Chapitre XIII
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 14 août 45
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
14 août 45.
Il faut que je vous instruise de tout.
M. le duc de Noailles était hier à Paris.
Voici ce dont on est convenu :
Mme Récamier, M. Brifaut, partent lundi prochain pour Maintenon1.
(1) Charles Brifaut, né en 1781, était membre de l'Académie française. Poete, auteur dramatique et publiciste, deux de ses tragédies, Jeanne Gray et Ninus II, obtinrent un joli succès. Il avait été présenté à l'Abbaye-aux-Bois vers 1834. ↩
On a écrit à Ampère qui fera ses adieux à Mouchy, et viendra à Paris pour se réunir à la caravane.
M. de Chateaubriand part également pour Maintenon, le lendemain du premier départ.
Alors Ampère, s'il n'a pas su se rallier, sera recueilli par M. de Chateaubriand.
Je reste en disponibilité pour Saint-Vrain.
Je vous dirai que ce voyage de toute l'Abbaye m'inquiète fort, et m'attriste.
Mme Récamier est loin d'être dans un état de santé rassurant. Cependant, c'est d'elle dont je suis moins inquiet au fond. Il est possible que le changement d'air et la distraction lui fassent du bien. Sa santé est trop souvent troublée par la souffrance; la souffrance est quelquefois très vive, très opiniâtre, mais ce n'est que de la souffrance. Et, cette fois, on peut espérer que le déplacement lui fera du bien, pourvu toutefois qu'il fasse beau, ou moins mauvais temps.
Je crains qu'il n'en soit pas de même pour M. Brifaut et pour Ampère, qui, à cause de cela, sont de tristes compagnons de voyage.
Vous représentez-vous Mme Récamier dans une voiture de voyage avec M. Brifaut et Ampère? Quels services mutuels pourront-ils se rendre ?
Aussi je vous assure que, quoique tout soit bien convenu, que toutes les mesures soient prises, que les relais soient disposés, je doute encore de la possibilité.
Quant à M. de Chateaubriand, nous avons vu que le voyage de Venise, il l'a fait comme un jeune homme1.
(1) M. de Chateaubriand était parti le 26 mai pour voir le comte de Chambord à Venise. ↩
Je viens d'envoyer chez Mme Récamier; on me répond qu'elle a passé une mauvaise nuit, je m'y attendais.
Quant à moi, j'ai le projet de partir mardi, mais vous comprenez que je serai peu rassuré.
Ma santé est aussi bonne que possible. Cependant, elle n'est pas assez complètement bonne pour que, si j'eusse fait partie de la caravane, j'eusse pu espérer d'être de quelque utilité. Je devais bien plutôt craindre une complication de plus.
Mme Récamier a le projet, après Maintenon, d'aller à Saint-Eloi chez Mme Lenormant.
Il n'a jamais été question de moi pour ce dernier épisode du voyage ; et c'est pendant ce temps-là que j'aurais pu aller à Saint-Vrain.
Maintenant, il faut que je vous dise une chose : quoique le projet actuel de deux petits séjours ajoutés l'un à l'autre me donne la faculté de prolonger mon séjour à Saint-Vrain, je crois que je ferai bien de n'en pas profiter. Ceci donnerait lieu à une explication qui sera mieux placée dans une conversation.
Voici donc, quant à présent, mon plan, sauf ce qui pourrait contrarier vos propres arrangements.
Je partirais mardi 19 pour Saint-Vrain et je reviendrais samedi 30.
Je sais bien que je ne retrouverai pas Mme Récamier, mais j'ai un emploi des jours de solitude que je vois en perspective.
Dans ma pensée, ces jours-là me sont absolument nécessaires pour me mettre en état de publier un volume cet hiver. D'ailleurs, franchement, je puis craindre que, vu la saison avancée, je doive éviter de prolonger un séjour à la campagne. J'avoue que je trouve même qu'il y a quelque imprudence dans le fait de Mme Récamier, mais je n'y puis rien.
Il ne reste qu'une chose, c'est de consulter vos propres convenances ; j'attends votre réponse à ce sujet. Je sais bien que vous aviez l'extrême bonté de m'attendre, mais il peut aussi être survenu des complications de votre côté.
J'espère que la santé de M. d'Hautefeuille est parfaitement rétablie, et que toutes les autres sont bonnes.
Mille et mille tendresses, toutes plus tendres les unes que les autres, pour vous et pour tous.
Hébal.