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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre XII (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 8 octobre 43

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 3 min de lecture · p. 228–230 · chapitre 181 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

8 octobre 43.

Le pas d'une fourmi pèse sur l'univers,

Et sur l'œil de l'insecte il (Dieu) peignit l'univers.

Voici deux vers isolés qui me sont restés dans la tête depuis 1792. Vous le voyez, il y a longtemps.

L'auteur ne connaissait aucun des phénomènes de la daguerréotypie, aucune des lois de création que nous allons être en train de trouver.

J'avais autrefois remarqué un vers de Manilius qui était l'attraction newtonienne, dont certainement Manilius ne se doutait pas.

Dans les Fastes d'Ovide, on trouverait, à propos des doctrines fulgurales, des choses qui paraîtraient contemporaines de Franklin.

M. Wronski a fait de grands travaux sur la locomotion ; il a pris, vers 1836, plusieurs brevets dont aucun n'a encore été exploité, mais qu'il offre aujourd'hui au gouvernement.

Il vient de publier un très gros livre que je vous enverrai un de ces jours, non point pour vous, mais pour M. Hetsch.

C'est un livre fort important, à mon avis, en philosophie1.

(1) Wronski(Hoene), 1778-1853. Ce philosophe, oublié aujourd'hui, était en politique, en religion et en mathématiques, un novateur dont le style obscur rendait les ouvrages difficiles à lire. Il avait écrit en 1835 un Nouveau système de machine à vapeur, et publié en 1842 le premier volume du Messianisme. 3 vol. in-8. ↩

Je ne l'ai pas encore même entrelu, mais j'en sais toute la portée. J'y suis traité un peu cavalièrement, d'après la Gazette d'Augsbourg. Cela m'importe peu, toutefois, cela me confirme dans mon opinion que j'ai besoin d'abriter mon nom, quoi que vous en disiez.

Or, M. Wronski croit avoir trouvé la loi de création, d'où résulte la solution mathématique des grands problèmes du monde physique, ceux de la mécanique céleste, de la construction mécanique de la terre ou des corps célestes, et de la construction physique et chimique de la terre.

C'est ce qui l'a conduit à résoudre le problème de ce qu'il appelle la locomotion spontanée.

M. Wronski ne sait pas que je me suis occupé du même problème sans avoir aucune de ses immenses connaissances mathématiques.

Je ne crois pas avoir découvert la loi de création, mais je crois être certain de signaler une des lois de création.

Cette loi, c'est la solidarité absolue de tous les éléments de la matière.

La loi newtonienne n'est que l'expression de cette solidarité universelle.

L'attraction et la répulsion sont la pulsation de cette vie universelle de la matière.

Pascal avait fondé l'hypothèse du poids de l'air. Je lui substitue la loi de solidarité de tout l'air qui compose notre atmosphère, de tout le fluide quelconque dans lequel se meuvent tous les globes.

La force qui fait monter l'eau ne vient pas seulement de notre atmosphère, mais elle vient de Sirius et au delà, jusqu'aux dernières limites de l'espace, comme la lumière qui arrive à l'œil du ciron est toute la lumière diffuse dans l'espace.

Au reste; les inventions de M. Wronski n'ont aucune ressemblance avec les miennes.

J'obtiens un résultat analogue. Je crois être plus sûr de mon affaire parce que ma méthode est toute simple.

Je n'ai nul besoin de connaître la création; il me suffit de me servir d'une des lois, une loi bien constatée de la création.

Pascal aurait trouvé cette loi s'il n'eût pas été envahi immédiatement par l'empirisme que venait d'apporter Galilée.

C'est le moment où la science traditionnelle allait céder la place à la science expérimentale.

Le protestantisme envahissait tout le domaine de l'esprit humain.

Je vous ai déjà dit ce qu'il en a coûté à Pascal.

Il me semble que je réponds peu à votre lettre.

Cependant vous voyez que je n'ai point perdu de vue le moteur dont je vous ai parlé.

Mon moteur doit être construit en raison même de cette loi de solidarité qui gouverne tous les fluides.

Un seul mot des santés qui vous intéressent : elles sont aussi bonnes que possible.

Je commençais à regretter le beau temps, mais il est devenu incertain.

Mille et mille tendresses.

Hébal.

J'avais à vous parler de bien d'autres choses, mais j'ai été envahi par ce malheureux gros volume de M. Wronski. Je ne veux cependant pas quitter la plume sans vous dire toutes les tendresses de Mme Récamier.