n'ose y croire. Enfin, chère enfant, ce qu'il y a de certain, c'est que je suis très-heureuse et très-touchée du prix que ton mari et toi mettez à cette réunion. Je m'en fais une idée si charmante, que je trouverais cruel d'être obligée d'y renoncer. Dis mes tendres souvenirs à ton mari; je ne suis pas inquiète de son cours, qui aura certainement le suffrage des gens éclairés et, j'espère, aussi celui des ignorants, qui aimeront à s'instruire d'une manière aussi agréable : j'en juge par moi, qui trouve toujours tant d'intérêt à sa conversation. Adieu, ma chère, mon aimable Amélie. Embrasse tes deux petites, et dis-toi bien que jamais je n'ai senti plus profondément le désir de ne pas séparer ma vie de la tienne »