Fils du physicien André-Marie Ampère, historien de la littérature, professeur au Collège de France, grand voyageur. Amené à l’Abbaye-aux-Bois par Ballanche le 1er janvier 1820, il aime Mme Récamier toute sa vie ; elle le fait connaître à Chateaubriand en 1825. Lecteur des Mémoires à l’Abbaye, désigné par le testament de 1837 pour en surveiller l’impression, il est le « jeune ami » de ses vieux jours, qui se démène pour lui faire obtenir le prix Gobert en 1840 et monte un escalier « casse-cou » pour voter son entrée à l’Académie française en 1847. Le 19 juillet 1848, il parle au nom de l’Académie sur la tombe du Grand-Bé.
En bref
| Naissance | 12 août 1800, à Lyon (Wikidata) ; « né en août 1800 » (Mme Lenormant, 1874). |
|---|---|
| Mort | 27 mars 1864, à Pau, chez ses amis Cheuvreux, d’une « mort soudaine », une semaine après avoir écrit ses dernières volontés (Mme Lenormant, 1874 ; date et lieu d’après Wikidata). |
| Sépulture | Cimetière de Montmartre (Wikidata), dans la même tombe que son père, André-Marie Ampère (photographie de 2026). |
| Divergence | Première visite à l’Abbaye-aux-Bois : le 1er janvier 1820 selon Mme Lenormant en 1874, d’après une lettre d’Ampère du 27 décembre 1829 (« voilà tout juste dix ans ») ; en 1859, elle la plaçait environ un an après l’installation de Mme Récamier à l’Abbaye (1819), quand il « avait alors vingt-et-un ans ». Mort de Chateaubriand : Le Goffic (1902) met Ampère dans la chambre ; Mme Lenormant (1859) n’y compte que quatre personnes, le comte Louis de Chateaubriand, l’abbé Deguerry, une sœur de charité et Mme Récamier. |
| Lien | Le plus jeune des amis de l’Abbaye-aux-Bois, « comme un fils ou comme un frère » pour Mme Récamier (Mme Lenormant) ; pour Chateaubriand, « mes généreux et savants jeunes amis » (Mémoires, livre XXXV, chapitre 7), le lecteur de ses Mémoires, puis celui qui « veut bien me remplacer quand j’aurai disparu » (version de 1839 du livre sur Mme Récamier). |
| Première rencontre | 1825, chez Mme Récamier, qui le présente à Chateaubriand à son retour d’Italie (Mme Lenormant, 1874). |
| Opinions | Libéral, ami de Carrel, de Thiers et de Mignet en 1830, républicain en 1848 : Chateaubriand ne lui retire jamais sa bienveillance (Mme Lenormant). |
| Rencontres | Dieppe, juillet 1830 (les ordonnances) ; Paris, juin 1832 (visite chez le préfet Gisquet) ; lectures des Mémoires à l’Abbaye-aux-Bois (1833-1834 et suivantes) ; Dieppe (1835) et Maintenon (1836) auprès de Mme Récamier ; rue du Bac, dernières lectures de 1847. |
| Correspondance | 50 lettres dans la Correspondance (10 écrites, 40 reçues). Lettres de Chateaubriand à Ampère : Genève, 18 juillet 1831 ; Chantilly, 4 novembre 1837 ; Lyon, 1er août 1838 ; Paris, 24 janvier 1839 ; 1er septembre 1841 ; Bourbonne, 17 juillet 1843 (les cinq dernières en copie, Papiers de Mme Récamier, XVIII). |
| Dans les Mémoires | Ses chants de Bohême (livre XXXVII, chapitre 11), ses « Portraits de Rome » (livre XXIX, chapitre 7), son voyage en Égypte (livre XLIII, chapitre 9), ses vers sur la lagune de Venise (texte retranché de 1833). |
| Académies | Prix Gobert de l’Académie des inscriptions (août 1840), dont il devient membre en 1842 ; Académie française, élu le 22 avril 1847 au fauteuil d’Alexandre Guiraud. |
| Funérailles | 8 juillet 1848, aux Missions étrangères, en habit de l’Institut (Hugo) ; il accompagne le corps à Saint-Malo et parle au nom de l’Académie, dont il est chancelier, au Grand-Bé, le 19 juillet 1848. |
| Dans les Mémoires | 6 mentions (relevé automatique) : livres XXIX (7) ; XXXV (7) ; XXXVII (11) ; XLIII (9) ; livre « Madame Récamier ». |
| Référence | Wikidata Q380824 |
Sa vie
Jean-Jacques Ampère (1800-1864), fils du physicien André-Marie Ampère, historien de la littérature, professeur au Collège de France, grand voyageur (Allemagne et Scandinavie, Grèce, Égypte, Amérique), membre de l’Académie des inscriptions (1842) et de l’Académie française (1847). Amené à l’Abbaye-aux-Bois par Ballanche le 1er janvier 1820, il aime Juliette Récamier toute sa vie ; elle le traite « comme un fils ou comme un frère » (Mme Lenormant).
Avec Chateaubriand
Mme Récamier le présente à Chateaubriand en 1825. Il lit les Mémoires aux séances de l’Abbaye-aux-Bois (1834), le testament de 1837 le charge d’en surveiller l’impression, et Chateaubriand écrit pour lui à trois académiciens avant le prix Gobert (1840), puis vient voter pour lui à l’Académie française (1847). C’est par lui que la nouvelle de sa mort parvient à l’Académie, le 4 juillet 1848 ; il porte l’habit de l’Institut aux obsèques et parle au nom de l’Académie au Grand-Bé, le 19 juillet.
L’Abbaye-aux-Bois et Mme Récamier (1820-1825)
Fils unique du premier mariage du physicien André-Marie Ampère, il perd sa mère enfant et grandit à Paris auprès de son père et de sa tante (Mme Lenormant). Le physicien est l’ami lyonnais le plus ancien de Ballanche, qui amène le père et le fils chez Mme Récamier, retirée depuis peu à l’Abbaye-aux-Bois :
« Le 1er janvier 1820, le jeune Ampère fut mené par Ballanche chez Mme Récamier. »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
Dix ans plus tard, d’Hyères, où il soigne son père, il le lui rappelle :
« Voilà tout juste dix ans de cela, toute ma jeunesse s’est passée entre ce moment et celui où je vous écris […] »
J.-J. Ampère à Mme Récamier, Hyères, 27 décembre 1829, dans Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
Mme Lenormant, en 1859, situait la présentation plus tard :
« M. J.-J. Ampère avait alors vingt-et-un ans, puisqu’il est de l’âge du siècle […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Mme Lenormant cite Sainte-Beuve sur l’aveu qui suit un été passé près d’elle à la Vallée-aux-Loups : Mme Récamier, croyant le jeune homme épris de sa nièce, lui en parle, et
« Ampère à ce mot n’y tint pas, et tout d’un coup éclatant avec trouble et avec sanglots […] »
Sainte-Beuve, cité dans Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
« Ah ! ce n’est pas pour elle » : l’aveu est fait, et il n’y revient pas (Sainte-Beuve). En 1823, quand Mme Récamier, blessée par Chateaubriand ministre, part pour l’Italie (2 novembre), il est du voyage avec Ballanche :
« […] le jeune Ampère, ayant fait comprendre à son père l’importance d’un tel voyage pour ses études, obtint l’autorisation de se joindre à la petite caravane. »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
André Beaunier, d’après une lettre que publie Herriot, le dit jaloux de Chateaubriand ; Ampère écrivait alors à Mme Récamier :
« Vous souffrez! vous souffrez par un autre! »
J.-J. Ampère à Mme Récamier, 1823, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
Rappelé par son père, il rentre seul à Paris à la fin de novembre 1824 (Mme Lenormant). Mme Récamier revient à la fin de mai 1825 ; Chateaubriand est tombé du ministère :
« […] qui le prit tout de suite à gré, et d’année en année s’attacha davantage à ce jeune homme dont le mouvement d’esprit […] »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
La phrase commence : « Ce fut en 1825 que Mme Récamier fit connaître J.-J. Ampère à M. de Chateaubriand ». En 1829, revenu de Rome, Chateaubriand rêve d’y installer toute l’Abbaye :
« Mme Récamier, M. Ballanche, M. Ampère, toute l’Abbaye-au-Bois. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
1830-1832 : un jeune libéral
Le 27 juillet 1830, à Dieppe, Chateaubriand lit les ordonnances dans le Moniteur que lui apporte Ballanche (Mémoires, livre XXXI, chapitre 8). Ampère est là ; dans son discours de 1848, au Grand-Bé, il s’en souvient :
« […] je le vois, sublime de colère, en face de cette mer qui nous écoute, tandis qu’un magnifique soleil couchant qu’il ne pouvait, même dans ce moment, s’empêcher de contempler en poète […] »
J.-J. Ampère, discours aux funérailles, Saint-Malo, 19 juillet 1848, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
Chateaubriand repart aussitôt ; Mme Récamier le suit le 30, et traverse Paris à pied :
« […] avec sa femme de chambre et M. Ampère, toute la distance qui sépare La Chapelle-Saint-Denis de l’Abbaye-au-Bois. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
La révolution les sépare d’opinion sans les brouiller :
« M. Ampère, ami de Carrel, lié avec MM. Thiers et Mignet, avait adopté sans restriction les tendances réputées alors les plus libérales […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« […] la bienveillance qu’il daignait montrer à M. et à Mme Lenormant et à M. Ampère ne fut, je ne dirai pas moindre, mais attiédie. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
En 1831, Chateaubriand s’est retiré à Genève. Ampère lui écrit au nom de ses amis (Biré) :
« […] au nom de ses amis comme au sien, lui écrivait pour le supplier de ne pas abandonner plus longtemps son pays […] »
Edmond Biré, appendice aux Mémoires, t. V. · Lire le passage
Chateaubriand répond qu’il serait trop fier d’être choisi par cette « jeunesse française » :
« […] pour être, non pas son guide et son chef, mais son vieil ami. Mais, Monsieur, l’âge des illusions est passé pour moi ; je sens que mon rôle est fini, ma carrière achevée. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, Genève, 18 juillet 1831, publié par Biré. · Lire le passage
« A votre âge, monsieur, il faut soigner sa vie ; au mien, il faut soigner sa mort. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, 18 juillet 1831. · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe
La lettre finit sur la promesse de rentrer si la guerre éclate, « pour partager le sort de ma patrie ». En juin 1832, arrêté et gardé chez le préfet de police, Chateaubriand reçoit ses visites :
« M. Dubois, M. Ampère, M. Lenormant, mes généreux et savants jeunes amis, ne m’oublièrent pas […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 7. · Lire le passage
1833-1836 : Bohême, Venise, Rome, et les lectures des Mémoires
Ampère a fait connaître en France la poésie populaire tchèque (« Poésies nationales de la Bohême », Le Globe, 1828, selon Biré). À Prague, en 1833, Chateaubriand le cite :
« Un jeune homme que je me plais à citer, fils d’un savant illustre, M. Ampère, a fait connaître l’esprit de ces chants. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVII, chapitre 11. · Lire le passage
À Venise, en septembre, sur la lagune à marée basse, il recopie des vers d’Ampère dans un chapitre qu’il retranchera des Mémoires :
« Je suis heureux de croiser encore la route de ce même jeune homme qui, poète français en Italie, littérateur slave en Bohême, marche vers l’avenir, quand je retourne au passé. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, textes retranchés, « Sur Venise », chapitre 17 (Venise, septembre 1833).
Ampère, lui, est à Florence (lettre du 21 septembre 1833). Le 1er décembre, Mme Récamier lui écrit que les lectures des Mémoires ont repris à l’Abbaye :
« Vous savés que les lectures ont recommencé, jugez si elles nous font penser à vous ! »
Mme Récamier à J.-J. Ampère, 1er décembre [1833], Papiers de Mme Récamier, XX (BnF). · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Madame Récamier
Il y tient le rôle du lecteur. Biré, décrivant la lecture de février 1834 :
« Il le remettait à l’un de ses jeunes amis, Ampère ou Lenormant, chargé de lire pour lui […] »
Edmond Biré, introduction aux Mémoires, t. I.
Chateaubriand le remercie en 1839 de sa « belle voix », « trop prêtée à mes rhapsodies » (voir plus bas). Sainte-Beuve a noté une conversation chez Mme Récamier, sans la dater, au retour d’Ampère de Rome :
« Ampère revenait de Rome; il n’avait pas encore vu M. de Chateaubriand. »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861, note non datée. · Lire le passage
« M. de Chateaubriand se rappelait tout, il racontait ses promenades dans ces plaines austères dont il sait chaque butte, chaque repli […] »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861, note non datée. · Lire le passage
Les deux articles d’Ampère, « Portraits de Rome à différents âges » (Revue des Deux Mondes, 1er et 15 juillet 1835), reçoivent une note des Mémoires, datée de 1837 :
« Ces curieux documents compléteront un tableau dont on ne voit ici qu’une esquisse. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 7. · Lire le passage
À l’été de 1835, à Dieppe, Chateaubriand lit aux amis des pages des Mémoires et de Milton ; il repart le 25 juillet, et Ballanche écrit :
« Mme Récamier prolonge son séjour. Elle reste avec Ampère et M. de Noailles. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, Dieppe, 27 juillet 1835, dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille, 1912. · Lire le passage
André-Marie Ampère meurt à Marseille en 1836 (note de Mme Lenormant) ; Ballanche, le 6 juillet, note que le fils « s’occupe beaucoup de la mémoire de son père ». Le 8 août, Chateaubriand écrit à Mme Récamier, partie en Normandie :
« Je ne sais si je verrai vos amis, et s’ils sont à Paris; hors M. Ampère, je ne me soucie de voir personne. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Paris, 8 août 1836, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
En octobre, Ampère et Ballanche arrivent les premiers à Maintenon, chez le duc de Noailles, où Chateaubriand vient lire deux fois ses Mémoires :
« Ampère et moi nous sommes arrivés à Maintenon mardi matin. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 15 octobre 1836, dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille, 1912. · Lire le passage
1837 : le testament et Chantilly
Malade, Chateaubriand écrit le 12 juin 1837, rue d’Enfer, un testament olographe que publie le comte d’Antioche :
« Je nomme pour commissaires ou surveillants à l’impression de mes Mémoires, M. Ampère et Hyacinthe Vitorge […] »
Chateaubriand, testament olographe du 12 juin 1837, publié par le comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912. · Lire le passage
« Vitorge » est la lecture de d’Antioche pour Pilorge, le secrétaire. Ils s’opposeront « à tout changement du texte ». Pour la division des derniers livres, le testament s’en remet à Ampère :
« M. Ampère la règlera comme il voudra et coupera le texte, comme il lui semblera meilleur de le faire pour le repos de l’auteur. »
Chateaubriand, testament olographe du 12 juin 1837, publié par le comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912. · Lire le passage
« Je prie M. Ampère d’accepter en mémoire de moi le dessin original du château de Combourg qui est dans ma chambre à coucher et une vue de mon tombeau dans l’isle du Grand Bey (sic). »
Chateaubriand, testament olographe du 12 juin 1837, publié par le comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912. · Lire le passage
En novembre, Chateaubriand travaille à ses Mémoires à Chantilly. Ampère lui a donné des nouvelles de Mme Récamier ; il répond :

« J’ai avancé mon travail dans cette triste forêt, il faut que je me dépêche, il m’en coûtera cependant beaucoup de donner cette partie de mes mémoires pour vivre si j’y suis forcé. Je vous les recommande Monsieur, ils sont à vous, vous y êtes et vous y serez encore davantage. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, Chantilly, 4 novembre 1837, copie des Papiers de Mme Récamier, XVIII, Lettres adressées à Jean-Jacques Ampère (BnF).
« Votre nom ira à l’avenir où votre père l’a déjà placé. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, 4 novembre 1837.
La copie ouvre un cahier où un copiste a transcrit les lettres de Chateaubriand à Ampère ; Herriot (Madame Récamier et ses amis) donne la lettre pour inédite.
1838-1843 : les lettres
En juillet 1838, pendant son voyage dans le Midi, Chateaubriand s’arrête à Marseille sur la tombe d’André-Marie Ampère. À Mme Récamier, de Cannes, le 28 juillet :
« Je vous conterai ce que j’ai fait à Marseille au tombeau du père de notre jeune ami […] »
Chateaubriand à Mme Récamier, Cannes, 28 juillet 1838, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
À Ampère, de Lyon, le 1er août :
« J’avais déjà quitté une tombe qui vous intéresse et à laquelle j’ai laissé une croix ; j’espère que vous ne m’en voudrez pas. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, Lyon, 1er août 1838, copie des Papiers de Mme Récamier, XVIII, Lettres adressées à Jean-Jacques Ampère (BnF).
L’hiver suivant, Ampère est à Rome, pour sa santé :
« Je vous recommande mes promenades favorites, surtout les vallées sauvages, plantées de grands ormeaux derrière Monte Mario, à la descente de la villa Madama […] »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, Paris, 24 janvier 1839, copie des Papiers de Mme Récamier, XVIII, Lettres adressées à Jean-Jacques Ampère (BnF).
« Ménagez vous bien ; revenez nous avec votre belle voix que vous avez trop prêtée à mes rhapsodies. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, 24 janvier 1839.
La même année, Chateaubriand achève le livre de ses Mémoires consacré à Mme Récamier ; il y désigne Ampère comme celui qui relira ses épreuves :
« Je les prie, je prie Monsieur Ampère, qui veut bien me remplacer quand j’aurai disparu et qui lira ceci en revoyant mes épreuves, je leur demande à tous de me conserver quelque souvenir […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 23.
L’édition originale (1849-1850), que suit Biré, dit seulement :
« […] je prie M. Ampère, qui lira ceci quand j’aurai disparu […] »
Mémoires d’outre-tombe, texte de l’édition de 1849-1850, éd. Biré, t. IV. · Lire le passage
En août 1840, Ampère est candidat au prix Gobert de l’Académie des inscriptions pour son Histoire littéraire de la France avant le XIIe siècle (« avant le XIIIe siècle », dit une note de Mme Lenormant en 1859). Chateaubriand, qui ne peut plus écrire de sa main, dicte à Ballanche :
« C’est aujourd’hui que se décide l’affaire de M. Ampère […] »
Chateaubriand à Ballanche, Paris, 7 août 1840 (dictée), dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« J’ai écrit à trois académiciens; je tremble et j’espère. »
Chateaubriand à Ballanche, 7 août 1840. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier
« Hier M. Ampère a eu un bon commencement de succès. Nous espérons réussite complète pour vendredi prochain. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Paris, 8 août 1840, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Je ne suis occupé ici que de M. Ampère ; le pauvre jeune homme en est aux épreuves […] »
Chateaubriand à Mme Récamier, jeudi 13 août 1840, lettre publiée par Maurice Levaillant, « Les lettres de Chateaubriand à Madame Récamier », La Revue, n° 13.
Le 19, il écrit à Pardessus, sur le compte duquel « on l’a un peu alarmé » ; le 24 :
« Vous savez le succès de M. Ampère. J’en suis enchanté. »
Chateaubriand à Mme Récamier, 24 août 1840, lettre publiée par Maurice Levaillant, « Les lettres de Chateaubriand à Madame Récamier », La Revue, n° 13.
Selon Mme Lenormant (1874), le même livre obtient le prix deux années de suite. En 1841, Ampère part pour la Grèce et l’Orient avec Mérimée et Charles Lenormant ; Chateaubriand lui écrit à l’adresse de ses souvenirs de 1806 :
« Faites bien mes adieux au mont Hymète où j’ai laissé des Abeilles, au cap Sunium où j’ai entendu des grillons, et au Pirée où la vague venait mourir à mes pieds dans le tombeau de Thémistocles. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, 1er septembre 1841, copie des Papiers de Mme Récamier, XVIII, Lettres adressées à Jean-Jacques Ampère (BnF). · Lire le passage dans André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand
« Permettez moi Monsieur de vous embrasser en vous léguant mon bâton de pélerin comme Gautier sans avoir, le compagnon de Pierre l’Hermite. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, 1er septembre 1841.
En 1842, Ampère entre à l’Académie des inscriptions (Mme Lenormant). En juillet 1843, Chateaubriand prend les eaux à Bourbonne ; à Mme Récamier, le 6 :
« Ballanche le philosophe n’a besoin que de lui, mais je tiens à M. Lenormant et à M. Ampère par ma faiblesse. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Bourbonne, 6 juillet [1843], dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Ampère lui écrit, Chateaubriand lui répond le 17 juillet par une lettre dictée, signée de sa main :
« Vous êtes un flatteur, Monsieur, heureusement que vous ne parlez que de ma jeunesse dont je ne me soucie plus. »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, Bourbonne, 17 juillet 1843, copie des Papiers de Mme Récamier, XVIII, Lettres adressées à Jean-Jacques Ampère (BnF).
« J’espère bientôt partir pour la Chine avec vous. Nous emmènerons Mme Récamier et les Mandarin ès lettres le grand Ballanche […] »
Chateaubriand à J.-J. Ampère, 17 juillet 1843.
Et à Mme Récamier, le 19 :
« J’étais bien sur que c’était vous qui aviez poussé M. Ampère, et je vous en remercie. »
Chateaubriand à Mme Récamier, 19 juillet 1843, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
1844-1847 : l’Égypte et l’Académie française
En 1844, Ampère part pour l’Égypte. Du Caire, le 19 décembre, il écrit à Mme Récamier :
« J’ai déjà vu sur le Nil quelques-uns des oiseaux de M. de Chateaubriand et je lui en écrirai quand je les aurai vus parmi les ruines. »
J.-J. Ampère à Mme Récamier, Le Caire, 19 décembre 1844, dans Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
Chateaubriand ajoute une note à la conclusion des Mémoires :
« […] a préservé la grammaire des obélisques que M. Ampère est allé étudier aujourd’hui sur les ruines de Thèbes et de Memphis. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage
Ampère en revient très malade et reste plus d’un an dans un état alarmant (Mme Lenormant). Le fauteuil d’Alexandre Guiraud est vacant à l’Académie française :
« […] il fut nommé le 22 avril, au deuxième tour, par 20 voix contre 16 à Vatout, sur 38 votants. »
Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille, 1912. · Lire le passage
Chateaubriand, qui ne marche plus guère, est venu voter :
« M. de Chateaubriand grimpant un vrai escalier de casse-cou pour apporter son vote. »
Ballanche à Mme d’Hautefeuille, 26 avril 1847, dans Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille, 1912. · Lire le passage
Ballanche meurt le 12 juin. Ampère écrit son discours de réception dans le salon assombri de l’Abbaye :
« De concert avec M. et Mme Lenormant, il aidait Mme Récamier à distraire l’ennui de M. de Chateaubriand, et il y parvenait par son aimable entrain, et ses enthousiasmes républicains. »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
Rue du Bac, dans les derniers mois, Chateaubriand ne reçoit plus que quatre ou cinq personnes, dont Mme Récamier, la comtesse Caffarelli, Ampère, le duc de Noailles et Loménie (Beaunier).
Juillet 1848 : la mort, Paris, Saint-Malo
Chateaubriand meurt le 4 juillet 1848. Hugo :
« La nouvelle parvint par M. Ampère à l’Académie, qui décida qu’elle ne tiendrait pas de séance. »
Victor Hugo, Choses vues, 1848.
Aux obsèques, le 8 juillet, aux Missions étrangères :
« […] quelques centaines de personnes ; Cousin en noir. Ampère avec l’habit de l’Institut, Villemain avec la plaque […] »
Victor Hugo, Choses vues, 1848.
Il accompagne le corps en Bretagne :
« Quand ces restes précieux furent acheminés vers la Bretagne, Ampère se fit un pieux devoir de les accompagner […] »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
Chancelier de l’Académie française, il a demandé à parler en son nom ; Villemain, secrétaire perpétuel, lui écrit à Saint-Malo :
« […] elle vous charge donc de parler en son nom, et comme son chancelier et comme un de ses plus dignes organes, et comme ayant obtenu l’amitié du grand écrivain dont elle s’est tant honorée. »
Villemain à J.-J. Ampère, 15 juillet 1848, dans Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
Le 19 juillet, Chateaubriand est enterré au Grand-Bé :
« Ampère prononça en effet, au milieu de l’imposante cérémonie, quelques paroles empreintes d’une profonde émotion […] »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage
Le discours est imprimé dans Le Grand-Bé, hommage de la Bretagne à M. le vicomte de Chateaubriand (Saint-Malo, 1864, d’après Beaunier) ; Pailhès le date par erreur du 19 juillet 1849. C’est celui où Ampère se souvient de Dieppe (voir plus haut).
Après 1848
Le testament de 1837 ne fut pas le dernier : celui du 17 mars 1847 nomme exécuteurs testamentaires le comte Louis de Chateaubriand et Mandaroux-Vertamy (d’Antioche, dont le texte imprimé finit pourtant sur « le dix-sept mars mil huit cent quarante-cinq »). En 1850, c’est Charles Lenormant qui suit l’impression des Mémoires ; le comte Louis lui soumet une note des « exécuteurs testamentaires » contre la « Post-face » de Daniélo, et ajoute :
« Quant à Mr Ampère, vous connaissez, Monsieur, mieux que nous ses intentions. Ainsi vous voudrez bien décider aussi si vous voulez mettre, ou non, sa signature. »
Le comte Louis de Chateaubriand à Charles Lenormant, Lonné, 18 novembre 1850, Papiers de Mme Récamier, XXIII (BnF).
Mme Récamier meurt le 11 mai 1849. Ampère voyage ensuite en Espagne, en Amérique, séjourne souvent à Rome et y écrit son Histoire romaine à Rome ; il meurt à Pau le 27 mars 1864 :
« Une semaine seulement après, une mort soudaine, qui ne lui a pas même laissé le temps de prononcer un adieu […] »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois ». · Lire le passage

Il repose au cimetière de Montmartre, sous les médaillons de son père et de lui.
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XXIX, XXXV, XXXVII et XLIII ; livre « Madame Récamier » (version de 1839) ; textes retranchés, « Sur Venise »
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874, « Jean-Jacques Ampère et l’Abbaye-au-Bois » (lire sur le site · Internet Archive)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I et II (lettres de Chateaubriand de 1836, 1838, 1840 et 1843) (lire sur le site · Project Gutenberg)
Papiers de Mme Récamier, XVIII, Lettres adressées à Jean-Jacques Ampère (BnF, Manuscrits), copies des lettres de Chateaubriand (1837-1843) (lire en ligne)
Papiers de Mme Récamier, XX et XXIII (BnF, Manuscrits) : lettre de Mme Récamier à Ampère (1833), lettre du comte Louis de Chateaubriand (1850)
Comte d’Antioche, Chateaubriand ambassadeur à Londres, 1912 (testaments de 1837 et de 1847)
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)
Alfred Marquiset, Ballanche et Mme d’Hautefeuille : lettres inédites, Paris, Champion, 1912 (lire sur le site · Internet Archive)
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861
Maurice Levaillant, « Les lettres de Chateaubriand à Madame Récamier », La Revue, n° 13 (lettres de 1840 seulement ; faits et lettres, pas son texte)
André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910 (discours d’Ampère de 1848, lettre de 1823)
Victor Hugo, Choses vues, « Mort de Chateaubriand » (lire en ligne)
Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1902 (lire en ligne)

