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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre X (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 2 avril 41

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 182–183 · chapitre 139 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

2 avril 41.

Enfin, nous voici bien et dûment embastillés. Je ne crois pas que cela profite beaucoup à Louis-Philippe1. Aurons-nous le prince Louis ou le gamin Thiers ? Charles X, par le licenciement de la garde nationale, avait livré Paris à M. le duc d'Orléans. A qui vont arriver ces clefs ? M. Guizot est le Villèle de ce temps-ci.

(1) Ballanche fait allusion à la loi des fortifications, question qui a ce moment divisa profondément les hommes politiques et l'opinion publique. ↩

J'ai reçu de Rome un petit paquet de livres pour M. de Sivry. Savez-vous s'il est en route ?

Mme Récamier pense toujours à Saint-Vrain. M. de Mortemart vous a sans doute dit les aimables propositions qu'il m'a chargé de faire à Mme Récamier.

Je plains bien Mme Le Tissier. Mme de Lépinay a succombé dans la nuit d'avant-hier. On dit la douleur de son mari très grande.

Il y a deux sortes de lecteurs dans le monde. Ceux qui trouvèrent Antigone froide, et ceux qui y trouvèrent une harmonie continue et calme. Il y a les lecteurs d'un temps, et les lecteurs de tous les temps.

Comprenez-vous l'apologue?

Jeanne d'Arc aura les lecteurs de tous les temps, qui sont toujours moins nombreux, mais qui vont toujours en s'augmentant. Elle n'aura pas les lecteurs d'un temps, qui sont les plus nombreux, mais qui vont toujours diminuant. Vous avez l'avenir : c'est le sort des belles et nobles compositions.

Ce que je vous dis aujourd'hui, je ne vous l'aurais pas dit ces jours derniers. C'est un commencement d'expérience qui m'éclaire.

Quand je vous dis que l'avenir vous appartient, je ne veux pas vous dire que vous devez renoncer au présent. Vous vous trouvez à un moment de réaction qui vous profitera. Ceci est encore un commencement d'expérience. Aussi, dès que votre édition commencera à s'écouler, il faudra se hâter de la vulgariser par une petite édition de 3 fr. 50. Alors, vous aurez un vrai succès.

Mon volume est tout imprimé depuis huit jours et Delloye continue de l'annoncer sous presse.

Enfin mon atelier est fini. J'attends de l'argent de Lyon ces jours-ci. Je reprends mes travaux. Mes théories vont, je l'espère, recevoir une première confirmation. Je me mettrai, tout de suite, au moteur.

Fanny me charge de vous demander l'adresse du dépôt à Paris de vos excellents biscuits.

Mille tendres amitiés.

Hébal.