Philosophe lyonnais, auteur d’Antigone, de la Palingénésie sociale et de la Vision d’Hébal ; l’ami de Chateaubriand de 1802 à sa mort, « mon inséparable camarade de route », et l’ami le plus dévoué de Juliette Récamier, qu’il suit à Paris en 1817, puis à l’Abbaye-aux-Bois.
En bref
| Naissance | 4 août 1776, à Lyon (1778 selon Biré et Lacharrière), fils d’un imprimeur-libraire. |
|---|---|
| Mort | Samedi 12 juin 1847, vers trois heures, à Paris, dans la maison où il logeait, en face de l’Abbaye-aux-Bois ; une pleurésie selon Mme Lenormant, une « fluxion de poitrine » selon Marquiset. Mme Récamier ne quitte pas son chevet. |
| Sépulture | Cimetière de Montmartre, dans le tombeau de famille de Mme Récamier (Mme Lenormant). |
| Divergence | Naissance : 4 août 1776 selon Mme Lenormant (1859) et Wikidata ; 4 août 1778 selon Edmond Biré (note aux Mémoires, t. II) et Ladreit de Lacharrière (note aux Cahiers de Mme de Chateaubriand, 1909). |
| Lien | Ami de Chateaubriand pendant quarante-cinq ans, de Céleste aussi (« notre fidèle Ballanche », Cahier rouge) ; à partir de 1817, le compagnon de chaque jour de Mme Récamier, à Paris et dans ses voyages. |
| Première rencontre | Lyon, octobre 1802, selon les Mémoires : « Le fils de M. Ballanche, propriétaire, après M. Migneret, du Génie du Christianisme, était mon hôte : il est devenu mon ami » ; Pailhès (1896) et Lacharrière (1909) placent la liaison au voyage de juin 1803, Pailhès dit que le libraire Ballanche avait rendu visite à l’auteur à Paris en 1801 et en 1802. |
| Le Génie à Lyon | Les Ballanche, père et fils, imprimeurs du Génie du christianisme à Lyon : traité de juin 1803 pour une édition in-18 en neuf volumes (lettre à Migneret du 8 juin) ; la lettre sur la Fête-Dieu de Lyon (juin 1803) est adressée au fils. |
| Voyages ensemble | Fin août et septembre 1805 : Lyon, Genève, Chamonix, puis la Grande-Chartreuse, avec Céleste ; août 1806 : il va chercher Céleste à Venise et la ramène par Florence ; juillet 1830 : il apporte à Dieppe les journaux des ordonnances ; Dieppe (1835) et Maintenon (1836), auprès de Mme Récamier. |
| Correspondance | 157 lettres dans la Correspondance (151 écrites, 6 reçues). Lettres de Chateaubriand à Ballanche : juin 1803 (la Fête-Dieu) ; Genève, 12 et 31 juillet, 3 et 10 août 1831 ; 7 août 1840 (dictée). Lettre de Ballanche du 30 fructidor an XI (17 septembre 1803), citée dans les Mémoires. |
| Surnom | « l’hiérophante », que lui donne Chateaubriand en le badinant sur la petite secte dont il est le chef (Mme Lenormant). |
| L’Académie | 22 janvier 1835 : la voix de Chateaubriand lui reste fidèle jusqu’au dernier tour ; élu le 17 février 1842, avec 17 voix. Sa réception est la dernière séance publique où paraît Chateaubriand. |
| Dans les Mémoires | 21 mentions (relevé automatique) : livres XIV (2, 6) ; XV (2) ; XVII (3, 5) ; XVIII (1) ; XXVIII (19) ; XXXI (8) ; XXXIV (6) ; livre « Madame Récamier ». |
| Référence | Wikidata Q926609 |
Sa vie
Pierre-Simon Ballanche (1776-1847), fils d’un imprimeur lyonnais, philosophe de l’histoire (Essai sur les institutions sociales, Antigone, Orphée, Palingénésie sociale), élu à l’Académie française en 1842. Laid, doux, d’une piété profonde, il voue sa vie à Juliette Récamier, qu’il rencontre à Lyon en 1812 et suit à Paris, où il loge en face de l’Abbaye-aux-Bois.
Avec Chateaubriand
Chateaubriand le connaît dès octobre 1802 à Lyon : le père Ballanche a acquis le Génie du christianisme, et le fils devient son hôte puis son compagnon de voyage (Mont-Blanc et Grande-Chartreuse en 1805). Pendant trente ans, ils sont les deux piliers du salon de l’Abbaye-aux-Bois. Ballanche meurt en juin 1847, un an avant lui.
Lyon : le fils de l’imprimeur (1802-1803)
Pierre-Simon Ballanche est le fils d’un imprimeur-libraire de Lyon, installé aux Halles de la Grenette (Mme Lenormant). En 1800, il a publié Du sentiment considéré dans ses rapports avec la littérature et les arts, où Mme Lenormant voit un précurseur du Génie du christianisme. Chateaubriand passe par Lyon en octobre 1802, en route pour Avignon :
« Le fils de M. Ballanche, propriétaire, après M. Migneret, du Génie du Christianisme, était mon hôte : il est devenu mon ami. Qui ne connaît aujourd’hui le philosophe chrétien, dont les écrits brillent de cette clarté paisible sur laquelle on se plaît à attacher les regards, comme sur le rayon d’un astre ami dans le ciel ? »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 2. · Lire le passage
Gabriel Pailhès, qui suit les lettres de Chateaubriand à son éditeur Migneret, place le pacte au voyage suivant, en juin 1803, quand le nouveau secrétaire de légation gagne Rome :
« Il traite avec le libraire Ballanche, qui l’avait visité à Paris en 1801 et 1802; de ce libraire, il va faire son ami pour toujours. »
Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage
« Je suis arrivé à Lyon, mon cher Monsieur, et je me hâte de vous prévenir des nouveaux arrangements que j’ai faits avec Ballanche. Il va entreprendre une édition in-18 en neuf volumes. »
Chateaubriand à Migneret, Lyon, 19 prairial [8 juin 1803], cité par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage
Mme Lenormant et Biré attribuent aux Ballanche, père et fils, la deuxième et la troisième édition du Génie ; dans la même lettre à Migneret, Chateaubriand réserve le titre de troisième édition à celle de Migneret et donne à l’édition in-18 de Ballanche le rang de quatrième ou de cinquième, selon celle qui paraîtra la première.
Les Mémoires retiennent de ce passage la Fête-Dieu, que Lyon célèbre de nouveau :
« A Lyon, je revis mon ami M. Ballanche. Je fus témoin de la Fête-Dieu renaissante […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chapitre 6. · Lire le passage
Il en fait le récit dans une lettre à Ballanche, aussitôt publiée à Lyon. Pailhès la cite d’après l’abbé Lyonnet :
« Quelle est cette puissance extraordinaire qui promène ces cent mille chrétiens sur ces ruines ? Par quel prestige la croix reparaît-elle dans cette même cité où naguère une décision horrible la traînait dans la fange ou dans le sang? »
Chateaubriand à Ballanche, Lyon, juin 1803, cité par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage
« Aussitôt publiée dans la ville où l’on avait tant souffert, cette lettre y produisit une impression profonde. Elle renouvela l’enthousiaste admiration des Lyonnais pour l’illustre écrivain. Elle valut à l’ami Ballanche une notoriété qui favorisa son propre essor. »
Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage
En septembre, à Rome, c’est une lettre de Ballanche qui lui annonce le passage de Pauline de Beaumont, malade :
« Une lettre de M. Ballanche, datée du 30 fructidor, m’annonça l’arrivée de madame de Beaumont, venue du Mont-d’or à Lyon et se rendant en Italie. Il me mandait que le malheur que je redoutais n’était point à craindre […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XV, chapitre 2. · Lire le passage
Le 30 fructidor an XI est le 17 septembre 1803 (note de Biré). Pauline de Beaumont meurt à Rome le 4 novembre.
1805 : Genève, le Mont-Blanc, la Grande-Chartreuse
À la fin d’août 1805, après Vichy et l’Auvergne, M. et Mme de Chateaubriand passent par Lyon (Mayer, 1946). Ballanche monte avec eux :
« A Lyon, nous retrouvâmes M. Ballanche ; il fit avec nous la course à Genève et au Mont-Blanc. Il allait partout où on le menait, sans qu’il y eût la moindre affaire. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 3. · Lire le passage
« A Lyon, nous prîmes Ballanche et nous continuâmes notre route. »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909). · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis
Au retour, à Lyon, ils logent quelques jours et repartent « toujours avec notre fidèle Ballanche » (Céleste) pour la Grande-Chartreuse, par Voreppe. Un orage les surprend en descendant :
« […] il en appelait à témoin, pour fortifier des arguments renversés à coups de tonnerre, ce pauvre Ballanche, qui répondait qu’il ne savait trop que dire et que le mieux serait de nous mettre à l’abri […] »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909). · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis
« M. Ballanche, tout dégouttant de pluie, disait avec sa placidité inaltérable : » Je suis comme un poisson dans l’eau. » […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 5. · Lire le passage
Chateaubriand ajoute en 1838, au moment où il repasse à Voreppe :
« Je viens, en cette année 1838, de revoir Voreppe ; l’orage n’y était plus ; mais il m’en reste deux témoins, madame de Chateaubriand et M. Ballanche. Je le fais observer, car j’ai eu trop souvent, dans ces Mémoires, à remarquer les absents. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 5. · Lire le passage
« De retour à Lyon, nous y laissâmes notre compagnon et nous allâmes à Villeneuve. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 5. · Lire le passage
1806 : Céleste à Venise
En juillet 1806, Chateaubriand part pour l’Orient ; Céleste l’accompagne jusqu’à Venise :
« […] madame de Chateaubriand m’accompagna jusqu’à Venise, où M. Ballanche la vint rejoindre. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVIII, chapitre 1. · Lire le passage
« […] en partant je fis promettre au bon Ballanche de venir me chercher à Venise où M. de Chateaubriand devait me quitter. »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909). · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe
De Venise, le 26 juillet, elle écrit aux Joubert :
« J’attends le pauvre Ballanche, qui quitte tout pour venir me chercher. »
Céleste de Chateaubriand à M. et Mme Joubert, Venise, 26 juillet 1806, cité par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage
Son mari quitte Venise pour Trieste le 28 juillet (Mayer, d’après l’itinéraire de Julien ; le Cahier rouge donne un vendredi d’août). Ballanche se fait attendre plusieurs jours :
« Il arriva enfin : c’était le soir; je lui fis une scène, je lui dis que j’allais le mener sur la place Saint-Marc et que c’était tout ce qu’il verrait de Venise parce que nous partirions le lendemain, à 5 heures du matin. »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909). · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis
« Vous reviendrez sûrement, mon cher Ballanche, mais l’année prochaine. »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909). · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe
Ils rentrent par Florence (« Ballanche les pérore en latin », note-t-elle des postillons), et elle le laisse à Lyon.
1812-1817 : Mme Récamier
Exilée de Paris, Mme Récamier vient à Lyon en 1812. Camille Jordan lui présente son ami :
« Ballanche ainsi annoncé fut présenté par Camille Jordan. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« À partir de ce jour, son âme et sa vie furent enchaînées; dès ce moment M. Ballanche appartint à Mme Récamier. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage

Mme Lenormant décrit sa laideur, suite d’une opération à la mâchoire, et ce qui la rachetait ; elle cite le médaillon de David d’Angers, « d’une ressemblance frappante ». Retenu à Lyon par son père et l’imprimerie, Ballanche ne s’installe à Paris qu’après la mort de son père (20 octobre 1816) et la cession de l’imprimerie à M. Rusand :
« Il arriva à Paris dans le courant de l’été de 1817. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Il dîne chez elle tous les jours et lui écrit presque chaque matin (Mme Lenormant, à propos des billets de 1818). Quand Chateaubriand entre dans la société de Mme Récamier, il voit avec inquiétude l’empire que prend celui qu’il nomme :
« […] l’apparition de ce roi de l’intelligence, ainsi que le qualifiait M. Ballanche dans les inquiétudes de son amitié […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Dans la version de 1839 du livre des Mémoires consacré à Mme Récamier, Chateaubriand compte parmi ses sources la notice de Ballanche sur leur amie, qu’il cite plusieurs fois :
« Ensuite Madame de Staël dans sa correspondance, Benjamin Constant dans des souvenirs les uns imprimés, les autres manuscrits, Monsieur Ballanche dans une notice […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 1. · Lire le passage
« Elle connut alors Monsieur Camille Jordan et Monsieur Ballanche, dignes de grossir le cortège des amitiés attachées à sa noble vie. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 12. · Lire le passage
Il lui emprunte aussi un mot sur la ruine de M. Récamier, que les amis de sa femme ne quittent pas :
« Ses amis lui restèrent, » et cette fois, a dit M. Ballanche, la fortune se retira seule. » […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 19. · Lire le passage
L’Abbaye-aux-Bois (1819-1847)
Mme Récamier s’installe à l’Abbaye-aux-Bois en 1819 ; Ballanche finira par loger en face (Mme Lenormant). Pendant son ministère, Chateaubriand le reçoit à dîner ; la lettre attend la prise de l’île de Léon, devant Cadix, donc l’été de 1823 :
« Ballanche a dîné chez moi hier. J’ai eu soin d’écarter toute conversation politique. Cela m’a fait grand plaisir de voir chez moi le vieil ami. »
Chateaubriand à Mme Récamier, « samedi matin » [1823], dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Le 2 novembre 1823, Mme Récamier part pour l’Italie, d’où elle ne revient qu’à la fin de mai 1825 (Mme Lenormant) :
« Le fidèle Ballanche, avec la simplicité de son absolu dévouement, partit en même temps que Mme Récamier, sans avoir même eu la pensée qu’il pût faire autrement […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Revenu de l’ambassade de Rome le 27 mai 1829, Chateaubriand rêve d’y emmener toute l’Abbaye ; Mme Lenormant :
« […] il transportait à Rome, il établissait au Capitole, dans une habitation qui l’avait charmé (le palais Caffarelli), Mme Récamier, M. Ballanche, M. Ampère, toute l’Abbaye-au-Bois. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Mme Récamier écoutait ces projets sans y croire, mais ce rêve plaisait à sa pensée, et le bon Ballanche s’y laissait bercer comme elle. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Le 27 juin 1829, à la lecture de Moïse à l’Abbaye, l’acteur Lafond lit mal ; Ballanche raconte la soirée à Mme Lenormant :
« M. de Chateaubriand a été d’une grande perfection. Il n’a point eu de mauvaise humeur de ce que ses beaux vers étaient quelquefois estropiés […] »
Ballanche à Mme Lenormant, 28 juin 1829, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Le 26 juillet 1830, Chateaubriand part rejoindre Mme Récamier à Dieppe. Le lendemain :
« Un moment après, entre mon ancien ami Ballanche, il descendait de la diligence et tenait en main les journaux. J’ouvris le Moniteur et je lus, sans en croire mes yeux, les pièces officielles. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI, chapitre 8. · Lire le passage
Chateaubriand repart aussitôt pour Paris : ce sont les ordonnances, et la révolution de Juillet.
Mme Lenormant décrit la règle des journées, telle qu’elle la vit à la fin :
« Il arrivait tous les jours chez elle à deux heures et demie; ils prenaient le thé ensemble, et passaient une heure à causer en tête à tête. À ce moment, la porte s’ouvrait aux visites : le bon Ballanche venait le premier […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« M. de Chateaubriand l’avait surnommé l’hiérophante, en le badinant sur la petite secte politique et religieuse qui le reconnaissait pour chef. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Sainte-Beuve, qui fréquente le salon, rapporte un mot de lui sur les brochures politiques de Chateaubriand, vers 1832-1833 :
« […] ne croyez-vous pas que le règne de la phrase est passé? »
Ballanche, cité par Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, 1861. · Lire le passage
Selon Sainte-Beuve, c’est aussi Ballanche, qui avait « un grand goût pour La Mennais », qui aide Chateaubriand et La Mennais à se revoir, chez Mme Récamier.
1831 : les lettres de Genève
Pendant son séjour à Genève, en 1831, Chateaubriand écrit à Ballanche. Mme Lenormant publie trois lettres ; la lettre du 12 juillet répond à l’envoi de la Vision d’Hébal :
« L’ennui, mon cher et ancien ami, produit une fièvre intermittente; tantôt il engourdit mes doigts et mes idées, et tantôt il me fait écrire, écrire comme l’abbé Trublet. »
Chateaubriand à Ballanche, Genève, 12 juillet 1831, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Malheureusement je ne suis qu’un pauvre ours maigre, et je n’ai pas de quoi faire un petit repas dans toute ma peau. »
Chateaubriand à Ballanche, 12 juillet 1831. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier
« À mon sens votre Vision d’Hébal est ce que vous avez produit de plus élevé et de plus profond. »
Chateaubriand à Ballanche, 12 juillet 1831. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier
« Mon vieil ami, je vous envie ; vous pouvez très-bien vous passer de ce monde dont je ne sais que faire. Contemporain du passé et de l’avenir, vous vous riez du présent qui m’assomme […] »
Chateaubriand à Ballanche, 12 juillet 1831. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier
Les lettres du 31 juillet et du 3 août parlent de Mme Récamier, malade, puis rétablie (« Dieu vous bénisse pour votre bonne nouvelle »). À Mme Récamier, il écrit de Genève, dans une lettre que les Mémoires reproduisent :
« Si vous m’arrivez, accompagné de mon vieil ami Ballanche, nous ferons des merveilles. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIV, chapitre 6. · Lire le passage
Une autre lettre, du 10 août 1831, est conservée dans les papiers de Mme Récamier (BnF, N.a.f. 14068 : transcription et images).
Les lectures des Mémoires et l’Académie (1834-1842)
Ballanche se présente une première fois à l’Académie française. Le 22 janvier 1835, l’élection au fauteuil d’Arnault reste sans résultat :
« La voix de M. de Chateaubriand m’a toujours suivi, et a fini par être seule. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 23 janvier 1835, dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille, 1912. · Lire le passage
Royer-Collard le rejoint au huitième et dernier tour ; l’élection est renvoyée à un mois.
Marquiset le compte parmi les auditeurs des lectures des Mémoires à l’Abbaye-aux-Bois, dès 1834. Ballanche en rend compte à Mme d’Hautefeuille, à qui il écrit plusieurs fois par semaine. De Dieppe, le 27 juillet 1835 :
« M. de Chateaubriand nous a lu de magnifiques choses. Un chant de sa traduction de Milton, qui avance, et qui sera, vous pouvez en être certaine, une véritable conquête pour la langue française. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, Dieppe, 27 juillet 1835, dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille, 1912. · Lire le passage
« Cet homme devrait bien dégoûter d’écrire ceux qui n’écrivent que pour écrire. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 27 juillet 1835. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
Et de Maintenon, chez le duc de Noailles, le 15 octobre 1836 :
« Nous avons eu deux lectures de M. de Chateaubriand qui sont ce que vous savez. Ces mémoires sont une mine inépuisable des plus belles choses. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 15 octobre 1836. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
Chateaubriand, rentré à Paris, écrit le 2 août à Mme Récamier, restée à Dieppe, que « l’hiérophante » est venu le voir la veille au soir :
« […] ne vous effrayez pas de sa tristesse. Il est fort animé de sa gloire, et se passe de vous à merveille, toute réserve faite à son attachement pour vous. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Paris, 2 août 1835, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Ni ce séjour à Dieppe en juillet 1835, ni celui de Maintenon en octobre 1836 ne figurent dans le calendrier de Mayer (1946), qui ne trouve en 1835 que Maintenon, vers le 10 août et sans certitude, et pas de Maintenon en 1836.
En juin 1839, il propose à Mme d’Hautefeuille de lire en secret la centaine de pages des Mémoires qui concernent Mme Récamier, avant la dernière révision :
« M. de Chateaubriand ne veut traduire Mme Récamier devant la postérité qu’avec son assentiment. Elle lui a ouvert ses portefeuilles. Il n’en a fait usage que sous ses yeux. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 21 juin 1839. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
« Je suis là pour ajouter aux soins de l’auteur, pour veiller aux susceptibilités de celle qui en est l’objet. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 21 juin 1839. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
C’est aussi en 1839 que Chateaubriand achève ce livre, où il écrit de lui :
« Mon inséparable camarade de route, Monsieur Ballanche, s’est trouvé seul au commencement et à la fin de ma carrière ; il a été témoin de mes liaisons rompues par le temps, comme j’ai été témoin des siennes entraînées par le Rhône. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 23. · Lire le passage

En août 1840, Ballanche se repose chez les d’Hautefeuille, à Saint-Vrain. Chateaubriand, qui ne peut plus écrire, lui dicte une lettre :
« Je me suis trop bien aperçu, mon cher et vieil ami. que vous n’êtes plus ici depuis huit jours. »
Chateaubriand à Ballanche, Paris, 7 août 1840 (dictée), dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Il me faut vivre maintenant, en enrageant, avec la goutte et les années ; ce sont deux sottes choses. »
Chateaubriand à Ballanche, 7 août 1840. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier
Le 17 février 1842, Ballanche est élu au fauteuil d’Alexandre Duval, le même jour que Pasquier :
« M. Pasquier a été nommé à la majorité de 23 voix. J’ai été nommé à celle de 17 voix. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 17 février 1842. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
Mignet lit pour lui son discours de réception ; Mme Lenormant :
« Sa réception fut la dernière séance publique où M. de Chateaubriand consentit à paraître. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Marquiset cite la fin de l’hommage que le discours rend à Chateaubriand, et dit la salle debout et Chateaubriand en larmes :
« Ainsi ce nom destiné à survivre à tant de noms, ce nom qu’en vain je voulais taire, doit emporter le mien sur ses ailes. »
Ballanche, discours de réception à l’Académie française, 1842, cité par Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille, 1912. · Lire le passage
1847 : la mort de Céleste, puis de Ballanche
Céleste meurt le 9 février 1847. Le 12, Ballanche écrit à Mme d’Hautefeuille, au retour de l’inhumation dans la chapelle de l’Infirmerie de Marie-Thérèse, à laquelle il a assisté :
« J’ai eu un instant l’espérance de recueillir M. de Chateaubriand dans la maison même où je demeure, M. de Chateaubriand l’eût désiré, ainsi que Mme Récamier. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 12 février 1847. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
« Mme de Chateaubriand me disait, il y a si peu de jours : nous ne voyagerons plus ensemble; et lui me disait aussi il y a fort peu de jours : j’ai passé toute ma matinée à refaire les voyages que j’ai faits avec mon plus ancien ami. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 12 février 1847. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
Le projet n’aboutit pas : Chateaubriand reste rue du Bac. Les amis s’y retrouvent chaque matin :
« Nous passons toutes nos matinées chez M. de Chateaubriand. Nous lisons à huis clos les Mémoires. C’est Mme Récamier qui a imaginé cette lecture, afin de donner de l’intérêt à la solitude de M. de Chateaubriand. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 1847. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
Le 22 avril, Chateaubriand va voter à l’Académie pour Jean-Jacques Ampère :
« M. de Chateaubriand grimpant un vrai escalier de casse-cou pour apporter son vote. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 26 avril 1847. · Lire le passage
« M. de Chateaubriand vient, à présent, tous les jours chez Mme Récamier. Cette reprise de si anciennes habitudes est plus touchante que je ne puis le dire. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 26 avril 1847. · Lire le passage dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc
L’opération de la cataracte ne rend pas la vue à Mme Récamier. Ballanche tombe malade au début de juin ; de son lit, il voit passer la procession de la Fête-Dieu dans la cour de l’Abbaye (Mme Lenormant). Il meurt le samedi 12 juin, vers trois heures, d’après les notes de Mme d’Hautefeuille que cite Marquiset (au dos de la dernière lettre, elle écrit pourtant « le vendredi suivant 12 juin »).
« La dépouille mortelle de cet incomparable ami reçut, dans le tombeau de famille de Mme Récamier, la suprême hospitalité ; il y repose auprès de celle qu’il a tant aimée. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Alfred de Vigny, qui suit le convoi, l’écrit à sa petite-cousine, la vicomtesse du Plessis, dans une lettre que cite Biré :
« […] je suivais ce pauvre Ballanche qui fut son Pylade […] »
Alfred de Vigny à la vicomtesse du Plessis, cité par Edmond Biré, note aux Mémoires, t. I. · Lire le passage
Un an plus tard, au lendemain de la mort de Chateaubriand (4 juillet 1848), l’abbé Deguerry écrit au Journal des Débats :
« La mort de M. Ballanche, qui ne suivit que de trop près, fut le dernier coup pour son illustre et ancien ami. »
L’abbé Deguerry, lettre au Journal des Débats, 4 juillet 1848, citée par Biré. · Lire le passage
Sainte-Beuve le conteste, dans les notes de son livre :
« Dans cette même lettre de l’abbé D…, il est dit que la mort de sa femme fut pour M. de Chateaubriand un coup mortel, et que la mort de M. Ballanche l’acheva. Ce sont deux contrevérités. »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, 1861. · Lire le passage
Mme Récamier survit deux ans. Mme Lenormant :
« Mme Récamier parlait souvent de M. Ballanche et ne séparait jamais son souvenir de celui de M. de Chateaubriand. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XIV, XV, XVII, XVIII, XXVIII, XXXI, XXXIV et « Madame Récamier » (version de 1839)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I et II (lettres de Chateaubriand à Ballanche, 1831 et 1840) (lire sur le site · Project Gutenberg)
Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille : lettres inédites, Paris, Champion, 1912 (lire sur le site · Internet Archive)
Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. J. Ladreit de Lacharrière, 1909 (texte de Céleste) (lire en ligne)
Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896 (lettre sur la Fête-Dieu, lettre à Migneret du 8 juin 1803, lettre de Céleste du 26 juillet 1806) (lire sur le site · Internet Archive)
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)
Gilbert Mayer, Calendrier des déplacements de Chateaubriand à partir de son retour d’exil, 1946








