Chapitre IX (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 18 décembre 40
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
18 décembre 40.
J'ai eu le plaisir de voir, hier, M. d'Hautefeuille. Il m'a appris que M. de Sivry ne vous avait pas donné un remplaçant. Je l'avais vu sûr de son affaire, et je ne m'étais inquiété de rien à cet égard. Aujourd'hui même, j'en parlerai à M. Lenormant.
Ma candidature à l'Académie prend une très bonne tournure. Ceci m'arrange assez, parce que je n'étais nullement disposé à la lutte. S'il avait fallu disputer le terrain, je ne l'aurais certainement pas fait1.
(1) Ballanche s'effaça devant Victor Hugo qui fut nommé, le 7 janvier 1841, par 17 voix sur 32 votants. ↩
Mme Récamier, qui est fort souffrante en ce moment, a voulu que ma candidature réussît, et elle s'y est mise sérieusement. Elle a bien compris que cette fois était la dernière, et qu'il fallait, par une sorte de convenance, que je fusse de l'Académie. Cette convenance frappe beaucoup de personnes et ne m'émeut pas beaucoup.
Je lui ai communiqué votre lettre à cause de ce que vous me dites du petit livre.
Je regrette beaucoup M. de Sivry, entre autres choses, pour le travail de la correction de vos épreuves. Malheureusement, je ne puis yous être bon à rien. Une circonstance vient de me révéler ma parfaite incapacité pour le moment. J'avais un empressement très grand à lire le nouvel ouvrage de M. de Lamennais. Je n'ai pu me tirer encore du premier volume1. A la lettre, je n'y comprends rien. Vous savez que, déjà, j'ai été obligé de suspendre la Théodicée de l'histoire. Comment ferai-je l'éloge de M. de Bonald ? J'espère pourtant que je n'aurai pas le chagrin de ne pouvoir pas faire une introduction pour Jehanne.
(1) L'écrivain fait sans doute allusion aux Questions politiques et philosophiques, qui parurent en 2 vol. in-16, i la fin d'août 1840. ↩
En vérité, c'est une chose bien singulière qu'il m'ait été donné, au milieu de cette incapacité, de faire et de compléter la plus grande découverte du siècle. Je me souviens qu'autrefois j'ai écrit l'Homme sans nom avec une telle abolition de la mémoire, que j'avais absolument perdu jusqu'au sens de l'orthographe.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.