Chapitre X (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 26 septembre 41
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
26 septembre 41.
J'ai entre les mains un placard en triple expédition, avec le manuscrit qui y correspond.
Avez-vous quelque chose d'arrangé pour le service des épreuves ?
Votre bureau de poste d'Arpajon a-t-il conservé l'autorisation que vous aviez de M. Conte?
M. Pasquier est mort, et c'est par lui que nous avions obtenu cette autorisation1.
(1) Pasquier (Étienne-Auguste), directeur général des tabacs, mourut le 9 septembre. Il était le grand-père du duc d'Audiffret-Pasquier, membre de l'Académie française. ↩
Demain, j'aurai lu le premier placard ; je vous le renverrai avec mes remarques.
Il faut bien que je vous explique comment mon premier jugement a été si injuste.
J'ai trouvé le rouleau en rentrant pour me coucher. Je l'ai lu dans mon lit. J'étais peut-être un peu fatigué, et je deviens très difficile pour lire l'écriture. C'est ce qui fait qu'à une seconde lecture, j'ai mieux lu, et d'une manière plus posée. Enfin, il y a eu de l'ébouriffement.
Si je ne parle plus d'aller à Saint-Vrain, ce n'est pas l'envie qui me manque. Mais savez-vous l'isolement où nous sommes ? M. David est plongé dans une sorte de stupeur depuis la mort de son ami. Le soir, Mme Récamier et moi nous faisons ce que nous pouvons, sans trop réussir. Mme Lenormant a été obligée d'aller passer quelques jours en Normandie. Mme Récamier est obligée de s'abstenir de lire assez habituellement, et même assez souvent de parler. Moi, je me porte bien, mais ma voix est aussi un peu éclopée. Somme toute, nous sommes trois, plus ou moins blessés. M. de Chateaubriand vient toujours le matin. Mais, le plus souvent, nous sommes seuls. Que voulez-vous ? Tout le ménage de l'Abbaye est désorganisé. Nous sommes allés jeudi à Bièvre, chez le docteur Récamier. M. de Chateaubriand a été une journée où il ne savait que devenir, car lui aussi n'a que l'Abbaye. Nos voyageurs nous font une sorte d'exil. Et la mort de M. Pasquier est venue ajouter le deuil à l'exil. Ceci ne durera pas. Mais ce qui durera, c'est l'âge où nous sommes, c'est la tristesse de la situation générale qui constitue une fin de choses.
J'ai été fort content de votre jeune homme, qui dit des merveilles de son élève, ce qui me comble de joie. Écrivez-moi, je vous prie, bien correctement son nom, afin que je puisse parler de lui en le nommant.
Je ne doute point qu'un jour la force de la vapeur ne soit remplacée par celle que je crois pouvoir lui substituer. Mais je vois que ce sera plus long que je ne croyais. J'ai suspendu, parce que je m'étais fixé une limite que je ne veux pas dépasser. J'espère trouver quelqu'un qui poursuivra à ses frais; voilà pourquoi j'ai conservé mon atelier.
Mille respectueuses tendresses.
Hébal.