Chapitre XIII (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 6 août 46
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
6 août 46.
Mme Récamier est établie à Beau-Séjour, à l'entrée du bois de Boulogne, près la porte de Passy et le château de la Muette. Mme Récamier et Mme Lenormant habitent le même pavillon que Mme Daguesseau et Mme de Freuleville qui vient souvent chez Mme Récamier.
Ampère a pris une chambre tout près de Beau-Séjour. Il vient de publier un premier article sur son voyage dans la Revue des Deux Mondes. Il en publiera successivement plusieurs en attendant son livre.
M. Lenormant vient de faire une découverte dans les caves de la Bibliothèque royale : c'est une belle tête de femme de Phidias, appartenant au fronton du Parthénon. Il a lu, à ce sujet, une note à l'Académie des inscriptions. Nul doute, c'est bien une tête colossale de Phidias oubliée depuis on ne sait quel temps, et arrivée là on ne sait comment. Il existe des dessins du fronton, avant toutes les destructions, et ces dessins donnent bien la tête trouvée par M. Lenormant.
On va imprimer, en un volume, toute la polémique relative au cœur de saint Louis. M. Lenormant a fait une excellente préface où il a parfaitement résumé cette discussion, et il nous l'a lue hier soir. Nul doute à présent, et cependant l'authenticité n'est pas suffisante pour faire passer ces restes précieux à l'état de reliques.
M. de Chateaubriand vient tous les jours et ses jambes fléchissent de plus en plus.
Mme Récamier vient encore de suspendre son traitement, Sa santé se trouve bien du séjour de Passy, mais sa vue s'obstine à rester voilée. Cependant, il paraît bien certain qu'elle existe intacte derrière le voile. C'est fort triste.
Au nom du ciel, que M. d'Hautefeuille soit très prudent ! trop prudent même ! qu'il se contente de sa belle santé ! qu'il la fasse durer longtemps !
Vous ne me dites rien de notre candidat bachelier.
Quant aux élections, voici mon sentiment :
Personnel à peu près le même, mais avec un mandat passablement modifié. Le temps devient une condition de l'évolution palingénésique.
Je sais bien l'emploi de mes soirées, mais je ne sais pas encore l'emploi de mes matinées.
Vous êtes donc venue à Paris et je ne l'ai pas su, encore c'était à l'occasion d'une mort. Quand donc serons-nous débarrassés de la mort?
Toutes mes tendresses à vous, à M. d'Hautefeuille, à M. Charles, et mille excellents souvenirs à M. Hetsch.
N'avez-vous pas quelque nouvelle course à faire à Paris ? Je voudrais bien en être prévenu afin de vous rencontrer quelque part. Mme Récamier n'ose pas désirer que vous puissiez apparaître à Passy.
Mille et mille tendresses.
Hébal.