Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre V (suite)

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 87–88 · chapitre 64 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Pendant ce temps Ballanche chauffait l'opinion, discutait avec les éditeurs, corrigeait les épreuves, donnait des conseils, et bientôt Mme d'Hautefeuille lançait un nouveau roman, Léa Cornelia, qui parut en trois volumes. Veut-on en connaître le thème? L'héroïne, une jeune Espagnole, est une nature effrayante d'un byronisme échevelé. Des son enfance elle est abandonnée par sa mère, traverse d'abord des aventures bizarres et froides, puis terribles et repoussantes, enfin termine son existence accidentée sur l'échafaud, après avoir assassiné son amant.

Cet ouvrage avait une grande infériorité sur l'Ame exilée : premièrement il était plus long, secondement les personnages à passions d'Othello accusaient trop ce romantisme néo-shakspearien qui mettait en vogue les yeux noirs, les cheveux noirs et les orageuses tempêtes du cœur. Malgré l'énergique soutien de Ballanche, la presse se montra réservée, bien que plusieurs amis prodiguassent des compliments assez nombreux pour satisfaire l'amour-propre de l'auteur. La Chronique de Paris disait : « Le talent féminin d'Anna-Marie n'a besoin d'aucun emprunt viril. Elle rend avec un grand bonheur non seulement les nuances légères, les riens de la vie, mais encore des effets d'une haute puissance. » Le comte Louis de Carné écrivait dans le feuilleton de la Paix (18 juillet) : « Heureux tissu d'esprit et de sensibilité, d'inexpérience littéraire et de parfaite éducation, livre pathétique et charmant, qui fait couler les larmes et rappelle sur les lèvres un sourire constant de bon goût. » La Gazette de France du 19 août appelait Léa Cornelia « un petit chef-d'œuvre tout rempli de fraîcheur, d'innocence et de grâce ». Mais L. Moreau, empruntant les colonnes de l'Univers, avançait que Mme d'Hautefeuille n'était pas encore entrée dans la possession facile, dans toute la liberté de son talent; tandis que le vicomte Charles de Launay (Mme de Girardin) consacrait les dernières lignes du feuilleton de la Presse (8 juin) à une critique maligne : « Lisez Léa Cornelia, imprimait-elle, vous y trouverez un luxe de vieilles filles qui vous amusera; il y a déjà trois vieilles filles dans le premier volume, deux Anglaises, une Française, puis une jeune personne qui ne veut absolument pas se marier, ce qui est déjà un commencement de vieille fille. » Ballanche ne prisa guère l'observation, comme en témoigne cette lettre à son élève et correspondante :