Chapitre IX (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 30 septembre 40
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30 septembre 40.
Il faut que je ne m'expose pas, cette fois-ci, à demeurer une éternité sans vous faire connaître tous mes ravissements pour les raisins de Saint-Vrain, qui sont de vrais raisins de la terre promise. Je crois qu'ils me font grand bien, et qu'ils continuent le bienfait de la si douce hospitalité que j'ai reçue. Fanny faisait des bonds de joie en me montrant, tout à l'heure, les grappes une à une. Et moi, je suis confus, car je vous dépouille; j'ai bien vu que vos treilles ne devaient pas suffire à de telles prodigalités.
Je reçois à l'instant une lettre de notre voyageur. Croiriez-vous que lui et son élève ont été suspects à la police de Wiesbaden? Ils étaient observés, suivis pas à pas. Enfin, tout est expliqué. Ses princesses n'arriveront que dans une quinzaine de jours. Il va visiter Mayence, Cologne, Cassel, etc., tâcher d'apprendre l'allemand pour prendre patience. Il ne me le dit pas, mais je crois que son pauvre argent s'en va.
Il a trouvé une contrefaçon belge d'Angélique. La véritable opinion sur ce livre comme sur Léa Cornelia viendra de l'Allemagne. Vous savez que ma renommée a commencé par là.
Je vous assure que la prétention des Français à être au-dessus de tous les préjugés est la prétention la plus fausse.
Il me semble que l'opinion commence à se retirer de notre petit premier ministre casse-cou. En attendant, on dit que lui et les siens gagnent beaucoup d'argent.
On juge moins sévèrement le prétendant Bonaparte depuis qu'on le connaît un peu plus personnellement. On fait la part des illusions naturelles, de la situation et du caractère.
Êtes-vous à Orléans?
Je n'ai pas revu M. de Sivry.
Aujourd'hui toute la famille Lenormant revient à Paris. Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.