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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre VIII (suite)

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 154–155 · chapitre 111 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Les lettres du commencement de l'année 1840 nous manquent, mais il est certain que Ballanche n'abandonnait pas sa correspondante. Par un mot écrit en mars, on voit qu'il commerçait avec les éditeurs et auteurs tant à son sujet qu'à celui de Mme d'Hautefeuille : « Ayez bon courage, disait-il à celle-ci; on s'accoutumera à vous. Vous vous ferez un public qui sera initié par le succès croissant de l'Ame exilée. On comprendra cette inspiration toujours la même. » Le libraire Delloye s'occupait en effet de tirer la sixième édition de l'Ame exilée, et Rosa allait en lancer une traduction espagnole. Devant semblable succès, Anna-Marie ne devait pas rester inactive. Dans les premiers jours de mai, elle donnait au public Angélique, aventure romanesque qui se résumait ainsi : Quelque temps après la Révolution, une jolie novice va dans un couvent prononcer ses vœux; au dernier moment elle ne se sent pas le courage de ce sacrifice, et comme, par un serment de l'abbesse, la vierge ne peut sortir du lieu saint sans être mariée, un jeune officier présent s'offre pour époux. Afin d'exagérer l'invraisemblance, il se trouve que ce militaire est une jeune fille qui, pour sauver l'honneur de son nom, a remplacé au régiment un parent dont l'inconduite est une flétrissure. Comment sortir d'une pareille impasse? Angélique finit par épouser le frère de la femme-soldat, et celle-ci trouve aussi un véritable mari. Commencé dans l'étrangeté, ce drame finissait assez vulgairement, par une sorte de partie carrée qui faisait de cette œuvre quelque chose de fort médiocre. Néanmoins Louis de Loménie écrivait à l'auteur, le 16 juillet ı84o :

« Permettez-moi de vous offrir mes très sincères félicitations pour votre livre dont la lecture a rafraîchi ma pauvre âme desséchée d'enfant du siècle. Il y a là une audace de pureté qui étonne d'abord et finit par dompter les plus rebelles. Pour ceux qui souffrent de ne plus croire, Angélique est mieux qu'une belle œuvre, c'est une bonne œuvre. »

Compliments adressés plus à la femme qu'à l'écrivain, car les amis lettrés voyaient avec regret Mme d'Hautefeuille se jeter dans des conceptions bizarres et accuser à chacun de ses ouvrages, depuis l'Ame exilée, un déclin progressif. Seul le bon Ballanche marchait droit son chemin.