Chapitre XII (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 6 mai 43
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6 mai 43.
Votre lettre que j'ai reçue hier, je l'ai montrée à Mme Récamier qui a été ravie d'y voir percer le sentiment que les obstacles étaient d'un genre facile à vaincre. Au fait, je l'ai montrée parce qu'elle me paraissait une réponse anticipée à la mienne. Mme Récamier, qui ne s'arrête point en si beau chemin, a, de suite, imaginé qu'elle pourrait faire avec vous le travail dont il avait déjà été question, mais qui serait impossible à Paris. Mais je veux insister sur ce qui avait été établi pour les séjours d'Angervilliers. C'est le véritable moyen de constituer un établissement à plusieurs. Moi, je plonge un peu plus avant dans l'avenir. Serait-il impossible d'espérer qu'un jour cette communauté d'établissement s'étendît jusqu'à Paris? Par exemple, un appartement qui vous conviendrait dans une des trois maisons qui sont vis-à-vis de l'Abbaye, et qui vous permettrait de faire vie commune avec nous tous. Nous aurions un petit phalanstère à la ville et à la campagne, et, au moyen du chemin de fer, nous resterions toujours ensemble.
L'homme vient de conquérir bien plus qu'un continent nouveau, puisqu'il vient de conquérir un domaine immense dans le temps et dans l'espace.
M. de Mortemart ira habiter son château aussitôt qu'il saura le départ de la colonie.
Vous parlez de venir passer un jour à Paris, mais ce n'est pas suffisant. Il faut y coucher. Sans cela, nous pourrons à peine nous voir, et pas du tout causer.
Mille tendres et respectueuses tendresses.
Hébal.