Chapitre IX (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 6 octobre 40
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6 octobre 40.
Je vous remercie à la fois de vos si bonnes lettres et de vos bons raisins, la santé de l'âme et du corps.
Mme Récamier est toujours dans la même situation ; toutefois, je trouve toujours qu'il y a amélioration. Elle me prêche beaucoup pour changer de logement. Elle voudrait que je fisse en sorte de recevoir chez moi M. d'Hautefeuille, son fils et le précepteur pour pouvoir vous avoir sous son verrou. Je ne demanderais pas mieux. Un instant, j'ai cru cela arrangé, mais l'appartement que j'avais en vue n'aurait pas été convenable sous d'autres rapports. J'espère cependant y parvenir. J'ai pris en déplaisance le Bon Lafontaine, qu'autrefois j'aimais assez, comme vous savez. Mais, à présent, je suis bien certain que c'est vous qui en faisiez le mérite.
Nous sommes à la guerre, sans nul doute, et je n'y crois pas encore, et j'y crois moins qu'il y a quinze jours. J'avoue que notre situation n'est pas glorieuse, mais nous portons la peine d'avoir détrôné le seul roi possible, pour nous ranger sous la dictature de M. Thiers, caprice parlementaire que nous avons payé cher, mais qui nous coûtera plus cher encore.
Quant au prince Louis, il s'est conduit d'une manière digne dans tout ceci. Il me paraît avoir plus gagné que perdu. Je ne crois pas qu'il se soit aventuré sans quelques chances, et ces chances, à mon avis, sont loin d'être perdues.
Retenez bien ce que je vous écris à la date du 6 octobre 1840; après la restauration bourbonnaise qui a fini comme vous savez, on tentera une restauration napoléonienne qui finira comme nous ne savons pas. Remarquez toute-fois la différence. Les Bourbons ont été entraînés sans aventurer leur personne. Le duc d'Orléans est venu lui-même lorsque la place lui a été faite. Celui-ci a deux fois payé de sa personne, et, de plus, il est en France, et les cendres de Sainte-Hélène sont en route pour revenir.
Je suis très attristé d'une telle situation, et, il faut que je l'avoue, le triste résultat dont je vous parle n'est pas la pire des chances que je prévois.
Je n'oserais ni écrire ni imprimer mes pressentiments; mais, dans l'introduction projetée, j'aurai des choses à dire, selon le moment où Jehanne m'en offrira l'occasion.
Je ne vois point M. de Sivry. Je voudrais bien, s'il ne va pas à la mer, qu'il fit un traitement quelconque.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.