Chapitre II (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 24 novembre 1834
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Vous êtes une bien douce et bien excellente personne. Je n'osais pas décacheter votre lettre, tant je craignais qu'elle ne me fit de la peine.
Mais il y a eu du malheur dans tout ceci.
J'avais par-dessus les yeux de ces pauvres lettres. Entre nous, je m'étais mis dans un défilé d'où je ne pouvais plus sortir. Lorsque je m'étais prêté à la publication, j'avais cru que j'avais quelques pages assez curieuses à écrire sur ce que je regardais comme un phénomène pour le temps et pour le lieu. Puis je devins malade. Puis, je n'y pensai plus. Puis M. de la Gervaisais revint me talonner. Puis je sentis que j'avais tort si je rompais. Puis je ne me sentais plus le même mouvement. Votre lettre survint. Je la trouvai réellement très belle. Je sus que plusieurs personnes avaient reçu la même impression. Je ne songeai donc plus qu'à faire n'importe quoi pour amener votre lettre. Toutefois, je voulais vous consulter. Ce fut à ce moment que je pris jour avec M. de Kergorlay pour aller passer une journée auprès de vous. Le projet manqua par M. de Kergorlay. Il m'offrit un autre jour que je ne pus accepter ; j'étais en plein déménagement. Ensuite, j'ai eu des remords au delà de la faute, parce qu'il m'est revenu que cette publication avait été jugée sévèrement par certaines personnes. Maintenant, tout est rentré dans l'ordre accoutumé. On ne s'occupera plus ni des lettres, ni de la préface, ni de ma très innocente trahison. A présent que je suis rentré dans mon bon sens, je trouve qu'il manque quelque chose.
Ma préface ne caractérise point les lettres, et votre lettre ne les caractérise qu'en partie. Mais cela ne vaut pas la peine d'y revenir, et vous avez très fort raison de me considérer comme votre éditeur responsable. J'ai dû vouloir tout prendre sur moi à l'égard du public.
Il restera toujours que vous avez été en tout ceci une bien douce et bien excellente personne, car je ne puis pas oublier que c'est moi qui vous ai engagé à écrire la lettre, et qui ensuite l'ai aspirée dans ma préface.
Une autre fois, vous me direz l'impression que vous a faite l'épreuve de l'impression, indépendamment de la circonstance.
Je voudrais que vous sentissiez que le relief de l'impression ne vous va pas aussi mal que vous avez la disposition à le croire.
Je vous écris aujourd'hui seulement pour vous remercier de vos indulgentes paroles. Jeudi prochain, je dois être bulletiné à l'Académie française; je vous dirai le résultat. Je ne crois pas conquérir le fauteuil la première fois, je l'espère assez pour la seconde fois. En attendant, je fais mes visites.
Je répondrai aussi à vos lettres.
Je voudrais bien que votre santé valût la mienne, que vos yeux ne vous faillissent pas.
Je me mets à vos pieds, en récitant bien dévotement mon Confiteor.
Tous mes empressés souvenirs à M. d'Hautefeuille. Mille tendresses à M. Charles.
Hébal.