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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre V (suite)

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 84–85 · chapitre 59 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Après une gestation de quatre ou cinq ans, surveillée par Ballanche, Mme d'Hautefeuille mit enfin au monde son premier volume, l'Ame exilée, qui parut sous le pseudonyme d'Anna-Marie. L'épigraphe ornant le livre : La terre est un exil, la patrie est au ciel, préparait suffisamment à l'histoire, qui se passe en Judée. Une jolie jeune fille meurt d'une maladie de langueur, un miracle la rend à l'amour de sa mère, mais elle est triste sur la terre parce qu'elle a vu les cieux, on l'unit à son prétendu et elle en profite aussitôt pour trépasser définitivement. Voilà l'œuvre qui fut vite portée aux nues par une partie de la presse; bienfaisant effet des amitiés entretenues parmi les écrivains de l'Abbaye-aux-Bois.

« Le style de l'Ame exilée est une création, disait un journal, il y a quelque chose de Fénelon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, quelque chose aussi de Mme Cottin; de toutes ces nuances habilement fondues, Anna-Marie s'est fait un style à elle, un style qu'il ne sera pas facile d'imiter. » - « Cette charmante légende est remplie de mélancolie et de grâce » écrivait le vicomte Charles de Launay. Le Temps du 30 avril n'était pas moins élogieux; le Journal de Paris du 31 mai prodiguait les épithètes délicatesse, beauté, parfum exquis, grâce, mais il finissait par cette phrase qui pouvait être ironique : « On dirait une page d'Antigone ou d'Orphée. » Moreau, dans l'Univers, reproduisait un chapitre entier en louant l'édifiante originalité de la conception, l'élévation pathétique du drame. Le Journal général de France du 25 mai, le Journal des Débats, la Revue du XIX siècle et maintes autres feuilles faisaient chorus ; le Figaro pourtant raillait : « Le succès d'Ourika est dépassé. On veut mourir afin de ressusciter comme l'héroïne de la légende. On préfère la mort à tout, à sa famille, à sa mère, à son amant. Tout le monde n'a pas le malheur de naître négresse, mais tout le monde subit la fatalité de vivre sur la terre cet exil affreux!.... L'âme exilée est divisée en deux parties. La première se dévore comme une meringue, c'est fade et douceâtre. La seconde ne se laisse prendre qu'à petites gorgées comme de l'orgeat qui tournerait à l'aigre et qui glace l'estomac. »

Mme de Lamartine écrivait à l'auteur :